‹ Les amours d'un Hercule Savinien LapointeChapitre 3 sur 6 · L. UB B · texte numérisé non relu

L. UB B

Je suis certain de l'effet de mon article, se disait le père Léonard. Il nous faudra sans doute lutter quelque temps encore avant d'obtenir le résultat que j'en espère ;jo veux cependant, ajoutait-il, scruter A fond le cœur de Pervenche et connaître si elle est née pour l'existence singulière de ce monde A part. Tout on disant cela il entrait dans la chambre de Pervenobe avec un visage où brillait la plus douce sérénité. Il prit une chaise, invita la petite danseuse A s'asseoir A côté de lui , ot A l'écoutcr attentivement.

11 lui parla donc ainsi :

— Mon enfant, peut-être touchonsnous bientôt au moment qui doit réali.sor ce que vous appelez vos espérances, et que j'appello, moi, vos rêvos. Avant d’aller plus loin, jo veux vous entretenir do la vio où vous allez entrer, et de celle que vous voulez quitter.

Vous êtes belle, tout l'art des hommes, qui égale presque les créations do l'Étcrncl , va concourir pour vous embellir encore. Vous serez divinisée sous des fleurs, vous serez plus qu'une reine : vous serez déesse , nu moins pour quelques minutes par soirée. Vos charmes, ainsi revêtus do tout le travail des ouvrières , véritables fées au service du talent ou de l'aveugle et stupide fortune, vont attirer autour de vous tont un monde de convoitise... La luxure aux regards inquiets et sombres trouvera vos jupes trop longues, votre maillot pas assez transparent ; on dira, si vous ne vous bâtez d'obtempérer A ses goûts, que vous êtes trop lourde, et que vous manquez de grâce.

Tout un monde de fashion désœuvré voua fera sa cour ; n'oubliez pas que co monde compte sur vous pour égayer, pour embellir ses fêtes. Vous recevrez

des fleurs qu'un dandy étriqué aura marclinndées à la pauvre fille placée à l'angle des grands boulcvarts Une fois habituée à cos bouquets que l’admira* tion , la cabale ou l’amour , jettent quelquefois au talent vrai, vous ne saurez plus vous en passer ; vous en voudrez encore, vous en voudrez toujours , le jour où le printemps ne fleurira plus pour vous, vos yeux auront des pleurs. Vous serez entourée de femmes qui vous voleront, feront commerce de faveurs que vous vous obstinerez en vain à refuser.

Les chambrières sont les entremetteuses do leurs maîtresses. Vou.s allez enfin entrer dans un tourbillon : vous ne serez plus à vous, vous lui appartiendrez. Vos jours passeront vite, votre beauté aussi Votre talent subira les conséquences de ce déclin rapide ; peu à peu le vide se fci*a autour do vous ; et comme vous n'aurez probablement pas songé que tout cela devait vous manquer un jour, vous serez aussi pauvre à la fin qu'au départ. La carrière des arts a trop souvent nu matin l'illusion folle, au soir le déscnchan- ‘ tement rempli de larmes et de désespoir.

Le père Léonard cessa de parler. Pervenclie regardait avec un air bien étonné I cet homme que l'on disait fou. qui lui parlait un langage si sensé , et qu'elle corn* i prenait très bien. Pervenche répondit résolument, comme attendrie dans l’enivrement de scs révea :

— Mon père , faites-moi débuter 1

Le père Léonard reprit comme se parlant à lui*mémc :

— Sans doute le pauvre bateleur qui court les foires, qui va do ville en ville, vivant à sa guise, semblablement à l’hirondollo, changeant de climat et de ciel; sans doute, ce pauvTO bateleur n'a ni la fortune , ni la gloire des grands artistes?

Mais aussi, n’ost-il pas plus libre. 11 est i généralement plus gai , pouiquoi cela?

I Parce qu’il se moque des rivalités, qu'il , est sans ambition. Que domande-t-il le long do sa route? Ce que demande Toi-

seau , le grain do millet qui le fait vivre, n marche dans la poussière ou dans la bouc, traîne partout .sa tente, comme l'Ârabe au désert ; Kècbo au soleil du jour ses vêtements trempés de l’eau de la veille. Exploitant l'ignorance , l’imbécilité ou les préjugés des peuples qui sont saproie, ilneconnaltrienauxloisdivincs, , < il se moque des lois sociales; ayantpeu de I ^ût pour nos meeurs, il raille nos pré- ; jugés. Essayez do mettre un pareil oiseau I dans cette vieille cage rouillée qu'on appelle société, il s'en éch^qppcni, ou le troisième jour vous le trouverez mort.

11 faut à cette race la vie d'aventure , le grand chemin et le grand air.

Pervenche, examinez vous, regardez on vous-même, et voyez si vous ôtes née pour la servitude des coulisses, ou pour la liberté des tréteaux, |

— Mon choix est fait, réponditîajeuno ’ danseuse.

— C’est bien, fit le pauvre homme.

Muintenant, mon enfant, n'avcz-vousrien I me dire?

— Non, monpèro, répondit Pervenche, rougissant un peu.

— Je sors pour m’occuper de votre folie , dit le père Léonard en souriant.

