‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 55 sur 103 · Lettres, loc. cit., t. IV, p · texte numérisé non relu

Lettres, loc. cit., t. IV, p

lorsque nous eûmes la chère consolation de la voir ici l'été passé; et m'assure, mon très cher père, que vous vous souviendrez bien de l'approbation que vous en fîtes, et du couvàge que votre Révérence nous donna de persévérer en notre candeur et simplicité, qui est la vie et l'esprit de notre Congrégation. Aussi espérai-je en Celui qui nous a donné ce trésor, qu'il nous le conservera et que plutôt l'on nous arrachera la vie que ce bonheur.

« Mon très cher Père, n'est-il pas vrai que les blessui'es que font les anvis sont bien plus sensibles que celles que nous recevons des personnes indifférentes? Votre sainte Compagnie qui nous a toujours, et dès nos commencements, tant assistées, témoigné tant de dilection et tant approuvé notre conduite, et en laquelle nous avons tout notre recours avec toute notre confiance, ainsi que notre Bienheureux Père nous l'a recommandé, s'assurant lui-même qu'elle nous appuierait en nos besoins ; que ce soient des Pères de cette sainte Société, qui nous persécutent, je confesse à votre bonté paternelle que cela blesse mon cœur d'une douleur extrêmement sensible ; et d'autant plus que la chose n'est que trop vraie. M^"" le Nonce de Turin a déclaré enfin le nom du Père qui lui a donné ces plaintes contre nous, lequel était à Pignerol ; il en parla aussi à M. le président de là et à d'autres. Cela très assurément est sur le dire d'une fille extrêmement scupuleuse, de laquelle le Père avait reçu la confession générale à N. étant de cette maison-là. Et en une qu'elle avait faite auparavant, on lui avait défendu de ne se plus confesser des choses passées. Elle, ayant toujours démangeaison de le faire, dit à ce Père qu'elle avait bien d'autres choses, mais qu'on lui avait défendu de s'en confesser, sans ajouter qui lui avait fait celte défense. Le Père crut que c'était la Supérieure, et là-dessus donna ses avis.

« Ainsi, sur plusieurs occasions, quantité de Pères ont fait de grands désapprouvement et censures à des personnes de toutes qualités, au grand préjudice de notre Institut, en France, en Provence, en Dauphiné, au Lyonnais, et quasi partout : ce qui nous nuit d'autant plus, que votre sainte Compagnie est en si grande considération, que ce qu'elle désapprouve a bien peine à trouver son approbation ailleurs. C'est

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pourquoi, mon très cher Père, je vous fais ma plainte avec toute confiance, afin que votre Révérence juge si nous n'avons pas raison et nécessité d'implorer son secours en cette occasion, à ce qu'il plaise à votre bonté d'y apporter du remède, et faire en sorte que les Pères qui se trouveront en la province de votre Révérence ne nous inquiètent plus. Je pense qu'ils sont bien sept ou huit qui le font, et jusqu'à dire que notre Bienheureux Père a laissé des choses à notre Institut pour nous faire commettre des sacrilèges. Celte parole nous est bien dure et sensible, mon très cher Père; mais j'espère en Dieu qu'il en tirera sa gloire, et notre utilité de cette petite persécution ; et que votre cœur paternel, qui a une entière et ancienne connaissance de notre manière de vie et de notre pratique, la donnera à ces bons Pèi'es, qui sans doute ne l'ont pas, et les rendra affectionnés et charitables envers nous comme est le corps de leur sainte Société ; en sorte que, comme nous ne sommes pas impeccables, s'il advient qu'ils trouvent en quelque maison du défaut, quoi que ce soit, ils nous en fassent les avertissements secrets et charitables, comme Notre-Seigneur l'ordonne, ou bien en avertissent nos Supérieures pour nous redresser ; et de cette sorte ils nous profiteront et obligeront infiniment.

« Voilà, mon très cher Père, ce que votre cordiale dilection envers nous m'a donné confiance de vous dire tout filialement et à la bonne foi. Que si la douleur et tendresse que j'ai de toutes ces censures m'a fait éci'ire quelque chose de mal, que votre Révérence me le pardonne ; car mon intention n'est point d'offenser ces bons Pères, que j'ai excusés et tus tant qu'il m'a été possible. Mais la chose se continuant si désavantageusement pour nous, et pour les bonnes âmes qui aspirent à notre manière de vie, j'ai cru devoir en écrire à votre Révérence ; car au reste Dieu sait en quelle vénération nous est votre sainte Compagnie, sur laquelle, je prie Dieu de répandre de plus en plus ses divines grâces, et particulièrement sur votre Révérence, de laquelle je suis et serai sans fin, etc.* »

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