‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 11 sur 131 · I. Volupté^ I, p, 90 cl · texte numérisé non relu

I. Volupté^ I, p, 90 cl

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sans travail d'avenir. Tout enfant, je ne rêvais clans la vie qu'un bonheur, l'amour, et je ne Val pas obtenu ni même pleinement ressenti— »

Le i8 décembre i83i , il écrivait à son camarade de collège, l'abbé Barbe, resté son ami et son confident : « J'ai eu bien des douleurs dans ces derniers mois, de ces douleurs qu'on évite en gardant le port de bonne heure. La passion que je n'aidais qu'entrevue et désirée^ je Vai sentie; elle clure^ elle est fixée^ et cela a jeté dans ma vie bieil des nécessités, des amertumes mêlées de douceur^ et un devoir de sacrifices qui a son bon effet, mais qui coûte bien à notre nature. »

Est-il nécessaire de forcer le sens des mots et de lire entre les lignes pour donner à ces deux lettres également émouvantes leur vraie signification? La première crie une passion désespérée; la seconde, de quelque façon d'ailleu'S qu'on entende la satisfaction, et quel que soit le degré auquel on la mesure, avoue une passion satisfaite. Deux années, l'année i83o et l'année i83i, se sont écoulées entre le moment où Sainte-Beuve a eu la conscience de son amour et celui où il l'a fait partager par celle qu'il aimait. Années dou-

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loureuscs et tragiques où liois rires, jusque-là IVateruellement unis, ont été empoisonnés jusqu'au fond île l'àme par les affreux tourments du doute et de la jalousie.

A peine sortait-il du tumulte envahissant (V llcrnnm\, qui avait souillé à ses yeux le elier foyer où il avait édifié son autel, — « un nid bruyant et plein d'ordures », disait en écho son ami Guttinguer, — que Sainte-Beuve éprouvait le chagrin d'une séparation plus grande. Au mois de mai i83o le ménage Hugo abandonna la rue Notre-Dame-des-Champs, où la flimille accrue se trouvait trop à l'étroit, pour s'installer dans un quartier lointain, rue Jean-Goujon. Ce départ fut pour Sainte-Beuve un coup terrible dont il essaya d'atténuer l'amertume en demandant l'hospitalité à Ulric Guttinguer, qui habitait Rouen. Pendant les premiers mois de l'année i83o son amour l'avait bouleversé et il s'était montré à l'égard de ses amis « si sottement irrégulier et fantasque » qu'il éprouva le besoin de s'en excuser auprès de Madame Victor Ilugo. Elle lui avait accordé la permission de lui écrire. Cette permission sollicitée n'est-elle pas la preuve, ou de l'aveu qu'il lui avait fait, ou du secret qu'elle avait surpris? « Quand je ne vous ver-

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rais plus, lui écrivail-il le i3 maL^ quand je serais jeté pour toujours à des centaines de lieues de vous sans môme vous écrire, je n'en serais pas moins le même pour vous par le cœur, et votre pensée ne serait pas moins mon consolant recours, mon bon génie, ma meilleure action. »

Est-ce avant son départ, ou seulement à son retour, que, pour expliquer à Victor Hugo les irrégularités de son étrange conduite, il se résigna à lui révéler l'état de son pauvre cœur? La date de l'entrevue reste incertaine, mais les témoignages émanés d'amis de Sainte-Beuve, qui confirment les allusions à peine voilées de Volupté^ ne permettent pas de mettre en doute la réalité de la démarche. Victor Hugo lui répondit « avec la tendresse de l'homme fort », et d'ailleurs sûr de sa femme, qu'il ne fallait pas s'inquiéter d'une situation garantie par la loyauté des sentiments réciproques. « On se crée parfois les inconvénients à force d'y songer et de les craindre, comme si l'on creusait un beau fruit intact pour s'assurer du dedans \ m

Hélas! le fruit n'était pas intact. Ce n'était

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