II prit son chapeau et sortit.

SiPenenche n'avait pas raconté sa conversation avec l'inconnu, ce n'est pas qu’elle eût intention d’on faire mystère , et de cacher cotte aventure : elle pensa qu'il était plus sage do so taire làdessus pour ne pas troubler l'esprit du père Léonard. Elle garda le silence, et fit mal ; un root l'eût sans doute préservée de l'embûche où elle devait bientôt tomber.

Depuis ime heure elle réflcchissaît i toutes scs aventures, quand quelqu'un frappa à sa porte. Depuis la scène avec !

rinconnu, la jeune danseuse n'allait plus ouvrir qu’en tremblant. Elle avait l'esprit tellement préoccupé par tout ce qui venait de 80 passer, qu'elle avait oublié

LES AMOlUlS DX’N nEtlCÜLE.

M. Mouton , la dernière chose du monde cependant qu'elle dût oublier.

Quand M. Mouton entra, il était coifTé d'une casquette à forme plate do peau de chien frisée ; une blouse do toile blanche enveloppait sa poitrine largo et robuste , une cravate de laine rouge tournait autour de son col , comme une flamme ardente. Mouton ne s’expliqua pas trop bien le motif qui le conduisait chez Pervenche : il y était poussé par une main invisible à laquelle il obéissait machinalement. Aussi son entrée futelle gauche , cmbarra.sséc. Il comprit en abordant la danseuse que sa visite avait besoin d’étre motivée , n’ayant p.a.s été autorisé û cette démarche par une invitation prcablc. II demeura donc un moment comme pétrifié sur le seuil do la porto. Pervenche vit son embarras. Elle eut bien envie de s'en amuser pour so vengerde la rose et du gros baiser donnés À la fille d'auberge. Mais M. Mouton trouva un expédient. Il lui demanda fort ingénieusement si elle n'avait pas vu aujourd'hui le pore Léonard, oû il pourrait Icroncontrer, qu'il avait grand besoin de lui parler pour un motif pressant.

Et il touniait et retournait entre scs mains sa casquette de peau de chien sans avancer d’un pas.

Tout en s'amusant do son trouble, Pervenche avait pourtant grand'peur que l'hercule ne s'éloignât.

— Monsieur, lui répondit-elle , mon père ne peut tarder à revenir, assoyezvous et veuillez l’attendre.

T.O père Léonard n'avait pas dit du tout qu’il dût si tût revenir; ils mentaient donc tous deux sur le dos du bonheur. — Dans cette complicité de mensonge, il y avait donc comimmauté de sentiment. CependantPcn enchc, sous un grand air do froideur calculée, sut dissimulcrlcplaisir que la visite inattendue de M. Mouton lui causait. Mais bientôt 'elle comprit que cet état de tiédeur ne pouvait durer plus longtemps sans que cela prit la couleur

d'un congé, conséquemment à une invitation de SC retirer. Pervenche ne voulait point aller jusque-là.

C'est alors qu'ollo prit le ton de la coquetterio.

— Vous allez, sans doute, vous impatienter : j 'ai peut-être agi étourdiment on TOUS priant d’attendre.

— Mais non, mademoiselle, répondit Mouton, incapable défaire un compliment quoiqu'il en brûlât d'envie. Le pauvre garçon laissait brûler l’encens de son amour au fond do son cœur : un seul grain no put mémearrivorâ scslcvres. Il \ : avait peur de paraître bête ; il aima mieux i passer pour tiède. En effet sa réponse no snti.sfit Pervenche qu’à moitié; elle en fut piquée : ce n'est pas ainsi que l’i/iî ro«nii s'exprimait. M. Mouton pro- i mena scs regards sur la clicminéc. Son | visage devint triste : il avait aperçu dou.x roses dans un verre. Il reconnut parfaitement celle qu’il lui avait donnée; mais rautre, d'on venait-elle , qilellc main la lui avait offerte? Pourquoi les avaitelle placées dans le même vase? L'une j lui était donc aussi indifférente que Tau- ' tre, ou toutes deux aussi chères! Si l’a- j mour avait le sens commun, M. Mou- ; ton se serait dit : - Pourquoi m'alarmer ; !

« n'ai-je pas donné une rose ce ma- ' •• tin à la grosse Catherine? Quelle inton- •• tion avnis-je en la lui offrant? Aucune;

- je crois même que cette fleur m’em-

- barrassait. N'a-t-on pas pu l’offrir de •• même à Pervenche ? Quant au cas que •• Catherine aurait fait do mon cadeau,

- ne se sera-t-elle pas dit : C’est le ving^

« tième hommage que je reçois cette se- | » maine, peut-être a-t-elle déjà oublié |

■ mon présent ! Pervenche peut bien l'a- j

■ voir reçu avec la même indifférence. • '

Mais comme l’amour n’a pas le sens commun, Mouton raisonna tout autrement : i CommentPorvenche a-t-clle pu confondre dans le même récipient la fleur indifférente avec la fleur aimée? Voilà quel était le sentiment passablement égoïste du pauvre bateleur. i

Tjigitizeo Fy Coogle

Pervenche avait tout compris ; elle avait vu le regard ; elle devina l’impression ; elle résolut de se venger. Le fait est que In coméilic était piquante.

