I. Inédit
eut, le /|, une journée inoubliable. Hôte depuis plusieurs années, pendant la saison d'été, de la famille Bertin, qui le recevait aux Roches, entre Bièvres et Jouy-en-Josas, Victor Hugo conduisit Juliette dans ce pays aimé dont une pièce des Feuilles d' Automne avait magnifiquement célébré l'enchantement. Prise à son tour par les charmes du paysage, et désireuse de se rapprocher de son ami, Juliette se fit louer, à une distance de quatre kilomètres, une chambre modeste dans le hameau des Metz. Cette rencontre qui inspira à Juliette une de ses lettres les plus charmantes devait se traduire dans l'œuvre de Victor Hugo par des vers immortels.
Rentrés à Paris, les deux amants connurent des heures de bonheur, dont un document inédit, que j'ai sous les yeux, renferme de significatifs témoignages. C'est un agenda modestement cartonne, avec un banal gaufrage à la cathédrale^ moins artistique que le petit carnet en corne noire, mais presque aussi précieux puisque Victor Hugo y a écrit des pensées ou des scènes d'amour au milieu desquelles le drame du mois d'août a son épilogue.
A la date du 8 juillet, minuit :
Tu es heureuse auprès de moi en ce moment, et cela me suffit. Ta joie est ma joie. Que 7n importe que la vie soit sombre pour moi., pourvu que ton beau visage rayonne. Ton beau visasse est un astre dont ton sourire est le rayon. Cet astre., cest mon étoile. Quand je lève les yeux au-dessus des tristes horizons de la terre., je la vois. Je vois mon étoile, ma Juliette., toi! — et où tu es., est le bonheur. Une étoile ne peut être quau ciel^ ,
A la dale du 9 juillet, i heure du matin, au crayon :
Quand je t' entends chanter, ma Juliette^ tout ce qu'il y a en moi de pensées douces et tendres dresse la tête et écoute. Je suis heureux.
Mon amour, mon ange ! il ny a rien de plus enivrant que le chant qui sort de ta bouche si ce nest le baiser qu'on y cueille. N'oublie jamais que ces lignes ont été écrites dans ton lit., toi dans mes bras, nue et adorable, tandis que tu me chantais des chan-