‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 30 sur 131 · V. Hugo. (Vers inédits · texte numérisé non relu

V. Hugo. (Vers inédits

E ne saurais dire exactement la date de ces vers^ retrouvés dans les papiers de Juliette Drouet, qui fut pendant cinquante ans la maîtresse de Victor Hugo; mais, écrits pour elle, ils expriment d'une façon admirable le double sentiment qui inspira, i\n début à la fin, l'ardente et fidèle passion du poète. La foi et l'amour étnient en lui inséparables. Il croyait et il aimait. Dégagé des dogmes et libéré des pratiques religieuses, il

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n'en escomptait pas moins les joies et les réparations du ciel pour compléter le bonheur ou pour racheter les malheurs que la vie terrestre réserve aux créatures humaines. Il donnait à Dieu son âme immortelle et il partageait entre sa femme et Juliette un cœur assez vaste pour contenir deux amours terrestres. Tandis que Sainte-Beuve, pour se faire aimer, feignait de croire, Victor Hugo, qui était sincère, croyait en Dieu et en la vie future. Mais bien loin d'admettre que la religion fut un obstacle à son amour, il associait dans la même exaltation lyrique sa foi et sa passion, dont les effusions se confondaient. D'ailleurs l'idée de la rédemption de Juliette, qui avait beaucoup péché, contribua à développer ce mélange, qu'aucun romantique ne poussa si loin.

Quand Victor Hugo rencontra pour la première fois Juliette Drouet, en mai i832, elle avait vingt-six ans. Née à Fougères de parents modestes, — son père était tailleur et s'appelait Gauvain, — elle aurait végété dans la pauvreté d'une vie obscure si un heureux hasard ne l'avait confiée, orpheline presque dès sa naissance, à son oncle, le souslieutenant d'artillerie Drouet, auquel elle

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empi'iuila son nom'. Ce brave homme, qui eomplait huit oampagius et une bles.siue, avait passé au service sédentaire et était (.levenu eanonnier garde-cotes dans un coin de Bretagne. Recueillie par lui, Juliette mena pendant ses premières années une existence l>uissonnière, dont aucune école n'entama la liberté sauvage et gaie. A l'âge de dix ans, elle fut mise au couvent des Bénédictines de l'Adoration Perpétuelle du Saint-Sacrement", par les soins mêmes de son oncle qui y avait deux parentes; l'une, sa sœur/ la mère des Anges, l'autre sa cousine, la mère Sainte- ÎMéchtilde, « toute jeune, avant une admi-

1. ?>I. Louis Guinibaud a écrit sur Victor Hugo et Juliette Drouet (Paris, Blaizot, 1914) le livre le plus sérieux, le plus consciencieux et le plus attrayant que cette histoire d'amour ait inspiré. Il abonde en documents inédits du plus hant intérêt, dont les lettres mêmes de Juliette constituent la partie la plus importante. M. Guimbaud a fait dans cette volumineuse correspondance, qui aurait accablé un esprit moins averti, un choix dont on ne saurait trop louer la judicietise impartialité. La plupart des lettres de Juliette que je cite sont empruntées à sou recueil.

2. Cf. l'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux^ des 20, 3o janvier 1917. Colonnes 495 53. Cet article restitue au couvent des Bénédictines de l'Adoration Perpétuelle du Saint-Sacrement l'éducation de Juliette Drouet et la description des Misérables que l'on avait jusqti'ici inexactement attribuées l'une et l'autre au couvent du Petit- Picpus.

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rable Aoix' ». La jeune pensionnaire, d'ailleni's adulée el gâtée, atténua par sa gaminerie elTronlément éveillée et par sa vivaeité spirituelle l'austérité des règles trop rigoureuses du couvent. Elle y apprit le eliant, le dessin, les grâces aisées du savoir-vivre, et elle dut sans doute à cette éducation soignée un goût littéraire et un don du style dont Victor Hugo sentit vite le contraste avec l'ignorance de sa femme. Comme elle n'avait pas la vocation, et qu'il était facile de s'en apercevoir, elle quitta le couvent vers l'âge de seize ans après avoir subi l'examen, où sa grâce éclata mieux que sa piété, de Mgr de Quélen, archevêque de Paris. Elle avait une figure adorable. Que devint-elle? Pendant deux ou trois ans on perd sa trace. En 1823, on la retrouve comme modèle dans l'atelier du sculpteur Pradier, dont elle devient la maîtresse et dont elle a en 1826 sa fdle Claire. Brutal, cynique, giossièrement vaniteux, sans argent, sans orthographe et sans tact, ce membre de l'Institut ne songe pas à s'embarrasser d'un mariage compromettant, qui lui apparaît comme une déchéance, et il pousse sa maîtresse vers les

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