— Vous regardez mes fleurs , lui ditclle ; comment les trouvez-vous 1

— Mais pas mal, mademoiselle.

— Comment ! pas mal , répliqua la jolie danseuse avec vivacité. C’est bien qu'il but dire.

— Mais oui, répondit Mouton, souriant avec amertume ; cos fleurs sont belles.

— Très belles, ajouta Pervenche; surtout celle-ci, dit-elle , lui montrant la rose de la servante.

L'hercule balbutia , non qu’il eût reconnu la rose de Catherine, mais il était blessé que l’on préférât la fleur étrangère à la sienne.

— Oui, oui, c'est possible... cependant. . . Il s’arrêta tout court.

— Que voulez-vous dire avec votre cependant 1 s’écria Pervenche , faisant mine de so fâcher.

— Que je préfère ccllc-là , répondit l'hercule , lui indiquant la rose qu'il lui avait offerte il y avait à peine quelques heures.

— Ah! c'est votre goût, lui dit Pervenche , d'un petit air boudeur. .Monsieur, je n’aime pas que l'on ait d'autres opinions que les miennes. Pauvre jolie petite fleur, va! dit-elle. Et Pervenche y porta les lèvres avec aflectation. Va !

je t'aime! je t'aime! je t'aime I

Et chaque exclamation était accompagnée d’une aspiration et d'un baiser.

Mouton souffrit et garda le silence.

— Ah ! bien , puisque vous voilà, dit la jolie danseuse en courant prendre un écheveau de fil noir sur sa petite table à ouvrage, vous allez tenir cet écheveau de fil que je veux mettre en peloton.

M. Mouton se plaça en face do Pervenche, ses genoux touchant presque les genoux de la danseuse, et tint ainsi l'écheveau de fil noir au bout de scs maiui. I Pervenche venait de le faire prisonnier.

Mouton voulut plaisanter; il essaya le tonde l’ironie. Cela malheureusement no lui réussit pas, et il gâta complètement scs affaires.

— Je voudrais bien, belle Pervenche, faire connaissance avec la personne qui vous a donné cette fleur qui vous rend si heureuse.

— Volontiers , répondit Pervenche , tout en dévidant son écheveau ; cola ne sera pas fort difficile ; je suis pcr.su.adce, même, que vous serez très content do vous rencontrer.

— Ça n'est pas sûr, répondit l'hercnlc.

— On a toujours du plaisir à voir un visage de connaissance , fit malignement la petite danseuse , surtout quand on l'aime.

— Quand on l'aime 1 répondit l’hercule. Je l'aime doncl

— Ah! mon Dieu! voici mon fil embrouillé ! C'est de votre faute : vous ne le tendez pas assez ; ouvrez un peu plus les !

I bras.

i — Alors, je connais cette personne 1 demanda le pauvre hercule tout embarrassé.

— Oui, répondit Pervenche.

— Et je l'aime 1 dit-il encore.

— r Vous l’aimez, continua Pervenche.

— Je n'aime personne que. . .

— Que quil riposta nipidcmcnt Pervenche pour ôter à son pauvre hercule lo temps de la réflexion, et le faire trébucher ainsi dans un aveu, pour ainsi dire escamote.

— Je n’aime personne que que je

sache, répondit-il sottement. Le pauvre

Diqili.’ Od by C'.Oi

LES AMOURS D’UN HERCULE

garçon voulait dire : Jo n’aime personne que voua ; Pervenche a’y attendait. La timidité poussa maladroitement M. Mouton dans un chemin de traverse. C’est en vain que Pervenche l’avait mis sur la voie; il passa à côté.

— Vous manquez de mémoire, monsieur Mouton, lui dit Pervenche visiblement affectée.

— Du tout, mademoiselle, reprit Mouton, qui SC creusait vainement latétepour chercher quelle pouvait être cette personne de .sa connaissance qu’on le sup- ]>osait aimer.

— Alors, monsieur, vous êtes un ingrat, reprit la petite danseuse embrouillant de plus en plus son écheveau de fil, le tournant, le retournant au 1x>ut des mains de l'hcrculo, dont les bras ne remuaient pas plus que des barres do fer scclléc.s <iins un mur.

— Ingrat! jamais! répondit M. Mouton . appuvant fortement sur ce mot, comme un homme sûr de sa conscience.

— Vous no manquez point de mémoire ?

— Non»

— Vous n’éte» point ingrat 1

— Non.

— Eli bien! monsieur, vous êtes un traître ! s'écria Pervenche avec un petit ! air tragique.

A cette apostrophe inattendue, Vherculo écarta les bras , par un mouvement nerveux; il rompit soudainement l’écheveau de fil noir qu’il tenait tendu entre le pouce et la main. — Mouton venait, sans s’en douter, de faire on magnifique tour de force. L’antiquité, mércGigogno des actions héroïques ou fabuleuses , a ouldié de nous mentionner ccllo-îà.

M . Mouton, dans un moment do mauvaise humeur, venait d’égaler Hercule; j'en suis fûohé pour les temps héroïques, • mai» c’est comme cela.

