‹ Les amours d'un poète (volume 2)Chapitre 24 sur 74 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

i. Inédit.

l46 LES AMOURS D'UN POÈTE

je suis indulgent. C'est un grand progrès, Dieu le sait. » Et sa femme aussi! Comment ignorerait-elle ce que Sainte-Beuve aux aguets, ami perfide et amant tenace, lui a dit en vers, et sans doute, plus près de l'oreille, en prose :

Puisqu'un si noble époux par Phryné t'est ravi.

Elle sait, et — Victor Hugo l'écrità Pavie — elle pardonne. N'est-ce donc pas qu'elle a elle-même à se faire pardonner?

Phryné, je veux dire Juliette, qui est digne de lui être comparée, et dont Victor Hugo est le Praxitèle, accroît le trésor de ses trouvailles. Collectionneuse, elle est bibliophile, mais les seuls livres qu'elle recherche sont ceux du génie qu'elle aime, et ainsi sa manie conserve les formes de l'adoration. En août i833, elle met la main sur les trois volumes du Conservateur littéraire, dont, de 1819 à 1820, Victor Hugo a, pour une grande partie, rempli les trente livraisons. Evidemment il ne faut pas juger de la rareté de ce livre en i833 par celle qui en a fait depuis un des joyaux les plus exceptionnels de la littérature romantique. Mais l'exemplaire de Juliette, qui est aujourd'hui dans mes mains, n'en est pas moins, même pour son époque, un bibelot

curieux et précieux. Les trois volumes portent en efïet, de la main de Hugo, les corrections qu'il a faites pour les articles passés dans Littérature et Philosophie mêlées. On comprend donc sa dédicace : Exemplaire unique. A ma Juliette bien-aimée. Et quels vers admirables lui donnent une incomparable valeur :

Oh! je suis le regard et vous êtes V étoile!

Je contemple et vous reluisez.

Je suis la barque errante et vous êtes la voile!

Je flotte et vous me conduisez.

Près de vous qui brillez je marche triste et sombre, Car le jour radieux touche aux nuits sans clarté,

Et comme après le corps vient V ombre

V amour pensif suit la beauté!

20 août i833. Minuit'.

La richesse lyrique de ces vers n'empêchait pas que l'amour de Victor et de Juliette ne connût des heures de misère, de détresse et de désespoir. Les nuages assombrissaient la splendeur de l'étoile et des remous secouaient la barque errante. Entre les deux amants les

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