‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 115 sur 131 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

2. Les fils de Victor Hugo témoignaient à Juliette Drouet une affection et un respect dont je trouve la preuve dans une lettre de François- Victor du i février i865 :

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et elle se sentait une étrangère, dont la proximité avec la maison de famille du poète accusait encore davantage la situation. Pendant son installation à la Pallue^ il semble qu'elle n'en franchit le seuil qu'une seule fois, en l'absence de Madame Victor Hugo, pour connaître les merveilles qu'un goût somptueux et ingénieux y avait entassées. La pruderie des Guernesiais, plus austère que le cant anglais, si rigoureux pourtant, s'opposait aux rapports de bon voisinage plus encore que la sévérité de Madame Victor Hugo. La pauvre femme, naturellement bonne et généreuse, avait appris à l'école de la vie les bienfaits de l'indulgence. Il y a dans la Vie d'une Ferrnne^ de M. Gustave Simon, qui la raconte, une lettre d'elle où se peint à merveille ce côté de son caractère. Elle avait dîné à Paris, en 1862, chez un restaurateur; avec un de ses amis et la maîtresse de celui-ci qui passait pour sa femme. En faisant à Victor Hugo, plus rigoureux pour les autres que pour lui, la confession

« Si généreuse que vous soyez, croyez bien que vous n'avez pas affaire à un ingrat. Vous avez toujours été si indulgente pour moi, si bonne pour tout ce qui m'est cher, si hospitalière, si gracieuse, si noblement prévenante pour nous tous que vous me faites de la reconnaissance le plus doux des devoirs..., » (Inédit.)

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de celte entrevue, elle disait : « Je conçois qu'il y ait une barrière entre les ménages réguliers et les ménages irréguliers, cela parce qu'en général les femmes non mariées viennent d'un monde peu retenu. Je n'aime pas le masque^ mais je tiens au K'oile. Le fond, je ne le discute pys et ne m'en mêle pas, mai je veux l'apparence. Or Madame A... est d'apparence aussi légitime que possible. Son dévouement et son amour des siens l'ont sacrée — » Elle ajoutait que cette morale, si elle n'était pas celle de tout le monde, s'appuyait cbez elle sur sa conscience, sur son horreur de l'hypocrisie et sur « la pensée surhumaine » de son mari, qui lui objectait pourtant, dans l'intérêt de leur fille Adèle, la nécessité de tenir compte des préjugés du moment en attendant les principes et les lois de l'avenir*. Avec une telle profession de foi, pouvait-elle ignorer complètement Juliette, dont le dévouement, qui avait tout bravé, s'affirmait depuis trente ans, dont les attentions la touchaient et dont ses fils, qu'elle avait autorisés à la fréquenter, lui vantaient la sollicitude, la modestie et la haute délicatesse? La

I, G. Simon, op. cit,^ p. 347-348.

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liaison de Victor Ilugo n'avait guère eu de masque^ et peu à peu le voile lui-même tombait. Madame Victor Hugo, préoccupée pour sa fdle de la solitude de l'exil, avait pris dès i858 l'habitude d'un voyage annuel. En 1862, elle resta pendant cinq mois à Paris où d'ailleurs la publication des Misérables^ qu'elle surveillait, suffisait à justifier sa présence. En i863, elle y fut appelée par son livre sur Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. Peut-être ce livre fut-il l'occasion du premier pas qu'elle fit vers Juliette. Elle lui envoya un exemplaire sur grand papier, qui porte cette dédicace, simple et digne : A Madame Drouet .^ écrit dans l exil . — donné par Vexil. Adèle Victor Hugo. Hauteville House., i863'.

Élait-ce pour la remercier d'avoir, en son absence, tenu son intérieur? Juliette était d'ailleurs sur le point de changer de maison. La Pallue était humide. Elle y avait contracté de douloureux rhumatismes, qui émurent Victor Hugo. Il lui installa une habitation nouvelle, dont il fut, comme pour Hauteville- House, le menuisier, le peintre et le décorateur et qui devait lui rappeler, par une reconstitution heureuse, la chambre de la

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