M. Mouton so leva, prit la porte et ^ sortit.

i — Ah ! c’est comme ça que vous le I prenez , s’écria Pervenche tremblante 1 d’émotion; tenez, ramassez votre vilaine rose fanée !

I Disant ces mots, elle jeta la pauvre I fleur par la fenêtre.

Elle tomba aux pieds de Vhcrcule, qui passa sans la ramasser, quoiqu’il entendit tomber les paroles en même temps que la fleur. Ce beau mouvement de colère accompli, Pervenche pleura. Mouton alla fumer sa pipe. L'hcrculo était fort contrarié.

Si Von ignore qu'il entre toujours un peu de mensonge dans l'amour, on s’expliquera mal l'oubli de M. Mouton à piv>pOB do la jolie rose et du gros bai.scr. Le (ait est que l'hercule ne croyait pas mentir, n'ayont attaché aucune pensée spéoulatrico à son double don. Il avait offert la fleur comme un hommage banal que Von fait volontiers A toute lillo, jolio ou non. Quant au baiser, c'était chez lui pure bonté d'&mo. Ces faits débarrassés de toute intention étaient donc, quoique réels, parfaitement innocents. L’hercule, no pouvant comprendre que l'humeur de Pervenche vînt d’une pareille source, ii’y songea pas.

Catherine, la grosse servante, quiavait écouté à une des portes de communication fort communes dans les auberges , I ayant vu même, par le trou de la serrure, toute la comédie que nous venons de raconter , écrivit tous cos détails et les transmit à Vtiiconnu par une personne intermédiaire qni, tous les soirs, rôilait autour de Vauberge. L’tnconiia avait gagné Catherine. La servante conspirait contre Vhcrcule et contre Pervenche au profit de l'homme mystérieux qui prodiguait Vor.

L’ineowstt, en recevant cette lettre, fut convaincu qu'il y avait U un commencement d’amour, c’est alors qu’il résolut

31 LES AMOURS D‘UM HERCULE

Mnnsicur, $'vciia-l clic, il m Cait autour de noiH un grand Mandalc.

comme un coup de vent dans le cabinet de son mari.

— Monsieur, s’ccria-t-clle tout d'abord, il SC fait autour de nous un grand scandale, à propos de je ne sais quelle danseuse... Tenez! voyez, lisez, dit-ello en lui présentant la feuille que son mari connaissait déjà.

— Mais, madame , cet article ne précise rien ; le ton général qui règne dans ce récit ne nous atteint nullement.

— Je vous assure, monsieur, que sous ces phrases transparentes, nous sommes clairement désignés. En voulewous une

Impr iut' |>«r II. Oidol. Mi-siiil (Kinr). wir If4 rh( lu'» ilr»

d'agir on conséquence, et de brusquer le dénoûinciit à sa façon.

l e rab'nri «lu 4lrert«Mr.

1/offet qu’espérait le père Léonard de son second article fut complet. A peine avait-il paru que la scène conjugale suivante’se passait entre le directeur d’un théâtre célèbre et sa femme.

Madame la directrice était entrée

Digiti zed b y Googl^

lES AMOURS D’UN HERCULE.

Prumcncx~TOU« sur is sccnc tous y Terrei loutes tou marionn«Ues rire i gorge déployée.

prcuTO, continua madame 1a directrice :

allez au foyer, promenez -vous sur la scène ; tous y verrez toutes vos marionnettes rire à gorge déployée en se passant la feuille de main en main. La bassetaille beugle votre nom à qui veut l'entendre, et le ténor le piaille ; jusqu'aux choristes qui le hurlent sur tous les tons.

— Eupbrasie , répondit le directeur assez embarrassé, c'est toujours la même histoire ; vous avez un voile sur les yeux qui vous montre tout en noir. Quand serez-vous débarrassée de cette maudite jalousie qui vous aveuglel Vous me rendez très malheureux !

Lvs Aawun i'sa H<rcMlp. — • C.

— Et moi donc , croyez-vous , monsieur, que je dorme sur des roses! reprit la directrice avec exaltation.

— Vous avez trop d'imagination, répliqua le directeur.

— Enfin , monsieur, me direz-vous quelle est cette demoiselle P. . . , citée dans ce journal !

— Oui, madame , quand vous m'aurez appris quel est ce M. Trois-Étoiles , cité dans ce même journal.

— Mais, monsieur, c'est un directeur.

— Eh bien, madame ! cette demoiselle est une danseuse. Après!

— Un directeur de théâtre.

— Lequel, madame! il y oo a dix-huit à Paris.

— Mais d’un théAtre Royal , monsieur.

— Madame, il y en a trois à Paris. No voyez-vous pas que ce plat folliculaire joue rintimidation, pour nous forcer d’engager à notre théAtre une maîtresse I qu’il ne peut plus entretenir! nos auteurs I en renom et riches font-ils autrement!

* Dcmandcz-lc à Harel, le directeur de la I Porte-Saint-Martin. 11 tous dira combien ^ mademoiselle G... lui a coûté, ainsi que mademoiselle J... Quiconque tient un journal peut y déposer chaque matin telle ordure qu'il lui conviout, et en éclabousser qui bon lui semble. Le talent môme , madame, n’est plus la conscience qui enseigne, c'est une baronie qui rançonne.

