Guitnbaud, op. cit., 327-jab
quelle avait subi dans Marie Tudor l'avait meurtrie sans la décourager. Elle y avait vu une « machination odieuse » dont elle voulait appeler auprès du public impartial. Pourquoi aurait-elle renoncéà sa vocation?Elle se croyait du talent. J'ai dit qu'elle en avait, mais pas assez pour triompher des jalousies que sa beauté et l'amour de Victor Hugo avaient déchaînées contre elle. Trop de femmes de théâtre enviaient son bonheur! Si elles avaient su de quelles tristesses et de quelles détresses il était fait! Elle, ce sont ces misères qui l'exaltaient. A la rédemption par l'amour elle voulait associer la réhabilitation par le travail. Comment Victor Hugo ne l'y aurait-il pas aidée ? Au lendemain de Marie Tudor il lui avait dit :
Les belles qualités de votre nature sont trop rayonnantes pour ne pas convaincre tôt ou tard les yeux. Un rôle suffira pour cela. Vous n'êtes pas le caillou qui a besoin d'être frappé à plusieurs reprises pour donner un peu de feu; vous êtes le diamant à qui un rayon de lumière suffit pour jeter mille étincelles1.
i. Inédit.
LES AMOURS D'UN POÈTE l>l3
11 y avait dans ces consolations plus qu'une espérance : elle y voyait une promesse. Engagée à la Comédie-Française en février i834, à litre de pensionnaire, et aux appointements annuels de 3ooo francs, elle n'avait pas encore débuté au moment du drame de Brest. Quand elle prit la fuite, elle n'oubliait pas les devoirs de cet engagement, qui lui tenait à cœur. Sa bonne avait l'ordre de décacheter ses lettres pour l'avertir, en temps utile, des rôles qu'on aurait pu lui distribuer en son absence. La Comédie-Française ne songea pas à elle. Malheureusement Victor Hugo ne réparait pas cet oubli. Il lui donnait des rôles à répéter, mais d'autres les jouaient. Ce fut Dorval qui créa le rôle de Catarinadans Angelo, le 28 avril i838. Juliette l'applaudit « avec probité », mais elle ne put dissimuler la peine que « son pauvre cœur un peu endolori » avait ressentie en voyant une autre qu'elle interpréter les plus nobles pensées de son ami. Celui-ci s'en lira par une dédicace.
A ma Juliette.
Catarina, Tisbe, ne l'aient pas ma dame :
L'une envierait son cœur, Vautre envierait son âme* .