‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 67 sur 103 · Lettres de la Mère Angélique, loc. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

Lettres de la Mère Angélique, loc. cit., t. I, p

que l'évêque de Genève. Il est à remarquer que la Mère Péronne-Marie de Chatel aurait pu, avec moins de risques, demander conseil à n'importe quel Père Jésuite, le P. Binet ou tout autre. Cependant c'est à la Mère Angélique qu'elle envoyait* son' mémoire, et c'est l'avis de M. de Saint-Cyran qu'elle « désirait ».

3 août 1637.

Ma très chère Mère,

« Dieu m'a donné quelque consolation sensible lisant votre lettre, et je ne sais quoi de si profonde et intime dilection pour vous, qu'il me semble qu'il n'y a qu'un seul cœur entre nous, et que vos prières et celles de ce digne serviteur de Dieu ', que vous m'avez acquises par la miséricorde de Dieu, m'obtiendront force et grâce pour ne point offenser Dieu et correspondre avec fidélité à sa très sainte volonté et au dessein qu'il a pour ma petitesse. Croyez que vous m'êtes si chère et si intime, que je ne puis, selon mon sentiment, me présenter à Dieu sans vous ; et j'ai confiance que dans mon besoin vous persévérerez avec un soin extraordinaire de prier et faire prier. J'attends de bon cœur les avis de ce grand homme de Dieu. Il m'impêtrera s'il lui plaît la grâce de les suivre fidèlement ; dites-lui ce que je fais et s'il l'approuve.

« Je ne yeux jamais l'oublier devant Dieu. Mais, hélas comme sont mes prières ! J'en laisse le soin à celui qui sait mes désirs, et ma douleur de me sentir privée du seul b:en que j'estime et souhaite. Mais il faut vivre au-dessus. Dieu m'en fasse la grâce ! Je trouve, ce me semble, dans une épître que notre bienheureux m'a autrefois écrite, quelque chose de ma peine. Il me dit que c'est vraie insensibilité qui me prive des lumières et sentiments de la foi, de l'espérance et de la charité, que vous avez pourtant, et en très bon état, dit-il, mais Dieu ne veut pas que vous en ayez le maniement, ni que vous en jouissiez, sinon justement pour vivre et vous en

1. De Barthélémy met en note que le serviteur de Dieu, dont il est ici question, est M. de Saint-Cyran.

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servir cb occasions de la pure nécessité. Je n'ai pas toutefois souvenance d'avoir jamais eu rien de semblable ù ce que je sens maintenant. Mais Dieu faisait abonder ses lumières en ce grand Saint qu'il m'avait donné pour père et pour ^^uide d'une manière si extraordinaire, dont il soit béni éternellement. Je crois bien qu'il n'a pas quitté sa direction sur moi : je me souviens tous les jour* de ce qu'il m'en a promis. Tout ce que je pratique que je vous ai dit ci-devant est de ses avis que l'on trouve toujours plus utiles. Je m'oubliais, ma très bonne et chère Mère, de vous dire que parce que je ne puis faire des actes, j'ai écrit ma protestation de foi, de confiance, et mon entier abandonnement de moi-même entre les mains de Dieu; et tout ce que je pense. J'en porte le papier sur moi, que je touche pour signe de confirmation en ce regard simple de Dieu. Notre bonne Mère d'Annecy approuve tout cela, etc. *•-, »

La Visitation ne fait pas mention de cette lettre de M™« de Chantai. Arnaud d'Andilly, suivant son habitude, l'a fragmentée pour donner seulement la partie ayant rapport aux peines intérieures de la sainte ; il nous a ainsi privés de maints détails qui auraient pour nous beaucoup de valeur et nous aideraient à reconstituer celte vie intime des disparus à laquelle nous trouvons tant de charme,

La Mère Angélique répondait en août 1637 :

Août 1637.

« Je ne puis vous dire, ma très chère Mère, avec quelle douleur et joie tout ensemble j'ai lu votre lettre, car mon cœur s'attendrit extrêmement sur vos peines. Mais certes, ma Mère, la joie excède la douleur, parce que je vois le singulier amour de Notre-Seigneur qui parfait en vous son saint

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