Les auteurs nous ofl'rent d'une main un chef-d'œuvre dramatique, ot de Vautre une ganache pour l’interpréter. Je gagerais que cette danseuse est une ganache que ce monsieur L... de B... voudrait nous imposer, en se dispensant toutefois de nous donner un chef-d'œuvre. Vous voyez, ma bonne amie, en tout ceci, que vous n'àvez pas le sens commun.

— Mais, reprit madame ladirectrice, ot les lettres que cet homme prétend {ivoir et qu’il menace de publier!

— Ces lettres ne paraîtront pas ; ce n’est là qu’une phrase que Von jette à Vaventure. Tant mieux si elle frappe juste.

S’il se trouve un pauvre imbécile dans ce : cas-là, alors on l'exploite ; s’il n’existo pas, le pamphlétaire se renferme dans le silence, sous prétexte de générosité, cl tout finit là!

— Alors, monsieur, demanda l’épouse entêtée, oomment se fait-il que tous nos comédiens en rient si haut !

—Parce qucles artistes, madame, sont nos ennemis.

--Vos ennemis! pourquoi cela! mon

Dieu !

— Parce que nous sommes leurs tyrans.

— Pourquoi êtes-vous leurs tyrans?

— Parce qu’ils sont incapables de se conduire eux-mémcs. En cela ils ressemblent aux peuples, qui ne sont pas encore mûrs pour leur délivrance : le joug les engraisse *

— Monsieur, dit alors madame la directrice, c’est bien ; j'accepte vos explications. Pourtant je veux suivre cette affaire, j'y attache un intérêt tout parti- I culier. La suite, je Vespére , nous apprendra quel est et d’où vient cet ennemi de notre repos. Plaise à Dieu, monsieur, que vous n’y soye* pour rien!

Madame la directrice avait apporté une grosse dot en mariage ; madame la directrice avait assez de chaleur irréfléchie, une fois les preuves certaines que son mari la trompait, pour attaquer mon- i sieur le directeur en séparation et reprendre sa jolie dot; ce qui n’aurait pas fait un sensible plaisir à monsieur son | mari. Elle se rôtira donc en roulant dans i son espritees idées extravagantes.

M. le directeur avait prévu tout cela.

Comme sa femme se retirait, elle frêla de sa robe de soie et de dentelle un pauvre homme en pantalon jaune , en redingote marron. Ce pauvre homme fit à madame la directrice un salut fort gracieux, que madame la directrice ne voulut j point voir , trouvant sans doute cet ’ îjomme . de physionomie trop abjecte | pour laisser tomber un regard sur cette ' chose qui l’avait saluée. j

Cette chose, cependant, réci*asait :

Son mari n’y mit pas tant do façon ; il ne dédaigna pas d'aller au-devant de ce pauvre homme. 11 lui avait écrit do passer à son cabinet; et le pauvre homme s'y rendait quand madame la directrice on sortait. M. le directeur avait .senti qu'il i était temps do conjurer l’orage ; que ' M. Léonard de Beaumont avait des moyens de le perdre, ot qu'il parais-

LES AMülRS D*UN HEHCLLE.

sait surtout dispose , le diabolique vieillard, ù poursuivre sou œuvre jusqu'au bout. ‘Cependant, il ne put coutenir sa colère en voyant entrer le singulier et tcn iblc vieillard,

— Kli bien! monsieur, lui dit le dh*ecteuren le faisant entrer dans son cabinet et fermant soigneusement lu porte , vous avez donc juré de nous perdre?

Le bon vieux s'inclina avec une exquise politesse et répondit d'une voix grave et mesurée :

— Xon , monsieur, je ne veux pas vous |>erdre ; vous connaissez trop bien la route qu’il vous faut pnmdrc pour vous sauver.

— Cqjiendant, monsieur, depuis bientôt un mois vous conspirez contre mon repos, repartit le directeur d'une voix UTinblanto de colère.

— Xon. monsieur, répondit d’une voix calme le pauvre homme ; je uo consj»irc que contre le sort.

— Vous m’attaquez! s’écria le directeur . qui se croyait fort, parce que le j pauvre homme était calme.

^Jelutto. répondit simplement le père Léüiianl.

— Et vous espérez sortir trioiupliant de ce combat inégal?

— Je l'espère.

* — Igîiorez-vous que j'ai cent moyens

tic vous écraser, moi?

' — Vous êtes plus riche que moi,

I alors, de quatre-vingt-dix-neuf, répliqua j le pauvre homme en souriant.

— Enfin, monsieur Leonard deBeau- ' mont, pourriez-vous me dire, au moins, qui vous êtes et à qui enfin j’ai l’honncnr lie parler?

Vous avez l'honneur de parler, monsieur, à la justice, présentement.

— Et o(i espérez-vous en venir?

— A vous prier de faire un acte qui lionorc le cœur humain jmM|uc dans scs erreurs, un acte répamtour, enfin.

