MADAME ]»E MOTTEV1LLE
de laquelle on la plaça de très-bonne heure (à 1 de sept ans] , Françoise Bertaut traversa la Fronde et une grande partie du règne de Louis XIV sans que son dévouement lut jamais récompensé par de solides faveurs. A la mort de la reine-mère elle eut un legs de trente mille livres, voilà tout. Jusque-là une pension médiocre, point de charge et nulle influence. Après avoir déplu à Richelieu, elle déplut à Mazarin, elle déplut au roi. La reine-mère la garda néanmoins comme un objet familier dont on ne peut se passer. Pour demeurer auprès de sa maîtresse, madame de MotteviUe se résigna d'ailleurs à beaucoup de sacrifices. Souvent elle abandonna de chères amitiés ou du moins elle s'en cacha. Pleine de respect pour la royauté comme pour Dieu, il ne lui échappe point dans ses Mémoires une seule parole légère à cet égard. Elle n'a pas, tant s'en faut, la même réserve en ce qui les ministres. Maza-
rin surtout lui était antipathique; elle se plaint à diverses reprises de l'avarice du cardinal qui pille le trésor public et refuse de faibles sommes aux deux reines, pour les dépenses du jeu, de la toilette, et les libéralités indispensables. Elle accuse le minisire d'ingratitude envers celle qui du seigneur Giulio il un cardinal, un conseiller de la couronne, un homme riche à millions;. Quand Son Eminence
MADAME DE MOT! E VILLE. j i i
rend le dernier soupir au château de Yincennes, madame de Motteville est bien près de damner d'avance le moribond. Elle rapporte qu'à l'autopsie on a trouvé une pierre à la place du cœur ; puis elle cite les couplets populaires dont la mort du Sicilien fut l'occasion. En voici deux que je reproduis comme échantillons des dernières mazarinades :
Enfin, le cardinal a terminé son sort.
Français, que dirons-nous de ce grand personnage?
Il a fait la paix, il est mort.
Il ne pouvait pour nous rien faire davantage.
Ce quatrain prouve au moins que le peuple savait gré de son plus bel acte au négociateur de l'Ile de la Conférence. Le distique suivant ressemble à une prophétie :
Ci-gît rÉminence deuxième, Dieu nous garde de la troisième!
La troisième Emmenée, vous la connaissez ; ce fut l'abbé Dubois.
Le cardinal enterré, madame de Motteville respire. Elle vise un instant à jouer un rôle. Cette ambition tardive ne lui réussit pas. Employée par Anne d'Autriche à la réconciliation de Madame et de Marie- Thérèse, tout entière à la vieille cour, du parti de la duchesse de Xoailles contre la comtesse de Soissons