‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 82 sur 103 · Sainte-Beuve, Porl-Royal, t. II, p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Porl-Royal, t. II, p

2. Comme le témoignent un grand nombre de lettres de cet abbé qui sont adressées à des supérieures de la Visitation. Voir Lettres chrétiennes, loc. cit., t. I, p. 152, 155,207, 252, etc..

ET M. DE SAINT-CYRAN 2i3

moment où la fondatrice elle-même s'était vue dans la nécessité d'écrire au Père Provincial des Jésuites, pour en obtenir justice contre « quantité de Pères qui allaient « ternissant son pauvre petit Institut », ne pouvait qu'ajouter à sa vénération pour le saint prisonnier et à sa g^rande sympathie pour la Mère Angélique. Elle écrivait à cette dernière, probablement en juin 1638, et sous le coup de l'émotion causée par la nouvelle de l'emprisonnement de M. de Saint-Cyran :

« Mon Dieu ! ma très chère Mère, qu'est-ce que l'on dit de ce bon serviteur de Dieu et de l'ordre du Saint-Sacrement! Dieu, par son infinie bonté, veuille tirer sa gloire et le profit spirituel de tous les travaux et afflictions qu'il permet arriver aux siens! J'attendais toujours quelque petit mot d'approbation ou d'encouragement sur quelque point de ma lettre écrite à la fin de janvier et sur le petit écrit. Mais Dieu ne l'a pas permis ; son saint nom soit béni I Je vois une douleur de cœur parmi tous ces événements. Dieu soit votre force et votre consolation, et celle de son serviteur ! Il me tarde d'avoir de vos nouvelles, car ce que vous me dites m'est très précieux, et j'y ai grande confiance, grâces à Dieu, que je supplie d'accomplir sa sainte volonté en toute chose, et nous fasse la grâce de la faire aussi, et qu'éternellement nous le bénissions. Amen *. »

En juillet, elle écrivait de nouveau à la Mère Angélique :

22 juillet 1638.

Ma très chère Mère, « Il me tarde de savoir de vos nouvelles et du bon serviteur de Dieu, que la divine bonté sanctifie dans sa détention,

1. QuESNEL. Lettre aux religieuses de ta Visitation du monastère de Paris, pour la justification des religieuses de Port-Royal, contre routeur de la vie de la révérende Mère Eugénie de Fontaine, etc., MDCXCVII, Bibliottièque Mazarîne, n" 32343, A.

21 i SAINTE JEANNE DE CHANTAL

et vous, ma très chère Mère, parla patience que vous avez à porter une si sensible affliction. Car il m'est avis qu'elle vous serait bien cuisante, si vous ne la regardiez en la très adorable et sainte volonté de Dieu. Pour moi, je porte toujours ma croix, elle ne m'est pas souvent si angoisseuse que quand je vous écrivis. La divine Bonté, par les prières de la très Sainte Vierge, ce me semble, me donne un peu plus de fermeté à ne la pas regarder, et à tenir mon esprit en ce simple regard en Dieu, et souffrir là-dedans mes misères et pressures, mes craintes et faiblesses, sans pouvoir faire autre chose. Et je connais que plus je suis ferme dans cette absolue simplicité et regard, sans faire aucun acte, plus tôt je suis soulagée. Mais la durée de cette peine me fait craindre qu'elle ne procède de faiblesse en ces divines vertus et non d'exercice donné de Dieu, pensée que je ne regarde non plus volontairement que les autres. Car dans ma faiblesse et impuissance à tout, selon le sentiment, tout me fait peur, et n'ai pour tout refuge que ce regard simple, et toucher mes résolutions, que je porte écrites en mon cœur, et dire doucement et paisiblement à Notre-Seigneur : Ce que vous voulez, je le veux ; ce que vous ne voulez pas, je ne le veux pas.

Je me recommande toujours aux prières du bon serviteur de Dieu*. »

Puis encore en octobre :

• Ma bonne et chère Mère,

« Nous supplions Notre-Seigneur qu'il vous comble de grâces, avec son bon serviteur. Un mot de ses nouvelles quand vous m'écrirez. Dieu soit béni 2 ! »

« Nous avons de nouveau fait faire des prières et dire des

1. De Barthélémy, Leilres, loc. cit., t. II, p. 596. Lellres chrétiennes, loc. cit., t. I, p. 54.

2. De Barthélémy, Le//res, lôc. cit., t. II, p. 597.*^ Lellres chréliennes, loc. cit., l. I, p. 53.

messes pour le bon serviteur de Dieu, à ce qu'il plaise à l'infinie bonté de Notre-Seigneur de le mettre en liberté, si c'est son bon plaisir *. »

La Mère Angélique lui répondait :

Octobre 1638.

« Je ne saurais, ma très chère Mère, recevoir une plus douce et plus forte consolation dans nos afflictions qui durent toujours, que celle que votre singulière charité nous donne. Elle me paraît si grande que je ne le vous puis dire. L'union que Notre-Seigneur me daigne donner à votre chère âme m'est incomparablement plus douce que ne m'est amère la division que presque tout le monde a faite avec moi, la plupart pour nous persécuter, et nos amis pour nous abandonner. En vérité, ma Mère, par la grâce de Dieu, je ne sens presque point cela : au contraii'e je souhaiterais être digne qu'il plût à Dieu de me séparer de tout, afin de n'avoir plus qu'à l'adorer le i^este de mes jours et faire pénitence, toute cette tempête me faisant toujours voir davantage le besoin que j'en ai. Car en vérité je suis cause de tout le mal ; et, bien que pour ce qui regarde le bon serviteur de Dieu, il y ait des ressorts cachés de choses importantes qui causent sa détention, néanmoins il est certain que je suis cause par mes indiscrétions qu'on en a pris le prétexte. On cherche toutes sortes d'interventions pour le perdre ; et la parole de Notre-Seigneur, à ses apôtres, s'accomplit en lui : Tous ceux qui les voudront perdre, penseront faire sacrifice à Dieu. Il semble à beaucoup de gens réputés pieux, que c'est rendre un grand service à l'Eglise de le persécuter, et l'on ose bien le comparer à Calvin. Il supporte tout cela dans une vertu admirable. Ce qui me console et fortifie extrêmement, c'est que tous ceux qui ont eu le bonheur de sa conduite, qui sont en petit nombre. (car il s'est toujours caché et a fui d'entreprendre la conduite), ne songent qu'à prier Dieu, et prati-

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