Lettres chrétiennes, loc. cit., t. I, p
ET M. I)K SAINÏ-CYRAN 461
Il est bien évident que s'il avait existé alorâ une ombre même légère sur la certitude des rapports que nous étudions ici, quel qu'ait été le désintéressement des hohimes de Port-Royal, ils auraient inconsciemment cité entière la lettre qui faisait allusion aux événements qui venaient de se passer dans ce monastère. Cette évidence n'a pas empêché M?"" Bougaud d'écrire les pages que nous allons donner ici même, après avoir cité celles qu'à publiées Arnauld d'Andilly en 1645. Le lecteur jugera.
Avant que rapporter la lettre que feu Monsieur l'abbé de Saint-Cyran a écrite à la révérende Mère de Chantai, nous avons été obligés de vous donner ici quelques extraits des lettres que cette bienheureuse Mère a écrites à la Mère Marie- Angélique Arnauld, abbesse de Poil-Royal ; parce qu'ayant supplié cette Mère, son intime amie, de les montrer à Monsieur de Saint-Cyran, afin qu'il lui écrivît quelque chose qui la consolât, il était nécessaire de les produire ici, pour mieux connaître le sujet dont M. de Saint-Cyran traite dans sa lettre.
Et afin que vous sachiez plus particulièrement les raisons qui ont causé cette liaison si particulière entre ces deux ' Mères, laquelle paraît extraordinaii^e dans ces lettres, nous avons cru devoir dire en peu de mots, que le bienheureux évêque de Genève ayant été père de ces deux filles, il les avait unies ensemble par un amour de charité, comme elles l'étaient avec lui par un amour de respect et de révérence. De sorte que depuis que l'esprit de ce bienheureux eut joint ainsi dans une parfaite et toute sainte amitié, ces deux religieuses absentes l'une de l'autre, elles ne furent plus qu'un cœur et qu'une âme ; et la révérende Mère de Chantai n'a point eu, durant plus de vingt années, de plus fidèle dépositaire de ses peines et de ses pensées les plus secrètes, que cette chère sœur, que son bienheureux Père lui avait donnée. C'est ce qui a porté la révérende Mère de Chantai à ne faire aucun voyage à Paris, qu'elle ne vînt visiter la Mère
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Marie-Angélique, et même au dernier qu'elle y fit, peu de temps avant sa mort, ejle passa deux jours au monastère de Port-Royal, comme M»'' l'évéque du Puy l'a rapporté en sa vie; ne pouvant se lasser de l'entretenir de tout ce qui s'était passé entre Dieu et elle depuis sa dernière venue, et de se faire entretenir par elle de tout ce qu'elle savait qui s'était passé entre Dieu et son serviteur, feu M. l'abbé de Saint- Cyran, dont elle estimait d'autant plus la suffisance et la piété, qu'elle savait par les lumières et par les sentiments que Dieu lui avait donnés dans les prières qu'elle faisait sans cesse pour sa délivrance, qu'il était injustement persécuté...
...La révérende Mère de Chantai, ayant donc une estime très particulière de feu M. l'abbé de Saint-Cyran, avait désiré que la Mère Marie-Angélique lui communiquât les lettres qu'elle avait écrites, touchant les tentations dont elle était agitée pour en avoir son sentiment dès auparavant sa détention au Bois de Vincennes. A quoi il avait satisfait en ayant écrit un petit traité qui a été perdu comme il lui mande.
Cette vénérable Mère lui ayant depuis renouvelé la même prière, et étant venue en cette ville en 1641, elle pria la Mère Marie-Angélique de la recommander de nouveau aux prières de M. l'abbé de Saint-Cyran, et lui témoigna qu'elle se tiendrait fort consolée, s'il lui pouvait écrire ses pensées sur les diverses peines qu'elle lui avait dépeintes dans ses lettres.
La Mère Marie-Angélique désirant de satisfaire à son désir, envoya à M. de Saint-Cyran la plupart des lettres dont nous donnons des extraits au public, afin de l'informer de la qualité particulière de ses souffrances. Et la révérende Mère de Chantai ne se contentant pas de cela elle lui écrivit ellemême, le jour des saints Apôtres, saint Simon et saint Jude ; et c'est la lettre que nous avons mise en lumière avec les autres. Mais M. de Saint-Cyran écrivait à cette bienheureuse mère, en même temps qu'elle à lui ; de sorte que sa lettre n'est pas la réponse à celles qu'elle avait écrites auparavant à la Mère Marie- Angélique, pour les lui faire voir et recevoir ses conseils sur ses doutes et ses peines.
La révérende Mère de Chantai reçut cette lettre de M. de Saint-Cyran avec une extrême joie, deux jours avant son partement de Paris, et en témoigna durant son voyage une satisfaction extraordinaire à la religieuse qui 1,'accompagnait, laquelle l'écrivit depuis à la Mère Marie-Angélique, celte, bienheureuse Mère étant morte en ce même temps, aussitôt qu'elle fut arrivée en son monastère de Moulins... *.
Comparons maintenant cette version d'Arnauld d'Andilly, publiée en 1645, avec celle qu'a donnée M^'^ Bougaud, et nous jugerons du chemin parcouru.
Les jansénistes ont fait grand bruit des relations de sainte Chantai avec la Mère Marie-Angélique et avec l'abbé de Saint-Cyran; ils ont insinué de mille manières que sainte Chantai avait la plus absolue confiance dans la Mère Angélique et dans l'abbé de Saint-Cyran, et qu'au fond elle partageait leurs principes 2. Ils ont produit à l'appui de ces idées neuf lettres qu'elle aurait écrites à la Mère Angélique, dé 1636 à 1641, et un billet qu'elle aurait échangé avec l'abbé de Saint-Cyran, le 28 octobre 1641. Il faut donc montrer, comme l'on fait les postulateurs de la cause que, même en admettant la pai'faite authenticité de ces lettres, seuls monuments que les jansénistes aie^it jamais produits, on n'en saurait rien conclure contre les sentiments elles vertus de la vénérable Mère de Chantai. Après quoi nous verrons ce qu'il faut