‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 45 sur 131 · I. Inédit · texte numérisé non relu

I. Inédit

yeux toutes les lettres de Juliette, qu'elle avait totalement brisé avec le prince à partir du 19 février, sinon même avant.

Cette rupture avait brusquement interrompu la vie de luxe qu'elle menait ou du moins avait supprimé pour elle les moyens de la continuer. Elle la laissait dans l'embarras. Habituée à ne pas compter, dépensière et imprévoyante, Juliette avait des dettes. Elle devait un peu partout et à tous. Sans avouer tout de suite à Victor Hugo cette situation obérée, elle essaya de faire face au péril. Elle connut des heures pénibles, dont une lettre qu'elle envoya à son amie Madame Kraflft renferme le douloureux aveu.

Ma chère Laure. Jusqu au retour de Pradier, il faut que tu tâches de me prêter mille francs. J'ignore comment tu pourras te les procurer; mais il s'agit d' honnew\ et cest à toi que je me confie. Je perds la tête. Je ne sais plus que faire.^ mais il nie faut cette somme demain., ~ demain^ entends-tu ? Mon Dieu! fais l'impossible, fais plus que pour loi. Si tu savais combien je suis malheureuse depuis que tu ni as quittée^ !

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Ce sont les créanciers, et non les amants, qui l'obsèdent. Elle recourt, pour éluder les questions de Victor Hugo, à des dissimulations, à des réticences, à des mensonges :

u Aujourd'hui, lui écrit-elle, j'ai eu la mauvaise pensée de te cacher la visite d'un créancier qui s'est présenté chez le portier et qui n'est pas monté. J'ai cherché dans mes ressources de quoi le payer à ton insu — «

Ces scènes renouvelées développent chez lui une méfiance à laquelle sa jalousie instinctive n'est déjà que trop portée. Comme certaines apparences donnent tort à la malheureuse femme, qui n'ose toujours pas avouer toute sa détresse, il la soupçonne à tort et il l'accuse avec une injuste sévérité. Il paie les dettes qu'il réussit à connaître. Il prend à son compte la rançon de ce passé qui le fait souffrir. Il pardonne et il donne. Il travaille pour elle.

Cet argent est à vous^je viens de le gagner pour vous. C'est le reste de ma nuit que f ai voulu vous donner. II fallait avoir la chose qu'on me demandait ce matin ou pas. La plume m'est tombée vingt fois des mains, mais c était pour vous : j'ai travaillé. Je ne

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suis pas coîiiTYie les autres hommes : Je fais la part de la fatalité. Même dans votre chute je vous regarde comme l'âme la plus généreuse., comme la plus digne et la plus noble créature que le sort ait jamais frappée. Ce ri est pas moi qui me réunirai aux autres pour accabler une pauvre femme terrassée. Personne n aurait le droit de vous jeter la première pierre,, excepté moi. Si quelqu'un la jette ^ je me mettrai devant^.

Ainsi vont leur vie et leur amour, faits d'exaltation et de détresse, de joie et d'amertume, de confiance et de désespoir, de rayons et d'ombres, d'effusions lyriques et de dettes criardes, de voluptés et de querelles. Une scène de violences est suivie d'une scène d'amour, que de nouveaux orages suivent. « Je ne trouve pas de mots, écrit Juliette, pour vous dire mon regret, mon repentir, mon désespoir de tout ce qui s'est passé ce soir, je n'en excepte pas vos torts. Je vous en demande pardon comme des miens. Je vous demande pardon d'avoir consenti à vous appartenir après ce qui s'était passé entre nous. J'aurais

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