— Ah ! que me parlez-vous, monsieur, do réparation! s'écria le directeur d’un ton qu’il tAchait de rendre véhément. En quoi suis-je tenu, s’il vous plaît, envers une mauvaise dan.scusc que l'intérêt do mon théAtre et ma réputation d'homme do goAt repoussent également.

— Votre intérêt, monsieur, répondit le pauvre homme d'un ton qu'il tAchait de rendre le plus convenable pos.'^ible , l'intérêtde votre théAtre est, sinon dans rengagement, (lu moins dans les débuts de mademoiselle Pervenche, et je suis certain, fit-il en souriant, que les admirateurs de Terpsichoro vous sauront gré de votre excellent goût, comme toujours.

— Mon goût! mon goût! balbutia le directeur,

— C’est justement parce que vous n'êtes tenu on rien envers Pcn'enchc; c'est parce que votre action sera désintéressée que le public vous aura, nous l'espérons, une véritable obligation; et devant un pareil acte de justice, monsieur le directeur , il est impossible , vous le sentez, que les journaux gardent le silence. Vous serez le seul directeur qui , dans une pareille circonstance, ait agi avec liberté sans céder à des influences occultes, à des sollicitations étrangères, à dos recommandations officielles. Cette œuvre sera votre œuvre; c’est vous, en uu mot, qui aurez mis sur la couronne des arts cette perle , ce riclic diamant, que , vous aurez eu le courage enfin de ramasser dans la bouc.

Le directeur pliait à vue d'ail.

— Et Pervenche , monsieur le directeur, pour prouver sa reconnaissance ù un honimc de cœur, i^ui a eu comme tous les hommes une faiblesse, fort compréhensible dans le monde aux mœurs unpcufacilcs du théAtre, mais qui a eu, plus que tous les autres hommes, le courage, sinon

LES AMOUnS D üN HERCULK.

d’avouer ses faiblesses, du moins de les Réparer, ce qui est mieux; Pervenche, monsieur, brûlera chaque soir, à la flamme d’un quinquet qu'on voudra bien lui indiquer, les billets purifiés deux fois par la réparation et par le feu.

Le directeur regardait attentivement cet homme à raccoutrement si bizarre, aux paroles si sereines, si justes, si convaincantes. 11 sentit comme un rayon pu- ! rifiant de probité pénétrer en lui; il no douta pas qu’il ne fût devant une de ces singulières puissances qui cachent souvent leur génie sous des haillons. Sa voix, que l'on pourrait nommer le timbre de ràmc, avait une telle onction qu’on se plaisait A l’entendre, môme alors qu elle vous opprimait. Le directeur était complètement vaincu ; il ne résistait que par orgueil. Il lui fallait une porte pour qu’il sortit de là, eteette porte ne .s'ouvrait pîis, (juoi qu’il cherchât . — Ce t homme veut une réponse immédiate, pcnsait-il; je ne veux ; pourtant pas céder tout de suite ; d'un autre cété, je ne voudrais pas qu’il s'en . allût persuadé que je résiste et qno je veux continuer la guerre. Comment diable en sortir!

Le père Léonard, avec son coup d'œil ordinaire , avait compris que la bataille était gagnée pour Pervenche ; il dissimula sa joie. 11 sentit que la ratification des traités tenait à une question de forme ; il so hûta de sauver la situation et de tirer son adversaire d’embarraa. Il ajouta donc :

— Je me retire, monsieur le directeur, et j’emporte l'a.ssurance que votre haute raison aura pitié de nous tous.

Comme le père Léonard passait dans le long corridor qui , après plusieurs détours. conduisait dans la rue, il entendit la cloche du régisseur qui appelait les’ artistes sur la scène pour les répétitions.

II lui semblait que cette cloche appelait Pervenche; il partit le cœur rempli d'aise pour l'enfant, comme il disait.

Il rentra, gai*dn le silence sur tout

ceci, reçut la visite d'un grand nombre do bateleurs qui venaient le consulter sur leurs affaires ; lui demander des conseils concernant leur genre d'industrie , quel serait le meilleur moyen de la faire fructifier, comment il fallait s’y prendre pour ajouter , retrancher ou compléter. Le père Léonard leur donnait des avis sur tout, s'ingéraitdc tout, leur faisait faire toutes sortes d’innovations , rajeunissait leur bagout, arrangeait leurs pastiches, corrigeait leurs discours au puÛic.

— Surtout, leur disait-il, pas d’iiorrible, ne faite rien d’horrible ; l’horrible ne fait pas tirer une larme de l'œil, ni un sou de la poche. N’écrasez plus vos lourds pavés sur le ventre de vos femmes, n'enfoncez pas des couteaux dans vus narines, ne faites pas couler du plomb dons vos yeux, et cessez de marcher, comme vous le faites, sur la poitrine de vos pauvres petits enfants : tout ça, c'est hète ci laid. C’est déjà bien assez do leur briser les membres et de jongler avec au bout de vos pieds, au risque de leur tordre les reins et de leur casser la tétc.

Le père Léonard exerçait une influence toute paternelle sur tout ce peuple singulier. Les hommes le vénéraient, les femmes l’aimaient , les petits enfants couraient se pendre après sa grande redingote marron en l’appelant papa ; et le bonhomme accueillait tout cela sans gène, comme sans tyrannie.

