I. Inédit
35o LES AMOURS d'uA' POÈTE
elle. Sauvez-nous, Iransfigurez-nous, unisseznous. » En janvier 1872, il fit connaître à Juliette celte prière qu'il avait dite des milliers de fois, en lui demandant de la réciter à son tour : « De cette façon nos deux âmes voleraient du même vol vers le même ciel^. » Juliette s'empressa, « avec une religieuse fidélité «, de répéter les mots où s'exprimaient, « divinement formulées », sa foi et son espérance. Elle fit subir au texte une légère altération. Tandis que Victor Hugo, toujours enclin à servir le genre humain, priait Dieu de le rendre « utile au bien », Juliette, dont l'amour suffisait à remplir tout le cœur, lui demandait de la rendre « utile au bienaimé ».
Faut-il croire que Dieu n'exauça pas pleinement leurs vœux? Toujours est-il qu'au mois de juin de cette même année 1872, un nouveau nuage troubla leurs amours. Il y a quelque chose ou quelqu'un entre nous, disait Victor Hugo, en affirmant d'ailleurs que ce n'était pas de son côté et en prenant sa fille ! à témoin qu'il n'aimait personne sur terre plus que Juliette. Est-ce à dire que, tout en