‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 7 sur 131 · I. T'olnvtd, I, p · texte numérisé non relu

I. T'olnvtd, I, p

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Le premier recueil de vers de Sainte-Beuve, Joseph Delorme^ parut en 1829, avec une évocation du Cénacle où V^ictor Hugo a la part la plus glorieuse ; deux poésies lui sont dédiées. L'une, intitulée la Veillée^ est inspirée par la naissance du second enfant du poète, en octobre 1828; la mère y est nommée, mais rien de plus, et celte allusion est la seule que le volume renferme. Au contraire, le second recueil poétique de Sainte-Beuve, les Consolations, publié en mars i83o, et dont la préface est consacrée à Victor Hugo, débute par une poésie sans titre qui est dédiée à la femme du poète, « si nol)le et si pure », et que

... dès le berceau, l'amoureuse naUirc Dans ses secrets desseins avait formée exprès Plus fraîche que la vigne au bord d'un antre frais, Douce comme un parfum et comme une harmonie...

Cette pièce, datée du mois de mai 1829, marque les progrès qu'avait faits à cette époque l'amitié de Sainte-Beuve pour Madame Victor Hugo. Elle évoque les causeries prolongées où Joseph Delorme, respectueux, attendri et confiant, livrait à son amie, intéressée et émue par ses confidences, les secrets de son

LES AMOLKS l) liN POKTE ;)9

cœur, dont le vide était immense, et de sa jeunesse déjà dévorée à moitié. Lamartine nous l'a dépeint au même moment eomme « ini jeune liomme pâle, blond, frêle, sensible jus([u'à la maladie, poète jusqu'aux larmes. » Madame \ ietor Hugo et Lamartine eontribuèrent à détourner cette sensibilité vers la relii^ion catholique, dont Sainte-Beuve, sans en adopter toute l'orthodoxie, acceptait cependant les directions essentielles, qu'il considérait comme nécessaires à la conduite de la vie humaine. Les consolations que la femme de son ami lui prodiguait avec une bonté de sœur aînée dans leurs entretiens et dans leurs promenades étaient devenues un besoin de son âme. Sa timidité était vaincue. Il avait osé lever les yeux sur la chaste image que pendant longtemps sa crainte et son respect lui avaient interdite. « Autant j'évitais de la regarder auparavant, autant j'étais devenu avide de la contempler alors ; je couvais curieusement ce noble et double visage; je pénétrais cette expression ingénue, d'une rareté singulière, et qui ne m'avait pas parlé tout d'abord; j'épelais, en quelque sorte, chaque ligne de cette grande beauté, comme un livre divin, un peu difficile, que quelque

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ange familier m'aurait tenu complaisamment ouvert*. »

Pourtant, il n'était pas heureux. Selon la pensée de Ducis, qu'il avait prise pour épigraphe, et dont le choix avait une signification si précise, son bonheur n'était qu'un malheur plus ou moins consolé. Peu à peu son amitié prenait une autre pente et, moins désintéressée, plus exigeante, elle inclinait, à son insu peut-être, vers l'amour. Pour qui sait bien la lire, une pièce des Consolations^ datée de juillet 1829, porte témoignage de ce sentiment naissant, malgré son premier vers, qu'il ne faut pas trop prendre à la lettre :

Un nuage a passé sur notre amitié pure.

A la suite d'un mot dit en colère, d'une parole dure qu'il s'était oublié à prononcer. Madame Hugo, saisie d'une brusque inquiétude, avait entrevu une rupture. Il s'en était défendu et il l'avait eon vaincue. Mais n'y a-t-il pas, quoique discrètement voilé, un aveu dans les deux derniers vers.

Et quand on vit, qu'on s'aime, et que Von a pleuré^ On pardonne, on oublie, et tout est réparé.

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