‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 68 sur 103 · Lettres de la Mère Angélique, loc. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

Lettres de la Mère Angélique, loc. cit., t. I, p

œuvre, par la croix dont il vous visite. Cette parole du Saint- Esprit qui me fait trembler, me voyant toujours sans souffrances, vous doit bien consoler, ma chère Mère : que tous ceux que Dieu a aimés, il les a prédestinés, que ceux qu'il a prédestinés il les a rendus conformes à l'image de son fils,

«J'ai lu votre lettre à ce bon serviteur de Dieu dontvous me parlez, lequel approuve si fort ce que vous faites, qu'il m'a dit qu'il ne vous devait pas écrire, parce qu'il ne pouvait rien ajouter à ce que vous faites. Néanmoins il le fera, si Dieu auquel il vous offre, lui en donne le mouvement. Il en a toujours eu la volonté, sans le pouvoir faire jusqu'à présent, tant parce qu'il est accablé d'affaires pour la charité, que parce qu'il est malade : mais il ne vous oublie jamais. Il m'a dit souvent que Dieu ne lui donnait pas le moyen de vous écrire, parce que vous n'en avez pas besoin. Car aussitôt qu'il vit votre première, il fut assuré que Dieu vous conduisait ; et il me dit que cette croix était une grâce singulière, que Dieu vous l'envoyait pour assurer et perfectionner celles que vous aviez reçues jusqu'à présent . C'est une chose admirable comme Dieu vous cache ce qu'il a mis au milieu de votre cœur, et qu'il fait connaître, si manifestement aux autres. En vous soit bénie la divine sapience, qui vivifie et mortifie, blesse et guérit, et enfin mène aux enfers et en ramène.

« Je vous supplie très humblement, ma très chère Mère, continuez de nous dire de vos nouvelles, quand Dieu vous en donnera la pensée et le loisir et me permettez aussi de vous dire toujours des nôtres. La quantité de vos affaires me donne toujours de la retenue, mais néanmoins je me tiens assurée que votre charité n'aura point à charge ma liberté. Je ne vous puis dire combien j'estime la grâce que Dieu me fait dans ce renouvellement d'union qu'il a faite de nos âmes par son infinie bonté. C'est ce qui me fait espérer qu'il aura pitié de moi, et me fera enfin celle de lui être fidèle. Je ne souhaite que cela au monde, tout le reste ne me semble rien ; et néanmoins cette estime singulière qu'il m'a donnée du vrai bien, qui consiste à le servir fidèlement, ne fait pas que je le fasse. Il faut pour cela une grâce que je ne mérite pas de recevoir. Demandez-la, ma Mère, pour votre pauvre enfant.

« J'ai grande consolation de ce que vous avez pris la peine de nous dire, de la bonne Mère Favre, et de la bonne disposition de vos maisons. Il semble que Dieu veuille faire de nouvelles grâces et miséricordes aux nôtres. Les âmes s'y disposent mieux à les recevoir. Ma sœur Marie-Claire est toute changée, grâce à Dieu. Notre mère vous salue très humblement, et vous supplie de la croire toujours votre fille. La bonne Mère Catherine de la Miséricorde, les sœurs Le Maître, Anne et Marie disent de même. Donnez-nous toutes à Notre- Seigneur, ma très chère Mère *. »

La Mère Ang-élique en s'attendrissant sur les peines de sa vénérable amie laissait percer sa joie spirituelle et chantait par avance le hosannah de la délivrance. Elle avait lu la lettre de la sainte à M. de Saint-Cyran, et celui-ci l'avait confirmée dans sa joie. Comme nous l'avons dit de la précédente lettre de M"^** de Chantai, Arnaud d'Andilly, en la fragmentant, nous a frustrés des renseig^nements donnés à la fin de cette lettre, entre autres ceux relatifs à la mort de la Mère Favre. Heureusement la réponse de la Mère Angélique est venue suppléer à la brièveté de cet auteur, — intrigant au dire de Ms"" Bougaud, mais « le plus honnête homme de France », au dire de l'histoire. — « J'ai grande consolation, écri- « vait la Mère Angélique, de ce que vous avez pris la « peine de nous dire de la bonne Mère Favre. » La Mère Favre était morte saintement à Annecy, le 14 juin 1637, et cette mort avait été douloureusement ressentie par la Fondatrice qui avait fait les plus grands efforts dans l'ordre humain pour faire soigner et conserver à l'Institut, dont elle était l'une des pierres fondamentales, cette supérieure qui avait été sa première compagne.

Quatre mois plus lard, le 22 octobre 1637, la Mère Péronne-Marie de Chatel, supérieure du monastère d'An-

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