‹ Les amours d'un poète (volume 2)Chapitre 51 sur 74 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

■2~6 LES AMOURS d'uJS POÈTE

chemise contenant deux pièces sur Victor Hugo. Inscrit sur le dossier en gros caractères, le nom de Victor Hugo avait attiré l'attention du jeune surnuméraire. Il fourra le dossier dans sa poche. Quand il put le lire, il y trouva une copie du procès-verbal de l'adultère de Victor Hugo constaté par le commissaire de police de la place Vendôme et une note de M. Delessert sur cette affaire. On conviendra que le destin a d'étranges coïncidences!

Victor Hugo prit en riant la confidence de son cousin. Est-ce à ce moment que, frappé par le souvenir de la satire où Horace est vertement sermonné par Davus, son esclave, pour ses escapades extra-conjugales, il jeta sur le papier les vers que la Dernière Gerbe nous a conservés sur « le problème insondé de l'homme et de la femme »? Anxieux de ce problème, touché par Horace qui en badinait, il semblait prévoir, avec une audace singulièrement hardie, le jour où :

... l'inquiet genre humain, Mettant dans l'amour vrai le légitime hymen, Osera secouer la vieille chaîne noire Du cœur, libre d'aimer comme l'esprit de croire.

11 n'avait pas attendu cette heure pour se-

couer ses chaînes, celles de Madame Victor Hugo avec Juliette Drouet et celles de Juliette avec Madame Biard et d'autres. Madame Victor Hugo continuait à pratiquer l'indulgente bonté dont elle avait trouvé la vraie formule le jour où elle lui écrivait : « La seule chose que je ne te pardonnerais pas, ce serait d'être peu heureux. » Juliette aussi le voulait heureux, mais seulement avec elle et par elle. Depuis le premier jour, elle soupçonna sans preuves toutes les femmes qui l'approchaient, et elle en fut jalouse. Je crois que Madame Biard, mieux gardée par des apparences qui appelaient à leur aide de savantes précautions, sut échapper à ces soupçons. Mais un jour ce fut elle qui, audacieusement, se démasqua et se dénonça. Son intrigue avec Victor Hugo durait depuis 1 844- E^e lavait renouée à la sortie du couvent où son adultère constaté l'avait conduite. Biard ne ressemblait guère au domino furenti dont Davus menaçait Horace. Tant que Juliette ignora la trahison, rien ne gêna la liberté des deux amants. Elle l'apprit le 27 juin i85i en défaisant un paquet qui lui avait été envoyé1. C'étaient

Page 1