G. Michaut, Sainte-Beuve avant les lundis
()l) ij:s amouus d'uin poi:te
Hugo interdisait à Sainte-Beuve sa maison pour l'éloigner de sa femme, celle-ci le voyait an dehors, dans une (''glise sûrement, et sans doute ailleurs, parce que j'admettrais difficilement que, croyante et pieuse, elle eût choisi ou accepté une église pour donner à son amant « la fraîcheur de ses jeunes baisers ». El il faudra bien, quoi que l'on en ait, et même si l'on discute les nuances de l'amour et les limites de l'abandon, tenir pour vrais les' vers médiocres, mais significatifs, de la pièce XV du Livre cV Amour :
Qui suis-je, et qu'ai-je fait pour être aimé de toi,
Pour être tant aimé, pour avoir de ta foi
Des gages si secrets, de si grands témoignages?
En février i833, Victor Hugo se lia avec Juliette Drouet d'une passion qui devait durer près de cinquante ans. Celte liaison affichée servit, à n'en pas douter, les desseins de Sainte- Beuve, trop habile psychologue pour ne pas appeler au secours de son amour la jalousie d'une femme publiquement outragée. En avril 1834, après bien des traverses et des retours, Victor Hugo, dont la patience était lasse, et que les trop vilains procédés de Sainte-Beuve avaient fini par décourager, rompit avec lui.
LF.s AMOiRs I) [N poi:ti: ()7
c< Il y a laiil de liaiiies el tant de lâches perséciilions à [)artager aujourd'lmi avec moi, que je eomj3rends fort bien que les amitiés, même les plus éprouvées, renoncent et se délient. Adieu donc, mon ami, enterrons chacun de notre côté, en silence, ce qui était déjà mort en vous et ce que votre lettre lue en moi. \dicu. V. )> (i" avril, i
Clongédié par Victor Hugo, Sainte-Beuve rencontra iVdèle en août i835 dans l'xinjouaux noces de leur ami Pavie. Depuis, s'ils se virent moins, ou s'ils cessèrent de se voir, ils s'écrivirent, et c'est sans doute à cette époque tourmentée de sa vie qu'il faut rattacher cette lettre de Madame Victor Hugo à Sainte-Beuve, qui l'avait conservée dans ses papiers.
...Mon a/m\ lorsque J'ai ii/i chagrin, ma première pensée est de vous le faire partager et de recevoir de vous des consolations. Vous êtes comme la Providence que Ion invoque surtout dans la douleur. C'est que vous êtes pour moi un ami que rien au monde ne peut remplacer, un ami que je voudrais près de moi. Avec mes pensées tristes et mes habitudes, vous êtes pour moiun besoin. Si je vous écris rarement .^ c'est que je n'ai aucune joie
C)8 LES AMOURS l>'l> POKTE
à K'ous apporter^ aucune espérance certaine à vous offrir; que mon cœur est brise cl flétri; il nij a que lorsqu'il déborde d\unertume^ quil me force à vous écrire. Mon ami., ne jne croyez jamais morte pour vous ; il y a encore dans mon affection de quoi vous rendre heureux., croyez bien cela. Cette affection en tuera bien d'autres plus vives et plus instantes. Conseivez-moi votre cœur ..f y compte avec certitude. C est un lien entre nous qui se fortiûe par le temps et par ce calme apparent. C'est une tendresse qui s accroît par le silence. Oh! croyez tout cela., mon pauvre amV ! ...
Est-ce cette lettre que Sainte-Beuve reçut en août 183^ dans le temps où, après avoir poussé le cri déchirant de la pièce : Laissezmoi! tout a fui...., il opposait à l'ardeur de son cœur encore enflammé la lassitude nonchalante de celle qui fut sa reine et sa Didon! Toujours est-il que le résidu du Livre d'Amour renfermait cette note :
Après : Jadis à pareil jour Au moment