‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 47 sur 103 · Ihid., p · texte numérisé non relu

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d'entre elles ont la Mère de la Trinité carmélite, pour destinataire, ce qui nous ramène au nombre de Biaise, plus une.

Il existe une confusion, ou plutôt une répétition entre deux de ces lettres. Cette même répétition se trouve également dans l'édition Biaise. Néanmoins, comme le commencement et la fin de ces lettres diffèrent, comme aussi M""* de Chantai était coutumière de ces faits de répétition ', et qu'il est bien difficile, à Ja distance où nous sommes, de nous rendre compte comment a pu se produire cette confusion, nous donnerons les textes exacts, tels qu'ils existent dans les différentes éditions.

Quatre de ces neuf lettres sont encore reproduites mêlées à la correspondance de la Mère Angélique, (Utrecht, 1742) et une, la dernière écrite par M"" de Chantai, se trouve dans les Méifioires pour servir à riiistoire de Port-Royal (Utrecht, 1742, t. I, p. 560.).

A partir du jour où l'infiltration jésuitique eut suffisamment pénétré dans la Visitation, après la mort de la fondatrice et des premières supérieures qui l'avaient connue, l'Institut tout entier se crut obligé de partager les haines de ses nouveaux dominateurs, et nous devons constater tristement que son attitude actuelle, vis à vis des grands persécutés de Port-Rojal, est peu digne et peu généreuse. Mais ce changement ne s'est pas produit en un jour ; nous verrons quelles intrigues eurent raison de la résistance de la Mère Madeleine de Cliaugy, précédemment secrétaire de M""^ de Chantai, et alors supérieure à la Visitation d'Annecy; nous verrons aussi comment lui furent prises, pour être détruites, les lettres qu'elle avait reçues de la Mère Angélique. La Visitation nie aujourd'hui l'authenticité des six lettres jointes par

1. Voir dans rédition de la Visitation deux lettres circulaires de la sainte qui qui se répètent (Lellres, ioc. cit., t. III, p. 382.).

Arnauld d'Andilly, Bussy-Rabutin, Biaise et de Barthélémy aux trois données par la Mère Marie-Aimée de Blonay et, comme elle ne peut nier ces trois premières ni les déclarer apocryphes, elle s'efforce tout au moins de changer le nom de la destinataire. Ainsi nous pouvons être assurés que, si nous n'avions eu la Mère Marie- Aimée de Blonay, amie de la Mère Ang-éliqiie, pour créer ce précédent, il ne serait resté aucune des lettres écrites par M"" de Chantai à l'abbesse de Port-Royal, du moins aucune lettre avouée par la Visitation.

Dans ses rapports avec ses correspondants, la Visitation ne se fait aucun scrupule d'affirmer que ces trois lettres ont été adressées, non à la Mère Angélique, mais à la Mère de la Trinité carmélite, comme je me le suis vu affirmer à moi-même. Si le correspondant suffisamment renseigné insiste en faisant la preuve, les dénégations du commencement aboutissent alors à un aveu embarrassé. Qui veut- on tromper et pourquoi?

Ces lettres ont été imprimées, comme je viens de le montrer, dans des ouvrages publiés à différentes époques, ouvrages réédités fréquemment, puisque le volume des lettres de M. de Saint-Gyran que j'ai en mains appartient à la cinquième édition (1648). Chacun a donc pu les contrôler à loisir. Et cependant, ces lettres devenues subitement apocryphes ont été pendant plus de deux siècles entre toutes les mains, sans qu'une voix se soit élevée pour émettre le plus léger doute à l'égard de leur authenticité.

Depuis quelques années seulement toute une presse soit-disant religieuse, croyant la cause oubliée et le moment venu de lui donner le coup de grâce, a organisa et poursuivi la campagne de calomnies et de faux historiques à laquelle nous assistons. Des évêques n'ont pas craint de tenir un rôle important dans ce concert peu angélique. Y a-t-il vraiment un intérêt aussi grand

à salir des innocents, et le bien peut-il résulter du mal * ?

