DISCOURS
PRONONCÉ PAR M. MAURICE BARRÉS, EN igoO
à la distribution des prix de l'Orphelinat du Vésinet où sont élevées par les soins de la Société de protection des Alsaciens et Lorrains des petites orphelines d'Alsace et de Lorraine.
Mes chères enfants,
Jo viens dans ce beau jardin pour la première fois ; je n'ai jamais eu le plaisir de vous apercevoir et pourtant je crois vous reconnaître. Je jurerais que je vous ai vues dans la vallée mosellane, sous les grands bois de Sainte-Odile et devant les vieilles maisons, de Mulhouse a ïhionville.
Comme une mirabelle ressemble a une autre mirabelle et une brimbelle à chaque brimbelle des montagnes vosgiennes, vous êtes pareilles à toutes les bonnes petites filles d'Alsace et de Lorraine.
l8o LES AMITIKS FRANÇAISES
Quel plaisir de rencontrer dans une fête tant de figures familières ! C'est entre compatriotes que nous passerons cet après-midi.
En m'invitant à l'honneur de vous parler aujourd'hui, votre protecteur et grand ami, le comte d'Haussonville, s'est souvenu que je suis un Lorrain qui a beaucoup vécu en Alsace; j'habite à quelques kilomètres du village dont il porte le nom mêlé aux fastes glorieux de notre petite nation. Souvent je mène un ami visiter, dans un fond solitaire du plateau lorrain, cette vieille maison forte des Haussonville, indestructible bâtisse devenue une paisible ferme. De là j'atteins rapidement vos pays annexés. Chaque automne j'y recommence les promenades de mon enfance, et j'y retrouve, comme jadis, les coiffes blanches de vos saintes institutrices, les sœurs de Saint-Charles. Ces dames sont populaires là-bas ; leur maison mère est à Nancy. Et quand j'incline ici devant elles mon respect, c'est au double titre catholique et lorrain que je leur dis « mes sœurs ».
Des pays et des parents qui se rencontrent, que peuvent-ils faire sinon d'évoquer tout ce qu'ils vénèrent en commun ? N'ayons pas scrupule de dire très haut cette louange de l'Alsace et de la Lorraine que murmurent nos cœurs et qui fait notre accord.