‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 92 sur 103 · Lettres chrétiennes, loc. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

Lettres chrétiennes, loc. cit., t. I, p

de ces deux était la Mère Angélique Lhuillier. Ecoutons ici dom Gerberoii conter une anecdote qui éclaire d'une lumière un peu crue la mentalité de cette supérieure.

« Ils (les jésuites) surent donc cette fois séduire tellement la reine, qu'on dépêcha des lettres de cachet pour se saisir de lui (le Père Desmares) et le conduire à Quimpercorentin en Basse-Bretagne. Mais avant que l'exempt qui était chargé de ces ordres, eût une occasion favorable de les exécuter, le.R. P, Des Mares en fut averti et disparut : au grand regret et de ses ennemis qui avaient manqué leur coup, et du peuple qui perdait un excellent prédicateur.

« Cette retraite du Père Des Mares l'exempta bien de la dureté de l'exil, où ses ennemis le voulaient faire conduire, mais elle ne le mit pas à l'abri de leurs calomnies. Dès qu'il ne parut plus, ils répandirent le bruit qu'il avait dit à la mère Hélène-Angélique l'Huillier, supérieure des religieuses de la Visitation, de la rue Saint-Antoine à Paris, que le concile de Trente n'avait été qu'une assemblée politique, pour laquelle on n'était pas obligé d'avoir une déférence ni une soumission aveugle : et que l'Eglise n'avait s ibsisté que les quatre premiers siècles. Il y en a qui ont dit que cette religieuse n'avait débité cette calomnie, que par l'induction du P. de la Haie jésuite, et sur l'assurance qu'il lui avait été donnée qu'elle ne devait point faire de scrupule d'inventer et de divulguer tout ce qui pouvait flétrir un janséniste et un hérétique reconnu. Quoi qu'il en soit, on dit que suivant la morale de la Société, il est permis d'accabler, de calonmier le plus innocent si sa réputation nuit à celle de quelque société religieuse.

« Le P. Des Mares n'était pas si dérobé au monde, que le bruit de cette calomnie ne vint jusqu'à lui. Il en écrivit à M^'' l'archevêque une lettre où il justifiait sa foi, et il le suppliait même instamment d'obtenir de la reine qu'on lui marquât une heure et un lieu où il pût comparaître en sûreté devant des juges, et confondre en leur présence ceux qui le diffamaient, il ne fut point écouté. Mais sa lettre fut rendue publique, et tous ceux qui la lurent demeurèrent convàin-

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eus que tout ce qu'on avait dit de lui était une pure calomnie.

« M'"" la marquise d'Aumont, qui s'était retirée dans ce monastère, et qui par bonheur avait été présente à l'entretien que le P. Des Mares avait eu avec la R. Mère Hélène- Angélique, supérieure de cette maison, fut si frappée lorsquelle apprit ce qu'on disait d'un si digne prêtre et si excellent prédicateur, et ce qu'elle savait être très faux, mais surtout lorsqu'elle entendit que la supérieure l'avait débité, et fait croire à la reine, elle en fut, dis-je, si frappée, et elle en eut tant d'horreur, qu'elle ne voulut plus demeurer dans une maison où l'on forgeait de si noires calomnies, et qu'elle se retira au monastère de Port-Royal, oii elle a passé le reste de sa vie.

« Le P. de Gondi, prêtre de l'Oratoire, fut aussi si surpris de ce qui se disait à la Cour comme venant de la Mère Hélène-Angélique, que ne la pouvant croire auteur d'une calomnie si diabolique, il voulut s'éclaircir avec elle de la vérité du fait et savoir si elle avait dit des choses si fausses et si considérables. Il alla donc avec M™^ la marquise de Maignelay, sa sœur, au monastère de la Visitation ; où après quelques civilités, il demanda tout rondement à la mère Angélique s'il était vrai qu'elle eût dit à la reine ce qui se répandait du P. Des Mares. Cette demande mit cette religieuse en tel désordre, que pour couvrir sa honte et la rougeur de son visage, elle tira le voile de la grille, et répondit brusquement et en biaisant : Hé, mon Père, il est ridicule d'accuser le Père Des Mares de cela : car c'est comme si on V accusait d'avoir dit qu'il ny a point de Dieu. Celte réponse brusque et tortue avec tout ce qui l'accompagnait, fit aisément comprendre au P. de Gondi que la Mère Angélique n'osait désavouer qu'elle eût dit à la reine tout le mal, dont la Cour accusait le P. Des Mares, ni soutenir qu'il fût vi'ai qu'elle eût entendu de ce Père ce qu'elle en avait rapporté. Ainsi le P. de Gondi, se contentant de cette réponse, et se tournant vers M™^ la marquise de Maignelay, dit : C'est assez, ma sœur, voilà le P. Des Mares suffisamment justifié *. »

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