‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 54 sur 103 · Lettres, loc. cit., t. III, p · texte numérisé non relu

Lettres, loc. cit., t. III, p

150 SAINTE JEANNE DE CHANïAL

contre notre institut, mais gardons la fidélité que nous devons aux ordonnances de notre instituteur. Nos supérieurs ne sont nos supérieurs que pour nous faire observer et non pour le détruire. Que serait-ce si chacun voulait faire des changements? et que deviendrait l'Institut de la Visitation ? Il changerait bientôt de face. Ma très chère fille, soyons invariables en notre fidélité; après les petits dérèglements, les grands suivent, etc.. * »

La lettre suivante, que donne de Barthélémy, est curieuse, par la gravité des révélations qu'elle contient, et, circonstance suggestive, elle est tronquée. Que pouvait bien renfermer la fin de cette lettre, pour que cet auteur, évidemment très honnête, mais dévoué aux Jésuites, n'ait pas osé donner le texte complet? Je n'ai pas besoin de dire qu'il n'est pas fait mention de cette lettre dans l'édition de la Visitation. Ce n'est pas une curiosité déplacée, mais une bien légitime curiosité d'historien qui nous fait regretter les renseignements piquants qui nous ont été dérobés avec la fin de cette lettre.

« ...Je vous plains extrêmement ma très chère, fille, en la persécution que vous supportez; mais je bénis Dieu qu'elle est au dehoi'S et que le dedans de votre maison soit si uni et si paisible. Quand les vents ne soufflent que dehors, ils n'importunent que les oreilles de la supérieure qui, comme plus forte, doit doucement et humblement soufîrir cette tempête. Il faut que je dise en confiance à votre chère âme, que si l'on savait ce qu'il m'a fallu supporter de la part de plusieurs grands serviteurs de Dieu, et de même de quelques-unes de nos sœurs les supérieures, pour empêcher que l'on ait mis dans l'Institut un moyen d'union avec autorité, crainte disaiton qu'après ma mort, l'union de charité que Dieu a mise dans cet Institut ne périsse; si vous saviez, dis-je, ce que j'ai souffert pour empêcher tout cela, vous en seriez étonnée, et les

batailles qu'il m'a fallu soutenir pour nous maintenir dans la seule dépendance de messeigneurs nos prélats, selon que sais être les intentions de notre bienheureux père, qui me le dit en ses derniers jours; si vous le saviez, vous dis-je encore une fois, vous diriez qu'il ne faut pas, etc. * »

La lettre est tronquée là.

Le scandale excité par les Jésuites au sujet des confessions des novices visitandines n'était pas étouffé. M™' de Chantai va revenir sur cette question en écrivant à la Mère Lhuillier d'abord, au Père Provincial ensuite.

Annecy, 8 septembre 1637.

« ...Quand nous pensions que toutes les plaintes que l'on a faites contre nous à M^^ le Nonce de Turin fussent étouffées, elles ont plus éclaté que jamais; et a-t-on prou peine d'empêcher que nous n'ayons un visiteur apostolique... Croyez, ma très chère fille, que nous avons de bons surveillants. Notre- Seigneur le leur pardonne, par sa grâce ; ils ont bonne intention sans doute, etc.. ^ »

Annecy, 1637.

Mon très cher et Révérend Père,

« Le divin Sauveur soit notre éternelle consolation ! Le sentiment que j'ai de votre sincérité, bonté et charité pour nous, me fait prendre la liberté de vous faire en toute confiance ma plainte contre plusieurs de vos Révérends Pères, qui vont ternissant notre pauvre petit Institut d'une calomnie très fâcheuse, qui nous donne beaucoup de peines et d'afflictions, pour les continuelles tracasseries que nous en recevons, quoique, grâce à Dieu, il n'y ait nul fondement, ni en l'Institut, ni en notre pratique, du mal dont ils nous blâment, qui est des confessions, ainsi que je le fis voira votre Révérence;

Page 1