Inédit
Madame Emile de Girardin avait introduit à Marine-Terrace le goût du spiritisme et l'usage des tables parlantes. Elle n'eut pas de peine à V convertir Madame Huço, dont le mvsticisme se prêta d'autant mieux à ces expériences qu'elles lui donnaient l'occasion d'évoquer ses parents et ses enfants disparus. « Depuis longtemps, moi je parle à mes morts, écrivait-elle avec une foi tranquille à Madame Paul Meurice en mars i855. Les tables sont venues me dire que je ne me faisais pas d'illusion. » Auguste Vacquerie, d'abord hostile, ne tarda pas à céder. Victor Hugo résista plus longtemps, puis, à son tour, il succomba. Eschyle, Dante, Shakespeare, Molière, répondaient à son appel avec un empressement plus ou moins grand, mais sous une forme que son propre génie inspirait trop visiblement.
Étrangère à ces jeux, qu'on pratiquait hors de chez elle, jalouse d'en être éloignée, ou simplement incrédule, Juliette s'occupait à des soins moins futiles.
Libre de son temps et de son esprit, elle copiait avec une admiration frémissante les vers qui devaient former les deux volumes des Contemplations. Victor Hugo s'acquittail parfois envers elle en lui diclant, pour lui ve-
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nir en aide, quelque lettre délicate où son style ne se déguise pas assez. A l'occasion de
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l'anniversaire de la mort de sa iille Claire, elle adressa au curé de Saint-Glande en 1 853 une réponse où le cœur ému de la mère parle moins que le génie irrité du poète exilé. La lettre n'est pas poignante, mais elle est belle, et ce n'est pas faire un tort littéraire à Victor Hugo que de lui en attribuer la paternité.
Monsieur le curé,
En pensant à ma fille le 11 juin, je pensais à vous en même temps. Aujourd'hui je reçois une lettre de Paris et j'apprends que de votre côté, dans ce douloureux jour, vous n'avez oublié ni l'âme qui prie au ciel ni l'âme qui pleure sur la terre. C'est bien, c'est noble, c'est digne de vous. Après cette sainte action vous devez avoir eu quelque DD/i rêve ou ma fille sera venue vous remercier. C'est le tour de la mère aujourd'hui. Je vous remercie, monsieur le curé. Je vous remercie pour cette messe dite, pour cette prière sur une tombe, pour ces paroles semées par vous sur ma pauvre enfant comme
des fleurs du ciel, pour ce souvenir doucement murmuré par la bouche du bon prêtre . à V oreille du bon Dieu. Je vis ici dans une ombre religieuse et profonde ou les prêtres d'aujourd'hui apparaissent souvent éclairés d'un triste jour, prosternés qu'ils sont aux pieds de la force brutale et injuste et sacrifiant Jésus au funeste appétit des biens corporels. Je suis de ceux que ce spectacle consterne et je dirai presque irrite ; mais quand je songe éi vous, monsieur le curé, j'oublie les autres; vous me cachez ces laideurs qui jettent de si lugubres ombres sur l'autel; vous m apparaissez dans la vraie lumière ; je me sens au cœur la même religion que vous, et je me dis que vous êtes bien en effet fidèle à Dieu puisque vous êtes fidèle à la tombe et fidèle au malheur. Soyez donc béni ; la balance de Dieu est si admirable qu'un bon prêtre suffit pour faire contrepoids à tous les mauve
fV.sV la bénédiction (C une mère que je vous envoie, monsieur le cure'. Et maintenant je me /nets <i genou. v su/' le tombeau qui ne est, sacre' et je vous demande la vôtre1*