‹ Les amours d'un poète (volume 2)Chapitre 54 sur 74 · Wack, op. cil · texte numérisé non relu

Wack, op. cil

LES AMOURS d'oM POÈTE '-285

pèlerinage devant la tombe de Claire qu'il avait déjà célébrée en vers immortels :

Us sont là, près de nous, jouant sur notre route; Ils ne dédaignent point notre soleil obscur, Et derrière eux, et sans que leur candeur s'en doute, Leurs ailes font parfois de l'ombre sur le mur.

Par-dessus ces « anges » Juliette confessait à Dieu sa « jalousie hideuse » et le suppliait de faire un miracle pour rallumer l'amour de celui qu'elle adorait plus que jamais. Sa prière d'amoureuse et de croyante montait vers lui dans le tumulte d'un sanglot déchirant. Elle trouvait dans sa passion, pour laquelle elle vivait, des accents d'une véritable éloquence. J'accorde que le goût condamne l'intercession auprès de Dieu d'un amour aussi profane, mais il est difficile de ne pas admirer le mouvement de cette supplication ardente et sincère.

« O mon Dieu, inspirez-moi la confiance puisque vous ne pouvez pas m'ôter l'amour. Faites que je croie en lui, puisque je ne peu\ pas cesser de l'aimer. Cachez-moi le passé qui me tue et montrez-moi l'avenir radieux. Mon Dieu, ayez pitié de lui et de moi, car je sais que son cœur souffre de mon désespoir. Mon

Dieu, donnez-lui le bonheur et rendez-moi la paix de l'àme. Mon Dieu, faites qu'il ne se lasse pas de mes larmes avant qu'elles ne soient taries. Mon Dieu, si vous ne pouvez plus me faire heureuse, faites-moi forte, courageuse, résignée et généreuse. Mon Dieu, mon Dieu, pardonnez-lui et pardonnez-moi, car ce n'est pas sa faute ni la mienne, si nous sommes réduits à cette cruelle extrémité de nous défier l'un de l'autre. Vous savez, mon Dieu, si je l'aime et si je veux m'imposer à lui. Vous savez ce que je vous dis à vous seul, ô mon Dieu, avec toutes les larmes de mes yeux, avec toutes les tendresses de mon cœur, avec toutes les adorations de mon âme, faites qu'il soit heureux n'importe avec qui, n'importe comment, pourvu qu'il le soit et faites

de moi ce que vous voudrez1 »

L'heure du dénouement approchait. Elle fut précédée d'une promenade qu'ils firent ensemble à Fontainebleau. Leur absence dura du 20 au 23 octobre. Cette excursion réalisait une promesse que Victor Hugo avait faite en septembre à Juliette et que diverses circonstances avaient empêchée. Ce furent trois

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