‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 29 sur 131 · I.KS AMOUUS I) 1 \ l'OKTK TI · texte numérisé non relu

I.KS AMOUUS I) 1 \ l'OKTK TI

(l'on, (I nos bons rapports^ le contraire ni a ctc une douleur profonde^ une cause de déchirement et de souffrance ; voilà le vrai. J'ai ('té touché de vous voir avec bonté revenir à ces sentiments dans lesquels je n ai rien tant ci cœur cjue de voir s'établir la certitude et r égalité. Vous m'avez vu peut-être toujours sur une certaine réserve : c'est qu'avant tout., je désire dans nos rapports rétablir la durée et V égalité. Je serai franc ; f aimerai mieux moins de votre part et que cela durât., que plus avec de nouveaux tiraillements et des voyages. — Vous vivez dans le monde .^ dans la famille., vous êtes dans le torrent de la vie, votre existence est comble : Je sens le prix d' une place que vous y réserveriez (i part, vous le sentez vous même. Le soleil Cl son midi peut trouver mauvais qu^il reste quelque part sous son rayon de la rosée et de l'ombre. Je suis celui qui aime l'ombre. Suis- je sûr pour cette audace d'être pardonné ? Votre dernière lettre ni en fait douter, car elle me déclare malade et peu sain d'esprit pour ce goût de la retraite et de l'ombre. Je ne cherche pas cette fois à vous plaire, mon amie; je fais appel ci votre justesse de sens en même temps qu'éi votre ami-

II(S Li:S AMOURS I)'U> POÈTE

tié. Ayons des rapports vrais^ itnis^ surs ; si nous causons, cjuunpeu de dissidence d'opinion puisse s'y mêler sans aigreur; que nous puissions différer de jugement sans que V amitié même se lèi>e aussitôt toute choquée^ pour mettre^ comme on dil^ le marché à la main. J'ai durant ma longue séparation de vous., pris bien des plis., dont Je ne pourrais me défaire ; j'ai acquis des défauts., un peu d' humeur peut-être : qui sait ? J'ai peut-être aussi des c/iagf^ins. Tout cela ne se supprime point d'un mot., ni même d'un rayon. Ce qui est toujours possible., c'est l'estime., le doux souvenir., l'intérêt vrai., les bons témoignages^ un fonds de confiance; dusse- je me rabattre là avec vous., je serai encore satisfait., plus .que d'une relation plus vive., plus saccadée., impérieuse., comme a droit de V être un seul ^enre de relations. Quand je parle toujours de ma vieillesse., cela veut dire uniquement que j'ai renoncé à ce dernier genre de relations. — Adieu., je serai à Paris dans peu de jours., et je causerai mieux que je ne le fais ici., et en y ajoutant., si je puis., ce qui explique et fait pardonner\

I. Lettre incdile. — A la difft^rcace des documents qui constituent le résidu proprement dit du Livre d'Amour, cette

i,i:s AMOiMîs i> I N iM)i;ii: i K)

Sainte-Beuve avait à se faire pardonner d'autres (oits, auprès desquels eelui-ci élaif bien léger! Il y t'ul aide par l'indulgenee de Madame Vieîor Hugo. Les relations continuèrent entre eux sous l'Empire, il y eut des lettres échangées et des visites. .Madame Victor Hugo, toujours obsédée pai' l'idée d'une réconciliation entre son maii et son ami, ne manquait pas une occasion de communiquer au premier ce qu'il y avait d'élogieux pour lui dans les lettres du second. Sainte-Beuve n'avait donc pas tort d'écrire à Baudelaire le 5 janvier 1866, en parlant d'elle : « C'est la seule amie constante que j'aie eue dans ce monde-là. ^ Elle mourut à Bruxelles le 27 août 1868. Sa mort causa à Victor Hugo un vrai chagrin, dont ses lettres à ?>Iadame Chenay, à Vacquerie, à ^Meurice, à Victor Pavie, à Théodore de Banville renferment d'éloquents échos. Il écrivait à IMadame Chenay, la sœur d'Adèle ; « Dieu recevra cette âme douce et grande dans la lumière. Elle a maintenant des ailes. » Il était sincère, non

lettre n'est pas de la main même de Sainte-Beuve. Elle a été recopiée par uu secjétaire, mais, outre qu'elle porte quelques corrections faites par Sainte-Beuve, c'est lui qui a écrit l'origine et la date; Liège, mars 1849, et la suscription de l'enveloppe : Lettre à madame fly

\H) T.Ks AMorns d i \ tm)i:te

seulement pnrce qu'il ('t.iit fidèle nu\ lendi-es souvenirs de sa jeunesse, mais aussi parce qu'il n'avait jamais douté de la fidélité de sa femme, même aux heures cruelles où il écrivait : « J'ai acquis la certitude qu'il était possible que ce qui a tout mon cœur cessât de m'aimer. » 11 ne lui avait j)as ^ardé ce cœur tout entier. Au moment où elle mourait, il y avait trente-cinq ans qu'il en nvait aliéné une partie au profit d'une autre femme, celle à laquelle il écrivait le i6 février de cette même année 1868 sur le Livre de V Anniversaire :

S'être longtemps aimes sur la terre^ c'est devant Dieu le droit de s'aimer toujours au

delà de la terre Chaque fois qu'une année

s'ajoute à notre amour^ il nie semble quune étoile s'ajoute à notre ciel. Sois bénie comme tu- es adorée\

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