Ibid., t. I, p
quer ce qu'il leur a ensei^é, qui n'est en rien dissemblable de ce que noti'e bienheui'eux Père a écrit, quoique cela extérieui'ement paraisse plus austère. Mais ceux qui entendent bien l'esprit de ce bienheureux et qui n'abusent pas de ses termes i^emplis de charité, n'y verront point de différence," Pour moi je n'y en ai point trouvé ; et de tous ceux que j'avais vu devant et depuis notre bienheureux Père jusqu'à ce dernier, je n'en ai point vu qui m'eût autant fait connaître la nécessité de la pénitence. Mais notre bienheureux Père l'appelait renonciation et dénuement, termes qui marquent plus à ceux qui ne se veulent point flatter ni tromper.
« Je serais trop contente si je pouvais avoir le bonheur de vous entretenir, et de vous faire entendre tout ce que je pense ; mais il est impossible de vous le faire savoir par écrit. Il se faut contenter de la grâce que Dieu me fait que vous vouliez bien que nous soyons toujours unies à votre chère âme. Ce m'est un témoignage que son infinie bonté ne me rejette pas comme je le mérite. Priez-le toujours, ma chère Mère, qu'il ne me sépare jamais de lui, et que je lui puisse satisfaire pour mes fautes, que je vois extrêmement grandes ; mais je n'en suis pas humiliée.
« On ne nous a encore rien dit; mais on nous menace toujours fort. Nous attendons en grande paix ce qui arrivera. La maison va toujours fort bien. Mes infidélités qui sont toujours grandes pour les légèi'etés, paroles inutiles, vanités et semblables fautes, m'affligent beaucoup plus que tout le reste. Car enfin qu'est-ce qui nous peut arriver qui nous puisse nuire, si nous plaisons à Dieu? Et quel autre malheur peut-il y avoir que de lui déplaire, comme je fais sans cesse ? Cela est vrai, ma chère Mère, croyez-moi, car ce n'est pas scrupule ; et ayez compassion de ma misère, priant Dieu qu'enfin je puisse correspondre fidèlement à sa grâce.
« Je A'ous ai écrit un billet par la prière expresse du prisonnier : je ne sais si vous l'avez reçu. Il vous suppliait de faire dire pour lui une messe au tombeau de notre bienheureux Père, et de faire communier vos filles. Il a grande confiance en ses intercessions et en vos prières. Je ne vous puis dire avec quelle affection il m'a toujours parlé de vous. Je sais
qu'il ne vous oublie point, et qu'il n'a pas manqué de prier tous les jours pour vous, depuis que nous lui avons communiqué vos lettres. Il se porte un peu mal. On ne lui donne ni papier ni encre, ce qui est pénible aux sens; car pour le reste il ne veut que Dieu. Notre Mère vous salue très humblement, et tout le reste, particulièrement ma bonne mère vieille qui s'en va bien cassée. Je ne sais si elle passera l'hiver. Elle vous supplie très humblement de prier Dieu pour elle. S'il vous plaît, ma chère Mère, de nous dire quelque petit mot, adressez vos lettres à Lyon chez M. d'Aubrai : on me les fera tenir sûrement. Il vaut mieux même que Dom Just* ne sache pas que je vous ai écrit; car, ma Mère, vous ne sauriez croire en quelle estime je suis, même dans vos maisons ; et Dom Maurice 2 barnabite, ne nous aime pas trop, sans préjudice de la charité. Et en vérité, ma Mère, je confesse devant Dieu, que j'ai donné toutes sortes de sujets de mésestime mille fois plus g-rande qu'on ne l'a encore. C'est une très juste punition de Dieu, et encore il y a une très grande miséricorde ^. »
La Mère Ang-élique faisait ressortir ici la conformité de doctrine de saint François de Sales et de l'abbé de Saint-Cyran. M""» de Chantai savait mieux que personne jusqu'où allait le « dénuement » du saint évêque. Elle le savait pour l'avoir éprouvé.
« Mon Dieu ! mon vrai Père, lui écrivait-elle (1616), que le rasoir a pénétré avant! Pourrai-je demeurer longuement dans ce sentiment? Au moins notre bon Dieu me tiendra dans les résolutions, s'il lui plaît, comme je le désire. Hé ! que vos paroles ont donné une grande force à mon âme ! Que celles-ci m'ont touchée et consolée où vous me dites :