‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 87 sur 131 · I. Inédit · texte numérisé non relu

I. Inédit

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amours profanées » et succomijer aux tentations fiiciles du corps de ballet. Terpsiehore lui créait les mêmes soucis que 3ïelpomène. Mais son « Toto » avait pour la rassurer des moyens de persuasion dont peu d'amants disposent. Non content de lui confier, avant de les livrer à l'impression, les manuscrits des chefs-d'œuvre qu'elle lui avait inspirés, il faisait pour elle, dans l'effusion de sa gratitude amoureuse, des vers connus d'elle seule. C'est ainsi que le 23 novembre, à minuit trois quarts, il lui laissait cette strophe enflammée :

Mon ânie à ton cœur s est donnée.

Je n existe quà ton côté, Car une même destinée Aous Joint d'un lien enchanté, Toi r/iarmonie et moi la Ivre, Moi Varbuste et toi le zéphyre^ Moi la lèvre et toi le sowire, Moi r amour et toi la beauté * /

Elle n'était pas d'ailleurs seulement la confidente des poésies que l'amour du poète lui dédiait. Elle lui servait de secrétaire dévouée et vigilante, elle mettait tous ses papiers en ordre, elle recopiait ses manuscrits, elle lisait

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et elle appréciait, avec un goût dont ses lettres témoignent, tout ce qu'il produisait.

Quels vers reçut-elle donc au mois d'avril 1837, pour en remercier Victor Hugo en ces termes : « J'ai copié vos beaux vers sur la trahison et l'hypocrisie d'un ex-faux-ami : c'est sublime et triste comme le combat de l'aigle contre la vipère — » Je ne crois pas, comme M. Guimbaud,qui a publié cette lettre, qu'il s'agisse de l'impression fameuse :

Que dit-on, on m'annonce un libelle posthume...

Ces derniers vers portaient en effet en marge cette note : « Ne publier ceci que si le libelle paraît; autrement faire grâce à cette vilaine ombre », et il n'est pas douteux pour moi qu'ils furent écrits en 184 J après qu'Alphonse Karr eut dénoncé dans les Guêpes l'impression du Livre cT Amour. Juliette faisait donc allusion à d'autres vers dont la « vilaine ombre » de Sainte-Beuve avait^été l'occasion. Lesquels? Je crois bien que les voici, retrouvés dans ses papiers, et justifiant bien mieux que les autres, par leur accent de terrible dédain, la comparaison d'un combat entre l'aigle et la vipère:

La haine, tantôt fière, effrontée, ingénue, Aspire à s'étaler au soleil toute nue,

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La calomnie aux dents, rit d'un sage ou d\in roi, Lève sa jupe infâme et dit : « Admirez-moi "/ Tantôt, se souvenant quelle a mêlé peut-être Jadis à vos amis son sourire humble et traître, Elle orne sa fureur d'un regard innocent, Emmielle son poison, et glisse en gémissant Sa morsure plus lâche, et plus acre, et meilleure, Sous un masque êraillé d'ancien ami qui pleure. « Ce pauvre ami, dit-elle ! oh ! comme il est changé. Dans cette voie, hélas! pourquoi s'être engagé? Disons-lui quil se perd par amour pour sa gloire. » O vile hypocrisie, envie épaisse et noire Qui s'attache à l'esprit comme la rouille au fer. Louches regards! pleurs faux ipii font rire l'enfer^ .

Deux choses sont incontestables : ces vers sont ])eaux et ils visent Sainte-Beuve. Reste, pour leur date, s'ils sont bien ceux que Juliette admirait dans sa lettre d'avril 1887, l'hvpothèse de la colère suscitée chez Victor Hugo par la publication trois semaines avant.^ dans la Revue des Deux Mondes., de Madame de Pontmj. Je conviens que le rôle effacé joué par le mari dans cette nouvelle ne s'accorde pas complètement avec les vers inédits que je publie, et qui ont plutôt l'air de viser un dissentiment littéraire. Mais il y avait dans

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