Ces accusateurs intéressés ont, dans leur candeur, oublié que les lettres qu'ils nient avaient en réponse d'autres lettres qui les confirment en les expliquant phrase par phrase. Fait particulièrement comique, relatif aux lettres que la Visitation affirme avoir été adressées à la Mère de la Trinité carmélite, il se rencontre que c'est la Mère Angélique qui a écrit les réponses. Comme il paraissait peu probable que personne s'avisât à notre époque -, de ce travail de rapprochement qui demande des heures de patientes recherches et une familiarité assez grande avec l'histoire religieuse des xvii<* et xviii« siècles,

1. * C'est une marche fausse que de chercher le bien en faisant le mal. Un système qui veut quon fasse souffrir d'autres êtres n'est pas un système religieux [La voix de la Sagesse, Bibliothèque Idéaliste Lyonnaise, Lyon, 1909, p. 25.) ».

2. M. Gazier, à qui j'ai confié, en 1910, mon projet de publier complète la correspondance de la Mère Angélique avec sainte Chantai et saint François de Sales, ainsi que celle de sainte Chantai avec M. de Saint-Cyran, qui, plus récemment, a eu entre les mains le manuscrit de mon premier volume de la Vie de la Mère Angélique, où la première partie de cette correspondance est donnée complète, a trouvé bon de publier lui-même, dernièrement, un ouvrage similaire, et cela après avoir pris connaissance des documents signalés. Comme compensation à ceci, je me suis vu refu&er l'autorisation de faire prendre par un photographe un cliché du portrait qu'il possède, de la Mère Angélique, par Philippe de Champaigne. La publication de mon ouvrage ayant été arrêtée par la guerre, sauf la première étude qui était sous presse à ce moment-là. j'envoyai, de celle-ci, un exemplaire à M. Gazier qui publia ensuite son livre sur le même sujet. Il est assez surprenant que cet auteur, malgré ce qui précède, ait indiqué sur cet ouvrage, que la correspondance précitée était donnée par lui pour la première fois, se faisant ainsi passer pour le promoteur d'une idée dont il a été le confident. Je signalerai plus loin avec quelle naïveté ce même auteur a mis à profit, dans les documents que je lui ai signalés, un historien ancien qu'il m'affirma n'avoir aucune valeur historique et n'avoir jamais parlé des rapports de M™' de Chantai avec la Mère Angélique.

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les faits lentement dénaturés par la Visitation, sous l'impulsion jésuitique, devaient, aux yeux des masses, prendre la place de l'histoire véritable. Mais la vérité est éternelle, elle peut attendre impunément pour se manifester, un seul de ses rayons divins fait disparaître en un instant les ombres péniblement entassées par le mensonge.

A partir de 1634, date de la dernière lettre citée de M"" de Chantai, nous ne retrouvons plus, dans l'édition donnée par la Visitation, aucune lettre où le nom de la célèbre abbesse soit mentionnée. Et cependant c'est à celte époque aussi que les Jésuites ont commencé à envahir l'Institut de saint François de Sales, quoique leurs intrigues aient été enrayées jusqu'en 1641 parla résistance énergique de la fondatrice.

A la même époque, Port-Royal, affranchi définitivement de la domination des religieux, ne dépendait plus que du clergé séculier. Le P. Binet qui avait l'un des premiers conseillé la translation du monastère de Port- Royal des Champs à Port-Royal de Paris, en escomptant une supériorité probable dans la maison ainsi transformée, heurté dans son amour-propre et dans son ambition, était devenu un ennemi de la Mère Angélique à laquelle il ne pouvait pardonner de ne lui avoir pas donné place à Port-Royal, non plus qu'au nouveau monastère du Saint-Sacrement, avec les trois archevêques et évèques qui s'en partagèrent tout d'abord les fonctions et le titre de supérieurs, l'archevêque de Paris, l'archevêque de Sens, Octave de Bellegarde, et l'évêque de Langres, Sébastien Zamet *.

