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dans le démêlé de la dame d'honneur et de la surintendante, elle déplait nécessairement à la cabale de la jeunesse. Non-seulement à cause de ces inimitiés puissantes, elle ne peut obtenir, comme elle l'espérait, la charge de gouvernante des enfants de Monsieur ; mais encore elle est plusieurs fois sur le point d'être exilée. Forcément absente de la cour pendant un certain temps, elle reparaît devant le roi à Yincennes. « II me fit bon visage, dit-elle, et me fit l'honneur de me répondre assez obligeamment, c'està-dire à son ordinaire, par des syllabes; mais qui ne laissèrent pas de me donner la vie et des forces pour souffrir les chagrins fréquents d'un si méchant pays que l'on hait toujours par raison, mais que l'on aime naturellement. »
Elle survécut une vingtaine d'années à sa maitresse. Son temps se passait en retraites chez les carmélites de Chaillot, où était sa sœur Socratine, et en visites chez madame Duplessis-Guénégaud, où elle avait déjà vu autrefois la reine Christine de Suède avec sa perruque d'homme toute défrisée, où elle rencontrait maintenant madame de Sévigné, M. de Pomponne, d'autres personnages moins importants. Elle parlait peu, observait beaucoup, s'occupait de ses Mémoires aux heures que le monde et le couvent laissaient libres. Je ne vois pas que sa vertu
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ait eu à supporter de dangereux assauts. Hormis quelques prêtres espagnols qui, selon l'usage du pays, lui débitent des propos galants dans une église à l'époque du mariage du roi, personne ne s'attaque à cette personne sensée, discrète , prudente et sincèrement religieuse. Elle ressemble, auprès d'Anne d'Autriche , à une de ces confidentes de tragédie qui n'ont jamais de mouvement spontané, de vie personnelle et distincte.
C'est une tout autre personne que madame de Sévigné; nous l'avons déjà décrite au milieu de sa eour d'amoureux. ?sous ne la mentionnerons ici que pour rappeler que la jolie Païenne, comme la nommait le grand Arnauld, fut au xvne siècle le type accompli de la vertu mondaine, et si cela peut se dire, de la vertu piquante et galante.
La vertu de madame de Miramion est celle d'une sainte au milieu du monde. Cette fille spirituelle de saint Yincent de Paul mérita , comme la princesse de Conti, par son active piété, le titre glorieux de Mère de l'Eglise. Aujourd'hui, c'est un bien petit nom que le sien : mais il y a deux cents ans , ce nom retentissait jusqu'au fond de la Chine , et la mort de cette inconnue d'aujourd'hui était considérée , en France, comme un malheur public.
Marie Bonn eau , bien que de naissance assez basse, s'éleva par ses vertus actives à un rang distingué. Son souvenir se lie à celui de madame de Montespan, dont ses conseils hâtèrent la conversion. Elle fut en relation avec Bossuet, saint Yincent de Paul, et fut chargée après mademoiselle de Lamoignon de la distribution des aumônes du roi. Elle assistait, à côté de
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madame de Maintenon, aux représentations à'Esther.
Nous avons cherché des détails sur sa vie et ses œuvres dans un livre de l'abbé de Choisy , consacré tout entier à notre Mère de l'Eglise. En tête de ce livre on remarque un portrait de madame de Miramion, peint par de Troy, gravé par Edelinck. Nous nous sommes longtemps arrêté à considérer cette douce physionomie.
Une sorte de capuchon grossièrement noué sous le menton encadre la tête comme en une niche, se relève en ogive sur le front et trame jusque sur la collerette très-étroite et très-haute. Un petit crucifix suspendu au cou par une tresse de cheveux descend sur une poitrine desséchée. Les yeux sont grands, parfaitement enchâssés dans l'orbite et surmontés d'épais sourcils. Le regard s'est terni et voilé ; la bouche encore fine est exactement fermée, ce qui peut faire supposer que les dents sont belles, puisqu'un sentiment de modestie empêche madame de Miramion de les montrer. Le peu de cheveux grisonnants qui s'échappent de l'ogive du capuchon semblent d'une délicatesse singulière. Une expression de bonté pèse sur tous les traits et les attire vers la partie inférieure du visage. Madame de Miramion a toute l'apparence d'une supérieure de couvent ; mais d'une supérieure bourgeoise ne ressemblant en rien à ces nobles abbesses qui portent la crosse et l'anneau avec
un air de légèreté patricienne , ont des Etats où elles commandent royalement et bravent quand il leur plaît l'autorité ecclésiastique.
