‹ Les amoureux de Madame SévignéChapitre 11 sur 28 · MADAME DE MOTTEVILLE · texte numérisé non relu

MADAME DE MOTTEVILLE

ger? Faut-il croire aux talismans contre l'amour comme on a cru aux philtres qui faisaient aimer? Dénouez le bandeau de crêpe et vous verrez encore des fronts charmants, serrez un peu la cordelière, elle dessinera des tailles dégagées et pleines de jeunesse. Comment se fait-il donc que ces veuves gracieuses soient restées inutilement belles? Peut-être sont-elles vertueuses par un excès de fidélité à la mémoire d'un époux adoré- Quand M. de Vaubrun mourut, sa femme ordonna des funérailles plus fastueuses que celles de Turenne, elle garda le cœur de son mari, le déposa sur une petite crédence entre deux flambeaux, et dans son désespoir elle passait quelquefois six ou sept heures à pleurer devant cette relique précieuse. Une autre veuve inconsolable, la maréchale de Rochefort, se condamnait au jeûne et à l'abstinence après avoir perdu son cher maréchal. J'en citerais encore qui gardaient le lit, et, montrant à côté d'elles une place vide et froide, s'écriaient d'un ton à fendre l'àme : « Il serait là I » La crainte du ridicule et la tyrannique douceur des mœurs françaises pouvaient seules empêcher ces malheureuses délaissées de rallumer le bûcher de Didon. Je comprends qu'une passion aussi exemplaire défende mieux que les verrous et les grilles l'honnêteté des femmes. Il est des veuves pourtant qui, ayant été mariées contre leur

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gré, se retrouvent libres sans regret; celles-là devraient, ce me semble, tenter une expérience nouvelle. Eli bien non, elles redoutent le sacrement, se refusent à le recevoir encore une l'ois, et demeurent néanmoins irréprochables. Voilà les véritables veuves de Randan, non point du Randan d'Auvergne (il est trop aisé de pratkpier la vertu parmi les rochers d'une contrée barbare) , mais de ce Randan imaginaire situé au centre de toutes les séductions, au milieu de ce pays trop civilisé qui s'appelle la cour. C'est là que nous voyons madame de Motteville , rêveuse comme nous l'avons déjà vue aux Pyrénées, à la fenêtre de Mazarin, et comme on la représente à Fresnes, dans le salon de madame Duplessis-Guénégaud, entourée de cette société joyeuse des Tritons de la Brévonne.

Que dire de madame de Motteville? son histoire n'offre pas un intérêt bien saisissant. Sous la Régence, elle parle espagnol avec Anne d'Autriche et dona Estefania ; plus tard elle cause encore dans la même langue avec Marie-Thérèse et dona Molina. Française, elle devient ainsi l'un des membres de cette colonie espagnole groupée dans des limites si étroites autour des deux reines. De là son insignifiance à la cour, où elle ne parvint à rien. Dévouée par reconnaissance à sa bienfaitrice, Anne d'Autriche, auprès

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