‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 89 sur 103 · Lettres chrétiennes, loc. cit., 1. 1, p · texte numérisé non relu

Lettres chrétiennes, loc. cit., 1. 1, p

-i- SAINTE JEANNE DK CHANTAL .

qu'elle avait tant désirée et qui était presque un chant d'actions de î^iâces, un alléluia de la délivrance qu'elle précédait de bien peu. Il est eut iciix de constater quelle compréhension des âmes avait M. de Saint-Cyran, ainsi que son sens prophétique que nous pouvons ici comparer très justement avec celui de saint François de Sales. A ce moment M""^- de Chantai paraissait jouir d'une parfaite santé, et Madeleine de Ghaugy, nous dit dans ses Mi'moh'es que le médecin de la sainte laissait, à son entourage, l'espérance de jouir de sa présence pendant de longues années encore, dix ou quinze ans peut-être. Cependant M. de Saint-Cyran avec la clairvoyance des êtres que n'emprisonne plus le voile épais de la matière, avait jugé cette âme préparée pour une vie supérieure : « Peut-être que vous ne vivez que pour cela, et lorsque « votre mal intérieur finira, vous finirez et cesserez de « vivre. »

M'"^ de Chantai allait quitter Paris consolée. Elle avait fait une dernière revue de sa vie avec l'archevêque de Sens, eonfession après laquelle elle était demeurée « toute paisible et soulagée de ses peines intérieures » ; elle avait certainement vu le P. Vincent, quoique Madeleine de Chaugy n'en ait pas fait mention dans ses Mémoires ^ - ; elle était satisfaite des dispositions qu'elle

1. " Elle eût la consolation quelle avait été désirée et demandée à Dieu, de coniérer amplement de son intérieur à Monseigneur de Sens, et par cette conférence, elle demeura paisible et toute soulagée de ses peines intérieures ; Dieu voulant que la fin de sa vie^ après tant de travaux et furieux combats, se finit, par sa grâce, dans une paix amoureuse et victorieuse [Mémoires de Madeleine de Chuuyy, loc. cit.. p. 317). »

■J. « Dieu voulut qu'elle trouvât la paix dans les entretiens de saint \ incenl de Paul et d un saint évèque, M?^ de Beilegarde, arche\èque de Sens, auquel elle fil une revue générale de sa conscience iMp" Eolgald, histoire de Sainte Chantai, loc. cit., t. II, p. 525;. !> M?^ Bougaud attriliue ici à iinUuence de saint Vincent de Paul l'apaisement que Madeleine de Chaugy nous dit formelle-

croyait être celles de la supérieure de la Visitation de Paris* (la Mère Lhuillier), elle avait passé deux jours avec sa chère Mère Angélique, et elle emportait précieusement la longue lettre de M. de Sainl-Cyran. Elle avait peine à détacher son cœur de Tabbesse de Porl- Royal, tant cette entrevue avait renouvelé ses sentiments de tendresse. Elle lui écrivait le 4 novembre 1641 :

Ma bonne et chère Mère,

« Souffrez -mol ce petit billet qui vous va dire encore à Dieu. A Dieu donc, ma toute bonne et chère Mère. A Dieu soyons-nous unies, qui est invariable. Je suis plus consolée que je ne puis dire de la sainte et cordiale union de nos cœurs. Il m'est avis que notre bon Dieu y ajoute je ne sais quoi de fort intime. Je vous envoie nos livres. Hélas ! aurions-nous bien quelque réserve pour vous. Non certes, je ne le pourrais souffrir. Quand vous moui'ez, ayez soin qu'ils soient rendus ici, sinon que vous jugiez les devoir laisser en la main de l'une de nos bonnes sœurs.

« Je suis consolée de voir le désir que nos supérieures, et ma sœur H. Angélique^, ont de vivre très cordialement et unanimement avec vous. Je salue nos très chères sœur? et le bon serviteur de Dieu. Faites que l'on prie fort pour celle qui est tout à fait vôtre. Dieu soit béni ^. »

ment être résulté de celle de l'archevêque de Sens. D'après la correspondance de M^^ de Chantai, le l'ère Vincent ne paraît pas avoir joué un rôle quelconque, dans la vie de la fondatrice, en dehors de celui de supérieur de la Visitation de Paris.

1. Si M»"» de Chantai avait connu les sentiments qui sommeillaient au fond du cœur d'Angélique Lhuillier, elle n'eût guère été consolée. Cette supérieure se préparait à jouer un bien vilain rôle vis à vis de Poit-Royal, notamment à l'égard de Père Desmares, le célèbre prédicateur.

-3. De Barthélémy, Leflres, loc. cit., t. II, p. 60*2. Lelires chrétiennes, loc. cit., t. I, p. 58. Mémoires pour sentir, loc. cit., t. I. p. 560.

Le 11 novembre, M™« de Chantai quittait Paris, et le 13 décembre de la même année elle expirait à Moulins, entre les bras de la duchesse de Montmorency, pour la consolation de laquelle elle avait entrepris ce fatiguant voyage. Pendant le trajet de Paris à Moulins, la sainte avait témoigné à la religieuse qui l'accompagnait « une satisfaction extraordinaire* », de la lettre de l'abbé de Saint-Cyran et cette religieuse l'écrivit à la Mère Angélique.

Après la mort de la fondatrice, les intrigues recommencèrent auprès des supérieures de la Visitation, pour les décider à se soustraire à l'autorité des évêques. Les supérieures s'adressèrent à la Mère Angélique qui consulta pour elles M, de Saint-Cyran. Le saint abbé leur « conseilla de demeurer soumises aux évêques, et son avis fut suivis. » Un pareil conseil devait difficilement être pardonné, et M. de Saint-Cyran en donna beaucoup du même genre à la Visilalion qui le consultait sans cesse.

Voici quelques fragments de lettres de M. de Saint- Cyran à des supérieures ou religieuses de la Visitation, fragments dans lesquels il est question de saint François de Sales et de sainte Chantai :

A une religieuse de la Visitation

Du Bois de Vincennes, 1^"^ janvier 1642.

« ...J'y puis ajouter un exemple nouveau de celle que vous devez honorer comme la première fondatrice de votre Ordre : puisque j'ai eu l'honneur, répondant à l'une des dernières lettres qu'elle a écrites dans Paris, de la consoler sur les peines d'esprit qu'elle a eues plusieurs années, et qui ne

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