I. f'oliifite, I, p
LES AMOLllS d'l> POÈTE 6l
Ces pleurs renfermaient quelques larmes d'amour timide.
Elle apparaît d'ailleurs comme singulièrement prophétique, cette pièce V des Coiiaolaùon^ où Sainle-lîeuvesejustifiait des reproches que son amie lui avait adressés sur un ton de hlàme sévère. Il est tels vers qu'il ne pouvait, je l'imagine, relire ou se rappeler plus lard, à défaut de remords, sans un tressaillement. Fier de l'amitié de Victor Hugo, qu'il portait « et si fière et si haute », il protestait contre le doute amer de Madame Victor Hugo, anxieuse à la pensée que celte amitié pourrait un jour, })ar sa faute à lui, sécher et périr. Trop vrai et trop triste présage, qu'accentuait la précision brutale de ce vers :
Quelque mortel outrage à riionneur d'un ami'. Le nuage se dissipa et l'amitié reprit, avec
1. Je relève daus uu autre passage, nou uu pressentiment, mais uue étrange rencontre. Opposant aux torts le'gers, qui s'eflacent, les grands malheurs, que rien ne repare, Sainte- Beuve évoquait le plus grand malheur :
Une fille à quinze ans, fraîche, belle, parée, Et tout d'un coup ravie à ba mère éplofce.
(loinmeul ne pas songer eu lisant ces >er5 à lu catastruplu' de Villequier qui devait, quatorze ans plus tard, enlever Léopoldine. toute triomphante de l'éclat de sa radieuse beauté?
()2 I-ES AMOURS D Ui> l'OÈTi:
ses droits rétablis et ses habitudes anciennes. Entre Victor Hugo et Sainte-Beuve il n'y avait eu encore aucun malentendu. Le poète continuait à exercer sur le critique l'influence bienfaisante de son génie el de son cœur. Madame Victor Hugo, la courte brouille passée, se retrouva l'amie « calme, reposée, si sensée et si bonne », que Sainte-Beuve visitait chaque jour. Ses conseils judicieux et sa tranquillité émouvante rafraîchissaient l'âme desséchée du jeune homme et apaisaient les agitations où se dissipait ce sa vie à tout vent ». Leurs conversations s'inspiraient de la mobilité du drame humain. Elles se perdaient, l'après-midi, et même, parfois, très avant dans la nuit, « en mille sortes de raisonnements, deressouvenirs, de conjectures indéfinies sur le sort, la bizarrerie des rencontres, des situations, nous étonnant des moindres détails, nousen demandant le pourquoi, tirant de chaque chose l'esprit, ramenant tout à deux ou trois idées d'invariable, d'invisible, et de triomphe intérieur par l'âme ; jamais ennuyés dans cet écho mutuel de nos conclusions, toujours naturels dans nos subtilités \ » Il excellait dans ces jeux où son