DoM Gerberon, hisi., loc. cit., t. I, p. 241.S
La Mère Euj^énie, élue supérieure à la Visitation de Paris, en J641, « fut celle qui contribua le plus à « éteindre parmi la plu[)art de ses religieuses, les senti- « ments d'estime et d'union que saint François de Sales « et la Mère de Chantai leur avaient inspiré envers la « Mère Angélique et Port-Royal *. »
2. « La Mère Eugénie s'appelait Louise-Eugénie de Fontaine. Ayant été convertie du calvinisme, elle fit profession, dans le couvent de la Visitation de Paris, où elle fut élue supérieure en 164L C'était du vivant de la Mère de Chantai, qui mourut le 13 décembre de cette année, et qui, dans une lettre qu'elle écrivit le 14 novembre précédent, à la Mère Angélique son amie, témoigne être consolée de voir le désir des supérieures de la "Visitation de vivre très cordialement et unanimement avec Port-Royal. Cette union subsista encore quelque temps. Un peu avant la mort de M. de Saint- Cyran, les supérieures de la Visitation consultèrent la Mère Angélique sur un dessein qu'on leur avait proposé, de se soustraire à la juridiction des évèques pour avoir un Visiteur Général. La Mère Angélique consulta à ce sujet M. de Saint-Cyran, qui leur conseilla de demeurer soumises aux évèques, et son avis fut suivi. Peu après, la Mère Eugénie perdit ces sentiments d'estime quelle avait pour la maison de Port-Royal, à l'occasion de la Fréquente Communion, dont elle ne prit d'autre idée que celle que les Jésuites ses amis vouhn-ent bien lui en donner. Ce fut elle qui contribua le plus à éteindre, parmi la plupart de sus religieuses, les mêmes sentiments d'estime et d'union que saint François de Sales et la Mère de Chantai leur avaient inspirés envers la Mère Angélique et Port- Royal. Elle mourut à Paris, le 29 septembre 1694. En 1695, on imprima sa Vie qui est pleine de calomnies contre Port-Royal. C'est ce qui donna lieu à un petit ouvrage excellent qui a pour titre: Junliftcalion de Porl-Royal ou Leilre aux religieuses de la Visitation (Du Fossé, Mémoires, loc. cit., p. 247. »)
Les filles de la Visitation furent celles qui traitèrent le plus durement les filles de Port-Royal exilées « fort éloignées de la générosité des Carmélites qui ne voulurent point être les geôlières de si saintes filles; et de là bonté d'une célèbre abbesse qui ne reçut une de ces religieuses qu'en protestant qu'elle ne la tiendrait point pour prisonnière, mais comme une de ses filles, aussi ne la lui laissa-t-on que deux jours. Et les religieuses de Chaillot en usèrent aussi avec beaucoup de douceur et d'honnêteté envers celle qu'on leur avait envoyée (Dom Gerberon, hist., loc. cit., t. II, p. 202. »)
2o0 SAINTE JEANNE DE CHANTAL
Les autres supérieures demeurèrent unies de cœur et de senlimeiits avec la célèbre maison. La Mère Marie- Aimée de Blonay publiait, en 1644, les lettres de la fondatrice que nous venons de lire. La Mère Madeleine de Chauçy, secrétaire de la sainte et confidente de ses plus intimes pensées, allait être violemment persécutée à cause de son attachement pour la Mère Ani^élique. Elue supérieure à la Visitation d'Annecy, elle fut ensuite déposée et envoyée en exil à Montferrand, après s'être vu enlever toutes les lettres qu'elle avait reçues de la réformatrice. C'est avec des procédés de cette nature que les Jésuites préparaient l'histoire des rapports de sainte Chantai avec la Mère Angélique. Combien de détails intimes devaient renfermer ces lettres, et quelle clarté elfes eussent apporté dans cette étude. C'est à Lancelot que nous devons l'histoire du dépouillement dont fut victime la sympathique secrétaire *, à Lancelot qui, en allant à Alet, voir l'évêque Nicolas Pavillon, avait passé à Montferrand pour consoler la Mère de Chaugy dans son exil.
u ...Les deux religieuses de la Visitation que nous vîmes au monastère de Bellecour nous firent plus de compassion, parce que leur état approchait plus du vôtre. Il y avait cinq ou six mois qu'elles n'avaient communié, parce que l'on ne voulait pas leur permettre de le faire sans s'être confessées à des personnes qui les tourmentaient sur des choses sur lesquelles on n'avait pas droit de les inquiéter. Ces pauvres filles souffraient humblement cette mortification, qui leur était d'autant plus grande qu'elles ne trouvaient pas même de consolation parmi leurs propres sœurs. Tout leur crime
1. « M"° de Chaugy prit le voile en mai 1629... dès lors la Mère de Chantai la prit pour secrétaire et elles ne se quittèrent plus... elle la suivait dans ses voyages, écrivoit sous sa dictée. Leurs deux cellules se touchaient (M?' Bougaud, Histoire de sainte Chantai, t. II, p. 361). »
était de ce qu'ayant été envoyées pour gouverner les Filles Pénitentes de Lyon, elles en avaient retenu quelques-unes quelque temps sans communier, parce qu'elles ne les voyaient pas assez disposées. Aussitôt les voilà déclarées jansénistes ; et il n'en fallut pas davantage pour les traiter comme je l'ai rapporté. On prit même à la sœur Ghavanne, quelques lettresqu'elle avait autrefois reçues de M. Arnauld, à qui elle s'était adressée sans le connaître, et on les jeta au feu. On a fait la même chose des lettres de la. Mère Angélique à la Mère de Ghaugy, lorsque par une puissante cabale on l'eut déposée de la charge de supérieure du monastère de la Visitation d'Annecy, pour l'envoyer, comme en exil, à Montferrand, en Auvergne, où nous l'avons vue à notre retour. Mais rien n'étonne les âmes qui sont véritablement à Dieu, et ces deux bonnes l'eligieuses de Lyon, dans la joie qu'elles avaient de recevoir un traitement qui avait quelque rapport au vôtre, nous firent paraître une fermeté et une constance tout à fait grandes *... »
N'est-il pas délicieux de rencontrer le fils spirituel préféré de M. de Saiut-Cyran, le très pur et très détaché Lanceiot qui devait laisser des pag^es remarquables sur l'Oraison, allant visiter et consoler dans son exil Madeleine de Ghauyy, la fidèle dépositaire des plus secrètes pensées de sainte Ghantal ? Disciples privilégiés de deux grandes âmes, ils durent à leur parenté mystique de laisser à la postérité les plus purs documents concernant la vie spirituelle de ceux qui les avaient initiés à cette même vie. Inimitables Mémoires de Lanceiot sur M. de Saint-Cyran, inimitables Mémoires de Madeleine de Ghaugy sur M""*^ de Ghantal, qui, après vous avoir lus, ne redira tout bas : Il appartient vraiment aux saints de parler dignement des saints ^. Lanceiot