‹ Les amours de Faublas balletpantomime en trois actes et quatre tableaux de MM.... et Leon (volume 2)Chapitre 26 sur 33 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Madame de LIGNOLLE,

El MARQUISE DE B.

Madame de Lignolle est restée seule :

la paysanne a reparu. Elle s'est approchée, regardant autour d’elle avec précaution, puis elle est venue se placer devant Madame de Lignolle. — « La marquise de • B.! s’écrie celleTGj^.rr Elle-même. —

» Pourquoi ce déguisement, madame?

» — Parce que je voulais cacher ma pré- » scncc à tout le inonde, et à vous d’a- » bord. Mais où est donc la petite demoi- » selle avec laquelle vous vous étiez si » adroitement enfuie de chez moi, de- » mande-t-elle avec la plus amcrc ironie ?

» Il est bien singulier qu’elle ne soit pas » ici, près de vous. » Madame de Lignolle baisse les veux en rougissant, a Lst-ce qu’elle aurait déjà cessé de vous » plaire, madame? — Pas plus qu'à vous,

» madame. — Oh ! moi, j'aurais mauvaise » grâce à vouloir aller sur vos brisées , » madame. — Je crois pourtant que ce » n’est pas la bonne volonté qui manque » à madame. » Après ces mots échangés avec toute l'aigreur et l’ironie de deux femmes rivales , la marquise de B. reprend :

— « Je suis désolée, madame, de venir » troubler le bonheur dont vous jouissez » et que vous méritez à tant de titres ; » mais vous-même , sans doute , ne vous » êtes pas flattée qu’il serait de longue » durée. J'ai écrit au père de Faublas:

» il va venir. —Je vous reconnais là,

Dgle

* madame ; mais vos efforts seront sans

* résultat: Faublas ne me quittera pas.

» — Il m’a bien quittée, moi... 11 est vrai

* qu’il n’aura pas IA . pour l’emmener , » une personne au si séduisante que ma- » dame... Mais n’importe ; il partira —

» Pour vous suivre, peut-être, madame?

» répond en souriant avec ironie madame

* de Lignollc. — Oh! non, pas moi, ma- » dame... mais une autre peut-être... — » Une autre! demande avec le plus grand

* trouble madame de Lignolle?uncautre?

» — Oui. — Cela n’est pas ! cela n’est pas!

* — Attendez ! et, vous me croirez alors.

» Expliquez-vous: que voulez-vous dire ?

» Ne voyez-vous pas que vous me brisez » le cœur? Parlez! mais parlez donc ! — » Ah ! j’ai été malheureuse , et vous ne » le seriez pas A votre tour? Non ; vous » pleurerez comme j'ai pleuré; et demain » vous serez aussi A plaindre que moi. —

» Vous voulez vous venger, madame, et » vous prenez plaisir à me torturer. —

» Aveugle que vous êtes! ce n’est ni vous,

» ni moi qu’il aime , c’est une autre ; et » cette autre , la voici , ajoute -l-elle , en » montrant le portait. Elle est jolie ,

» n’est-ce pas ? Oh ! bien jolie ! Vous la » voyez , la jeune fille A qui toutes deux » nous serons sacrifiées , car c’est avec » elle qu’il doit se marier : regardez, re-

* gardez -la bien: c’est elle seule qu’il » aime véritablement.— -Oh! mon Dieu! » s’écrie madame de Lignolle, en se tordant les mains avec désespoir... Puis elle se tait quelques instaus. tant sa douleur est profonde et cruelle. Enfin, reprenant scsforces , elle ajoute : — « Soyez contente ,

* madame, vous m’avez tuée. Ce portrait,

» je le garde : c’est l’unique faveur que » je vous demande. Il en aimait une » autre !.. Il m’a trompée!... » Puis, tout-A-coup: « Non , ce portrait ne vient » pas de lui. Vous avez inventé tout » cela. . . Vous avez voulu m’abuser. . .

» mais j’aurai déjoué votre ruse.. . Je ne » vous ai pas crue! non! je ne vous crois

* pas. — Interrogez donc le baron de » Faublas. . . vous ajouterez foi A ses pa-

* rôles, peut-être... Le voici; il vous » cherche.

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