Lettres de la Mère Angélique, loc. cit., t. I, p
charité et confiance qu'il vous a plu nous témoigner par la vôtre. Nous le faisons très humblement et de tout notre cœur. La cause de ce retardement est arrivée pour vouloir attendre l'avis que vous avez désiré, et que nous n'avons encore pu avoir, à cause de plusieurs empêchements qui sont survenus, et puis une maladie qui m'a fait résoudre à ne plus attendre de vous dire, ma chère Mère, que votre mémoire a été très judicieusement fait ; et que tout ce que vous dites à notre très chère Mère (de Chantai) est très bien. On croit comme vous que cette affliction d'esprit est l'efTet d'une grâce particulière de Dieu pour conserver tant de faveurs précédentes. Je vous avoue, ma chère Mère, que quoique j'aie le cœur fort attendri de la grande peine de cette âme qui m'est si chère, j'ai pourtant au fond de la joie de voir Notre-Seigneur se complaire à la perfectionner, et je ne doute nullement qu'il ne soit son soutien. Je vous supplie très humblement, ma chère Mère, de nous continuer votre charité, nous faisant savoir de ses nouvelles et des vôtres ; et n'ayez nul doute que tout ne soit très secret. Dans peu s'il plaît à Dieu, je vous enverrai l'avis que j'espère qui vous satisfera, étant vraiment d'un fidèle serviteur de Dieu et qui a grande lumière *. Cependant, ma chère Mère, priez pour ma conversion, je vous en supplie. ^ »
La Mère Angélique remerciait la Mère Péronne-Marie de Chatel de sa « grande charité et confiance », elle la tranquillisait sur son mémoire « qui était très judicieusement fait », et l'assurait que tout resterait << très secret ». Quelles intrigrues met en lumière ce « secret » de précaution observé entre l'abbesse de Port-Royal, et la supérieure de la Visitation d'Annecy ; secret demandé par cette dernière, et contre qui ? Les Jésuites ont mauvaise g-râce à vouloir faire de M""^ de Chantai leur sainte : elle restera inféodée à Port-Royal, aussi bien