I. G. MicliaiU, p. 226-2JÎ
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grand air et de soleil; ils ont sans doute des parties difficiles et obscures : mais ils y gagnent du moins pour la vérité, la sincérité. Faits en vue^ d' abord^ d'un objet unique^ en vue aussi d'un petit nombre d^élile dans Vaveiiir^ trouveront-ils grâce et sanction aujourd'hui auprès du petit nombre qui va les connaître et d'un mot décider s'ils doivent vivre? Quoique le recueil se compose de pièces détachées^ un certain ordre, une certaine composition graduée s'y peut saisir : les lenteurs au début, les perfidies d'une invasion détournée de la passion; puis une nuance d'amour discret, mi-voilé, et sentimentalement religieux; puis, cette nuance francJiie, le règne de la passion ellemême sur les deux ctres ; et pour dernière confidence, après bien des intervalles, des accidents plus ou moins gracieux et des tristesses^ un moment d' exaltation souveraine et d'idéal délire dans la pièce du Retour de Saint-Mandé. Y a-t-il dans cette marche des sentiments de ces deux cœurs un progrès et un développement en tout point enviable ? Il y a du moins naturel^ il y a unité et fidélité continue. Après cela, comme toute passion humaine^ si fortement nouée qu'elle soit, a
LES AMOURS D l^ POETE lO )
son terme tôt ou tard dans le relâchement^ le déchirement ou la rnort^ si l'on se demande comment celle-ci a fuit [car le poète s est arrêté à un moment suprême et semble n\n'oir plus rien voulu ajouter après)^ je répondrai qu'il y a tout lieu de penser que la mort seule^ V inévitable^ a pu rompre à la fin V harmonie de ces deux cœurs, — pour la reporter plus haut\ »
Toute la subtilité déliée et toute la pénétrante finesse de Sainte-Beuve se retrouvent dans cette préface, si merveilleusement nuancée qu'aucun commentateur du Livre d^Âmour ne l'a égalée. Elle est, en même temps qu'un commentaire du livre, une analyse délicate, où tant d'idées tiennent en si peu de mots! de la passion sentimentale que le recueil exprime. Ce recueil fut fait d'abord « en vue d'un objet unique ». Est-ce à dire qu'il fut écrit avec le consentement de Mme Victor Hugo? A mon sens il n'y a pas de doute qu'elle l'ait connu et approuvé. Deux pièces en témoignent. L'une, faisant appel à