Marie Bonneau fut mariée, à peine âgée de seize ans, à Jean-Jacques Beauharnais, seigneur de Miramion , et conseiller au parlement. Veuve six mois après, elle eut un moment la pensée de se consacrer à Dieu. Mais son mari la laissait enceinte ; elle accoucha bientôt d'une fille , à l'éducation de laquelle tous ses soins furent consacrés et qui devint plus tard la présidente de Nesmond.
Jeune et millionnaire , elle ne devait pas manquer de prétendants. Madame de Miramion les refusa tous. Bussy-Rabutin tenta de l'enlever comme nous l'avons raconté dans les Amoureux de madame de Sévîgné; mais Dieu, qui la destinait à une sainte activité, la retira du bord de l'abîme. Elle reprit courage, quoique désormais bien des ressorts dussent rester brisés dans cette frêle organisation presque mortellement atteinte. Sa faible santé ne fut point un obstacle au développement immense de ses généreux instincts.
Maîtresse d'un corps débile, Faute ardente de Miramion le précipita dans un mouvement sans fin. Soutenu par la force qui le lançait, il résista aux fatigues incessantes dont le poids lui était imposé.
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On vit madame de Miramion se multiplier pour apporter quelque soulagement à toutes sortes de misères. Elle ouvre une maison de refuge pour les repenties, des ateliers pour les filles pauvres et honnêtes, embrassant ainsi dans un même amour, protégeant avec la même sollicitude la vertu menacée, le vice purifié par le remords. Et ce n'est pas tout. Que l'œuvre des enfants trouvés chancelle, saint Vincent de Paul aura un ferme appui dans madame de Miramion ; que l'hôpital général épuisé mette sur le pavé sept cents pauvres, madame de Miramion ne les abandonnera pas aux angoisses de la faim ; qu'une maladie contagieuse éclate à Melun , la courageuse héroïne de la charité paraîtra tout à coup au foyer du mal et ramènera les prêtres épouvantés à leurs devoirs. Les missions étrangères languissent; il faut des évêques en Chine pour diriger le zèle des ouvriers apostoliques: elle fournira, de concert avec madame d'Aiguillon, aux dépenses nécessitées par la cérémonie du sacre et le voyage des prélats, au nombre desquels on remarque M. dlléliopolis, un de ses parents. Si dans ce gaspillage magnifique de sa fortune, madame de Miramion a un regret, c'est de ne pouvoir se montrer plus prodigue encore de ses richesses.
Sa fille, jeune et belle, ne doit pas être sacrifiée à cette passion de bienfaisance universelle. Elle lui per-
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met le luxe convenable à son rang dans le monde, en la laissant libre pourtant d'y renoncer. Un jour elle lui présente deux jupes de valeur et d'éclat différent : « Si vous choisissez la moins belle, dit-elle, il vous restera quatre pistoles pour les pauvres. » Quant à ce qui la regardait personnellement, elle était d'une rigueur excessive. Point de vaisselle, point de bijoux, de la laine grise pour ses robes, du drap gris au lieu de velours pour son lit et son ameublement. Aussi avait-elle le plaisir d'élever la bienfaisance à des proportions gigantesques. Un jour de guerre civile, elle distribuait deux mille potages, elle nourrissait des populations entières pendant la famine. De plus elle établissait sur des bases solides son oeuvre de prédilection, la communauté des filles de Sainte-Geneviève ou des Miramiones; cette communauté fournissait aux campagnes des institutrices et des sœurs de charité. Paris ne fut pas seul à profiter du bienfait de cette utile création. La province demanda des Miramiones, et la fondatrice quittait la ville pour aller organiser des succursales de son établissement. Ces petite voya* ges ne lui coûtaient nul effort à entreprendre. Consumée d'une ardeur singulière , elle aurait voulu aller jusqu'au fond de l'Asie évangéliser les idolâtres. Dans ce siècle de merveilles tout a un air d'exagération romanesque, même la piélé. En dépit des mo-