PRÉFACE. V
notre grand mot ^individualité ? N'est-il pas le synonyme moderne de ce vieux mot si expressif, caractère ? Trouverait-on parmi nos devanciers moins de caractères ou moins d'individualités que parmi nos contemporains?
Que le lecteur remonte avec nous jusqu'au xvne siècle, jusqu'à cette époque classique qui de loin semble tout jeter dans un même moule de bronze : les diverses influences qui fécondent et illuminent ces belles années de la France ne font-elles pas jaillir à chaque instant des éléments de la lutte une multitude de caractères divers, parmi lesquels se détachent avec éclat de grands caractères ? Et comme ces influences relèvent surtout d'un idéal religieux ou philosophique, d'un idéal héroïque ou romanesque, ne doivent-elles pas forcément créer des types supérieurs, dans leur diversité originale, à ceux que produisent ces époques pratiques dont l'unique souci parait être de régler économiquement le ménage de l'humanité? Qu'un Vincent de Paul apparaisse, avec deux petits enfants dans ses bras ; aussitôt se multiplient les âmes charitables et dévouées comme mademoiselle de Melun, mademoiselle Legras, madame de Miramion. Qu'après les fureurs de la Ligue, un apôtre inspiré du