1. « La translation du monastère des Champs à celui de Paris, s'était faite moins par goût de changer de demeure, que par l'induction du P. Binet jésuite. Ce Père que les intérêts secrets de sa

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Ces trois supérieurs eiix-mêrues n'avaient pu s'entendre, tant l'autorité partngée perd de ses charmes. Oclave de Belleg^arde s'était lasse bientôt de la parcidle de pouvoir qui lui revenait. L'archevêque de Paris s'était lassé à son tour de voir Sébastien Zamet lui dérober une autre parcelle de ce même pouvoir, et Sébastien Zamet s'était lassé depuis long-temps de n'avoir pu détourner et absorber à son profit l'ascendant moral de la Mère Any^élique. L'évêque de Langres aurait voulu se débarrasser de l'abbesse, mais l'archevêque de Paris, en plus de ce qu'il aimait et admirait « sa chère fille de Port- Royal », aspirait lui-même à se débarrasser de Zamet. Dans une pareille lutte le dernier mot devait rester au plus fort, et le plus fort était l'archevêque de Paris. Il renvoya en Bourgogne les filles de Tart que Zamet avait fait venir à Port-Royal. Il fit revenir de Tart la Mère Agnès et les religieuses de Port-Royal que ce dernier y avait envoyées. Après ces exécutions radicales et sommairçs, l'évêque de Langres comprit qu'il n'avait plus qu'à se retirer — 1634.

Les folies dont Port-Royal avait été le théâtre, pendant les années précédentes, disparurent avec celui qui les avait occasionnées, les directeurs fantaisistes furent écartés, l'institut du Saint-Sacrement fut réuni à Port- Royal, et la célèbre maison reprit la voie lumineuse sous

société portaient à presser cet établissement à Paris, s'imaginait introduire les jésuites dans celte maison, et qiie bientôt ils en seraient les maîtres... mais bientôt ce même P. Binet s'élèvera contre une maison qui non seulement les excluait, mais qui par un attentat énorme voyait et consultait un abbé de S. Ciyran, auteur de la réfutation du P. Garasse. Ce qui était pire encore, cet abbé de S. Cyran était soupçonné d'être le Petrus Aurelius si estimé, si recherché et si humble, qu'il préféra le bonheur d'être inconnu aux applaudissements et aux récompenses des hommes. (Guilbert, Mémoires hisloriques tl chronologiques sur l'abbaye de Port-Royal des Champs, Utrecht, MDCCL'V, t. II. p. 262.) »

la sainte et savante direction de l'abbé de Saint-Cyran (1635). C'est le moment où commence le Port-Royal complet, relig-ieuses, solitaires, écoles.

Pendant ce temps, les monastères de la Visitation se multipliaient à l'infini, et M™® de Chantai n'était pas sans crainte sur la valeur et l'utilité de toutes ces nouvelles fondations. Les directeurs manquaient. Par qui remplacer un François de Sales ?

L'ordre de Jésus, en envahissant lentement le nouvel Institut, avait parfois manqué de prudence. Quelques Pères, en voulant aller trop vite, avaient laissé percer leur esprit de domination, et cette précipitation, en les démasquant, leur avait attiré de vertes ripostes de la part de M™^ de Chantai. La fondatrice était devenue sing-ulièrement énergique et indépendante avec les religieux et même avec les prélats quand cela était néçescessaire. Nous allons jeter un coup d'œil hâtif Sur la partie de la correspondance de M™^ de Chantai qui est relative au rôle des Jésuites à la Visitation pendant cette période; rien ne nous fera mieux comprendre combien le rapprochement de la fondatrice avec l'abbé de Saint- Cyran était logique et en quelque sorte nécessaire pendant la période qui va suivre...

A la Mère Charlotte de Brêchard

Paris, 12 février 1620,

« ...0 ma chère fille, il faut être bien dextre pour s'entretenir avec les Pères de *** sans s'y assujettir, car c'est un corps véritablement bon et qui nous peut beaucoup aider, mais il faut éviter les attaches et dépendances, car à la longue, cela nous retrancherait notre liberté d'appeler qui bon nous semble. Mais l'on verra comme cela se pourra accommoder ; cependant il faut témoigner de la gratitude... * »

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