‹ Les amours d'un poète (volume 2)Chapitre 39 sur 74 · Les Contemplations, Lirrc II, X\. Paroles dans V ombre · texte numérisé non relu

Les Contemplations, Lirrc II, X\. Paroles dans V ombre

l'amour, niais la générosité sincère de son cœur s'accompagnait trop souvent de reproches, de soupçons et de colères, et, quoiqu'il en souffrît lui-même, il lui arrivait de transformer en calvaire le chemin par lequel il la conduisait à la rédemption. Si soumise, si docile, si résignée qu'elle fût aux ordres d'un amant qu'elle adorait comme un dieu, elle savait élever des protestations contre une claustration et une méfiance également injustifiées. Elle se plaignait d'être condamnée à un joug de plus en plus pesant, d'être traitée comme un « chien de basse-cour, tourifiée et accroupie dans un coin », et de rester aux yeux de son amant la femme — celle qu'elle fut! — que le premier riche peut acheter. Mais il faut dire aussi qu'à d'autres heures, ramenée vers lui par ses paroles de tendresse et par ses promesses, elle le remerciait avec effusion de sa confiance, de ses soins, de ses efforts. Elle portait sur elle, collé sur sa peau, le papier où il avait écrit pour elle les vers émouvants et indulgents :

Oh ! n'insultez jamais une femme qui tombe !

Ils étaient son « rayon de soleil », qui réchauffe, et son « rayon d'amour », qui relève

et console. Quoique écrits avant elle, les vers de Marion de Lorme ne lui faisaient pas un moindre bien, elle s'y retrouvait et elle remerciait le poète comme si elle les lui avait inspirés « Quand j'arrive au pardon de Didier,

je suffoque de joie et de reconnaissance, il me semble que tu m'aimais déjà dans ce temps-là et que tu me remettais mes fautes par avance, en songeant à l'amour que je devais avoir pour toi.

« Sois béni, mon noble Victor, tu as bien fait de me pardonner ma honte, tu as bien fait de me tendre la main pour me relever du ruisseau, lu as bien fait de laver mes souillures avec les larmes de mon amour. Merci, ange, sois béni dans tout ce que tu aimes sur la terre.

« Marion n'est pas pour moi un rôle, c'est moi, c'est nous, c'est tout ce qu'il y a de plus noble et de plus généreux en toi. C'est tout ce qu'il y a de plus fervent, de plus aimant, de plus vertueux en moi — » (9 novembre i836'.)

Quand elle écrivait cette lettre pathétique, Juliette Drouet étudiait le rôle de Marion. 11 était de ceux qu'elle rêvait de iouer avec le consentement du poète. L'échec retentissant

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