Lettres delà Mère Angélique, loc. cit., t. I, p
Le « bon serviteur de Dieu », comme ami de M. de la Rochepozay, évêque de Poitiers, avait aidé beaucoup à la fondai ion d'un monastère de la Visitation dans cette ville. Il en avait surveillé et dirigé les commencements, et y avait prêché le jour où la cérémonie solennelle de l'établissement en fut faite (1634). La supérieure Visitandine, Anne de Lage de Puylaurens, « une des gloires les plus pures de la Visilation », admiratrice fervente du saint abbé, était restée en correspondance de lettres avec lui et suivait ses avis. Il faut ici écouter Lancelot.
La Mère de Puy-Laurens, supérieure de la Visitation de Poitiers, a dit autrefois à une personne de qui je l'ai su, que la première connaissance qu'elle eut de M. de Saint-Cyran la rendit plus savante qu'elle n'eût été à lire des livres de dévotion toute sa vie, et que dans un seul entretien il lui leva des difficultés qu'il y avait dix ans qui roccupaient, et dont elle ne voyait point la solution, touchant la conduite des âmes et de la manière de s'avancer dans le chemin de la vertu *.
Maintes fois le nom de la Mère Anne de Lage revient sous la plume de Lancelot. A la mort de M. de Saint- Cyran, le fidèle disciple qui devait assister à l'autopsie du corps de son maître pour « ménager ses petits trésors » qui allaient devenir des reliques, tout comme cela s'était produit pour saint François de Sales, n'aura garde d'oublier, dans sa distribution, le monastère de la Visitation de Poitiers.
Je rompis encore des morceaux assez grands de ce qui restait du test par derrière, dont on en envoya un au monastère
1. Lancelot, Mémoires louchanî la vit de M. de Saint-Cyran, à Cologne, MDCCXXXVIII, t. II, p 201.
ET iM. DE SAINT-CYRAN 201
de la Visitation de Poitii^rs, qu'il avait pris soin de former dès son établissement *.
Le fait intéressant à dégainer des confidences de Lancelot est le cœur à cœur des rapports qui unissaient alors Port-Royal aux différentes Visilations.
Plusieurs supérieures de l'Institut et un g^rand nombre de religieuses demandaient et suivaient les avis de M. de Saint-Cyran, comme le témoignent les nombreuses lettres de direction publiées par Arnauld d'Andilly en 1645 2. Ceci nous prouve que M""® de Chantai devait être tenue au courant de tout ce qui concernait M. de Saint-Cyran, même en dehors de ce que lui en disait la Mère Angélique. Au moment où Tabbesse avait reçu la lettre de la fondatrice, M. de Saint-Cyran était à Poitiers. Le retard apporté dans la réponse à cette lettre était dû au fait d'avoir attendu qu'il fût de retour de ce voyage, pour la lui communiquer. M, de Saint-Cyran, comme la Mère Angélique, était persuadé que la vénérable fondatrice avait plus besoin d'être consolée et rassurée que dirigée, aussi, sera-ce là tout le thème de la longue lettre qu'il lui écrira un peu plus tard.
« Il est très content de la Mère supérieure de Poitiers qu'il a fort vue en son voyage. « La Mère Angélique, fidèle à son habitude vis à vis de sa vieille amie, lui transmettait l'appréciation de Saint-Cyran sur la Mère Anne de Lage, ce qui prouve une fois de plus l'intimité soutenue de leurs rapports. Un peu plus loin, la Mère Angélique faisait allusion à la lettre que lui avait écrite la Mère Péronne-Marie de Chatel, supérieure de la Visitation d'Annecy. « Il me souviendra... selon que m'a