LA VIEILLESSE AMOUREUSE D'OLYMPIO
Il suffit de tenir bon dans la vie pour que les illégitimités deviennent des légitimités....
Chateaubriand. Mémoires <T Outre-Tombe.
Ed. Biré. II, 3o5.
Victor Hugo, payé en une heure de ses dix-neuf ans d'exil par l'accueil enthousiaste de la foule, rentra à Paris, avec la République, le 5 septembre 1870. Juliette Drouet l'accompagnait. Il y avait trente-trois ans que leur « illégitimité » durait. La mort de Madame Victor Hugo avait levé l'obstacle qui s'opposait à la régularisation de leur union. Ils ne songèrent ni l'un ni l'autre à profiter de cette liberté. Pourtant il s'est rencontré un parent de Madame Victor Hugo, son beau-frère Paul Chenay, pour affirmer que Juliette avait caressé le rêve d'un mariage avec le poêle. Mais il n'en a donné d'autre preuve que le redoublement des attentions délicates qu'elle lui prodiguait. L'amour, même sans cette
ambition, ne suffit-il pas à les expliquer1? Mieux renseigné, et plus impartial, un autre parent de Madame Victor Hugo, son cousin germain, Alfred Asseline, a rendu hommage à la réserve désintéressée de Madame Drouet. « Je ne crois pas, a-t-il dit, qu'aucune personne ait eu jamais plus de tact. Elle montrait dans une situation délicate une dignité parfaite et une netteté irréprochable2. »
Il fallait en effet beaucoup de tact pour accorder cette situation avec les scrupules de la famille et avec les exigences de l'amitié. Chacun, heureusement, parents ou amis, sut y mettre du sien. Après avoir accepté tout d'abord, avec Juliette, l'hospitalité de Paul Meurice, Victor Hugo s'installa rue de la Rochefoucauld, tandis que son amie, chez laquelle il ne cessait de voisiner, occupait, à deux pas, un entresol de la rue Pigalle. L'année 1871 fut exceptionnellement agitée : élection à l'Assemblée Nationale; — voyage à Bordeaux et démission; — retour à Bruxelles et expulsion; — séjour à Vianden, dans le grand-duché de Luxembourg. Juliette, fidèle, attentive et prévenante, suivit partout son