Sa consultation terminée, l'heure du travail étant venue, le père Léonard s'en alla a sa parade comme de coutume , avec tout un monde de combinaisons dans la tète pour le succès de la petite Pervenche. Pendant plusieurs jours ilnesopassa rien d’extraordinaire. A quelque temps do là, cependant, le père Léonard, étant retenu au lit par une indisposition qui menaçait d'étre grave, reçut deux lettres presque en même temps. Voici ce que contenait la première de ces deux lettres :

Dioitiz od bv Chx

■ Monsieur,

- J’ai longuement réfléchi sur les dé-

• buts de votre demoiselle ; tout ce que « vous m’avez dit me parait fort raison-

• nablc. Cette demoiselle que vous me •• proposez débutera dans la Datuwe det » me*, que nous montons en ce moment.

- La première danseuse ayant rompu

• son engagement pour aller au thé&tre

- do Saint-Pétersbourg, par suite de i «• cette rupture, je suis sans sujet et

«• j'accepte le vôtre comme une véritable

- fortune. *

Suivait la signature.

Le père Léonard, qui tenait une pro- ; messe écrite, appela Pervenche, et lui mit simplement la lettre sous les yeux. La pauvre enfant ne put achever la lettre; elle tomba toute on pleurs à genoux, près du lit du vieillard malade, prit une de ses mains maigres et froides dans ses mains, et la couvrit de baisers et de larmes.

— Le malheureux, s'écria Pervenche ou sanglotant, il me disait qu'il était fou ; et dire que je le croyais 1

Elle se releva et so jeta sur le bon vieillard, qn’elle couvrit ainsi des plus charmantes caresses.

— Allons! allons! mon enfant, pas d'enthousiasme , tout au moins pas de trop. Il s'agit maintenant de préparer ses jambes.

Et la pauvre petite danseuse passa des larmes au rire insensé ; le père Léonard eut grand’peine à la calmer. Nous avons omis de diro que le père Léonard n'avait pas vu le postscripium qui accompagnait cette lettre. Ce postscriptum ajoutait :

- Il serait bon, monsieur, que made-

- moiselle vint tout de suite pour com- X mencer, dès à présent, la répétition.

•• Tout le monde sait; cependant, on va « tout recommencer pour elle. <•

Cette partie de la lettre contraria et réjouit Pervenche tout à la fois. Avec cette promptitude de coup d'œil, avec !

cette présence d’esprit qu’ont les fem- I mes , Pervenche pensa qu’elle n’avait pas un chapeau assez frais, qu’ensuite sa ' robe avait grand bc.soin d'ôtro renouvelée, que ses bottines étaient bien larges ; son pied si mignon en paraissait tout grand Elle devint donc tout-ü-cuup rêveuse; ce que voyant le père Léonard, le pauvre homme lui demanda ce qu'elle avai t, quel nuage obstruait enfin son beau | soleil levant. i

— Hélas! fit-cllc.

Et elle lui fit part do ses petites préoc- ^ cupations. Le bon père Léonard en fut tout contrarié. Comment faire? II avait eu beau manger du pain sec , cotte lutte soutenue à scs frais l'avait c.tténué et ruiné. Il avait trop d’orgueil pour demander un sou à M. Sîouton ; il no voulait pas donner à l’hcrculc cet avantage sur lui. Le pauvre homme sentait que toute sa puissance venait justement do son désintéressement, et qu’il la perdrait le jour où il deviendrait l’obligé do M. Mouton. Porvencheattendait que la Providence parlât par la bouche du père Léonard. Le père Léonard, tout en réfléchissant, se mit ù décacheter la seconde lettre. Cependant, la fièvre le tourmentait visiblement; elle SC montrait dans scs yeux brillants , et sur les pommettes rouges du vieillard.

Ayant achevé la lecture de cette lettre, qui cependant lui causait une joie vive, il dit àPen-enche :

— Mon enfant, mottez-moi cet oreiller sur les pieds , couvrez-moi le mieux que vous le pourrez ; donnez-moi plein ce bol de bourrache bien chaude , et laissezmoi tranquille quelques heures.

Pervenche , ayant fait tout ce que le père Léonard lui avait ordonné, prit son chàlo rouge et sortit.

La lettre que le pauvre homme cacliait sous son oreiller avant do s'endormir

LES AMOURS D’UN HBRCULB

as

était un piégo où Pervenche devait tomber. '

Le iavreao.

Ce jour-là , qui était un dimanche , Mouton avait quitté son lit avant le jour, allant, sana savoir où, en proie à une sorte de tristesse qui ne le quittait plus depuis qu’il avait vu Penenrhe jwur la première fois. Ce sont là les effets ordinaires de cette maladie qui s’appelle amour. I-æs cœurs gais deviennent tout-à-coup maussades, et les cœurs moroses ont souvent des accès do joies folles. C’était, chez Mouton, quelque chose qui n’était pas tout-à-fait la folie, mais qui lui ressemblait. La mélancolie dont Mouton était frappé n’est qu’une des formes de cette triste maladie. M. Mouton était robuste, plein de santé, bel homme dans la bonne acception du mot ; sa tête manquait sans doute de distinction, mais le calme de son visage, la douceur de son regard, le dédommageaient amplement du déplaisir de ' no pas avoir un profil grec ou romain.

