‹ Les amours d'un poète (volume 2)Chapitre 42 sur 74 · I. Inédit · texte numérisé non relu

I. Inédit

2t8 les amours d'uh poète

ce Je ne donnerais pas cette journée et surtout le moment où je tremblais de froid sur tes genoux pour la plus belle et la plus rayonnante de nos journées d'été. Il me semble que iïous nous sommes régénérés à ce baptême dont le ciel faisait tous les frais et dont l'amour était le parrain. Toute ma vie je sentirai l'impression de chacune des gouttes de pluie qui tombaient de tes cheveux sur mon cou. Toute ma vie, j'entendrai tes paroles de tendre sollicitude et d'enseignement.... Tu m'as dit que je t'avais révélé l'amour; toi, tu m'as expliqué la nature, et, à travers elle, la grandeur et la bonté de Dieu.

« Cette journée toute trempée de pluie est une des plus belles et des plus heureuses de ma vie. S'il y avait des arcs-en-ciel dans le paysage, il y en avait aussi dans nos cœurs, qui correspondaient de notre âme à notre âme comme d'un bassin à l'autre.

« Je te remercie pour les belles choses que lu me fais admirer et que je ne verrais pas sans toi et sans le secours de ta belle petite main blanche sur mon front. Mais une chose plus belle et plus grande encore que toutes les beautés du ciel et de la terre et pour laquelle je n'ai besoin d'aucun aide pour voir et

pour admirer, c'est toi, mon bien-aimé, c'est ta personne que j'adore, c'est ton esprit que j'admire, et qui m'éblouit. Pourquoi ne suis-je pas poète1?... »

Tl l'était, heureusement, pour elle et pour lui. Mais n'était-ce pas pour elle une iierté consolatrice de lui inspirer des chefs-d'œuvre aussi pleins, aussi riches, aussi profonds, aussi purs que la Tristesse cCQlympio^. Il l'écrivit le i3 octobre 1887, « après avoir parcouru la vallée de la Bièvre, à cette époque agreste et charmante avec ses collines basses, ses étangs dans les bois.... Plus de choses encore que dans la vallée avaient changé dans son cœur après quinze ans d'une énergie surhumaine, quinze ans de luttes et de victoires, pendant lesquels il avait goûté toutes les joies et toutes les douleurs de l'orgueil, fatigué la louange, essuyé l'injustice, l'envie, la trahison ; non innocent lui-même, grandi, blessé par la vie, superbe, étonnant d'égoïsme et de génie. En ces quinze ans que d'images avaient passé sous ce large front, les unes voluptueuses, les autres cruelles, doux fantômes du poète, spectres des ambitions inassouvies, et le beau

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