Cet homme , cependant, n'était pas heureux. Mouton gagnait beaucoup d’argent; il avait de l’ordre ; U amatsait. Sa fortune était assurée.

Cet homme n’était pas heureux.

M. Mouton jouissait d'une sortedo cé- I lébrité, grâce à l’intelligence du péro Léonard; il était le roi des hercules.

I Ce qui n' empêche pas queM. Mouton I n’était pas heureux.

Il était jeune, plein de considération , aimé. Et ü était malheureux \

n se promenait donc le long du grand mur d’enceinte, hors de Paris. L’air étaià frais, le soleil se levait, et avec lui, les oiseaux de chanter, l’herbe do verdir.

Ici on mo permettra do prendre la pa-

role pour traduire les sentimente de cet homino, qui joignait à un malheur réel la douleur de ne pouvoir exprimer co qu'il ressentait alors.

Il disait donc :

— D’où vient que co jour qui renaît me trouve sans joie, quand tout sourit autour de moi! L’herbe verdoie, les oiseaux chantent, le soleil briUo; tout cela m'ennuie. J'assiste au grand spectacle de la vie, et jo n'y suis pas mêlé; je ne pourrais jamais m'y mêler. Je no suis pour rien dans l'humanité. Je tiens le milieu entre les vivants et les morts. Si l’on connaissait mon malheur, la moitié du monde passerait son temps à mo vilipender, l’autre s'eu ferait un pierre pour aiguiser sa malignité. Ne rit-ou pas d’un bossu, d'un louche, d'un suurdl Pourquoi no rirait-on pas d'unhommo qui voit une fleur et n’oso la cueillir, un beau fniit mûr, et n’ose y toucherl Souloment il n’est pas facile do mo rire au nez : voilà ce que la Providence, dans sa générosité, a bien voulu faire pour moi. Oui, la force, cette raison de la brute, je l'ai.

Mais cc malheureux, petit et blême, qui passe là-bas, au bout de ce champ de blé, n'est-il pas plus heureux que moi? Ce mendiant, à qui je donne cette pièce de vingt sous, a été heureux dans sa jeunesse ; il a eu, comme tous les hoiniucs, sa part de soleil et d’amour. Mais moi!...

Maudite timidité! que suis-jeî une

sorte de cadavro dont la murt aurait .

comme à dessein , laissé survivre le cœur.

Pervenche! Pervenche! me pardonnoras-tu jamais de t'avoir aimée! Et moi, moi, malheureux î me consolerai-je jamais do te voir un jour aux bras d’un heureux audacieux, d’un autre plus heureux que moi ! heureuse sans moi ! j

Je Buisjalouxdecesbeauxjeunesgens i qui s'embrassent si fort et qui rient si ' haut dans ce chemin de traverse, se dis- ' putant une fleur en s’enivrant de doux baisers.

LRS AMOURS

Telles étaient à peu près les pensées qui agitaient le pauvre hercule. Il s’étriit avancé, sans s'en fq)orcevoir, jusqu'aux environs dos Batignolles. 11 se disait encore : Je ne veux pas me réconcilier avec mademoiselle Pervenche ; il est inutile, mémo cruel , de pousser plus loin l'illusion.

Il s'assit en avant sur le talus des fortlHcaiions. De grands troupeaux de bœufs se dirigeaient sur Pans, traversant les Batignolles.,

Pervenche, qui avait aussi quitté Chaillot, s'était mise à errer à l'aventure. Kilo alluitsunsbut, marchantpcurmarcher. La petite danseuse était transportée d’aiso; il lui semblait qu'un bras invisible l’enlevait au ciel et rarrachait de ce monde.

Parfois elle courait comme une insensée, ou il lui semblait qu elle se penchait sur un puits immense : il lui prenait des ver^ tiges ; pui.H elle rcgartlait les gens en souriant et semblait leur dire :

< — Eh bien! c’est daiàs quelques jours mes débuts! j’espére que vous en serez

Et comme la joie attendrit le cœur, Pen'oncho regrettait véritablement d’avoir affligé M. Mouton; elle eût voulu le rcnconti*er pour sc jeter dans le.s bras de j l’hercule, malgré l’énormité de sa faute.

] La vanité se plaît à faire étalage de son ! bonheur ; la tendresse so plaît à le faire partager. L'âme delà belle artiste aurait voulu mettre tout le monde dans son succès pour en partager les profits. C’est souvent le malheur des grandes natures d'ignorer la sagesse d’une intelligente conservation. La raison de ceci, c’est qu’il est extrêmement difficile de porter en soi une double préoccupation; nous parlons ici do ces grandes préoccupations qui s’emparent de toute une existence. L'amour d’un art quelconque veut tout un homme. L’amour d'acquérir, la plus sotte des passions, laquelle entraîne nécessairement l'amour de la conservation, vent aussi toute une tête. Rien n’est plu.srarc au monde qu’une intelligence multiple. Heureux coox-là! ils ont la sérénité dans la gloire.

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