‹ Les amours de Faublas balletpantomime en trois actes et quatre tableaux de MM.... et Leon (volume 2)Chapitre 29 sur 33 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

le BARON, FAUBLAS, madame de LI- GNOLLE, la marquise dk B. , parmi les Villageoises, M. n* LIGNOLLE avec ROSAMBERT , tous les Paysans , les Fiancés, etc.

Madame de Lignolle. dont la figure a peint le désespoir pendant la scène précédente, s’est glissée dans la foule sans être aperçue. Elle parait au milieu de tout le monde. Sa physionomie à pris un caractère de gatlé convulsive , presque de folie. Elle va au baron : elle le reçoit avec grAcc et empressement comme si elle ne l’avait pas encore vu. « On ne s nous séparera pas, lui dit tout bas Fau- » lilas, sois tranquille. — » Je le sais,

» répond-elle eu souriant. » Cependant son visage est si pâle et si étrange que cela inquiète le chevalier, mais il la voit présenter le baron à son mari avec tant d’amabilité, de tranquillité apparente,

qu’il se rassure.— «Rosambertm’avaitpré- » venu de l’arrivée de M. le baron , dit » M . de Lignolle: qu’il soit le bienvenu. — » Allons, mes amis , s'écrie madame de » Lignolle, en affectant une grande joie, » nous sommes tous heureux ici. Que les » danses commencent. Moi , aussi , je * prendrai part â la fête. * La marquise triomphe.

Madame de Lignolle a dansé avec Faublas. A chaque instant sa rêverie, son désespoir onL percé â travers la danse gaie qu’elle exécute. Son mari ne peut assez s’extasier sur le nerf, la vigueur de mademoiselle de Faublas. Au premier entrechat, sa surprise et son admiration ont été au comble. Il les a témoignés au baron, qui sourit involontairement. Il y a eu un moment, où, madame de Lignolle, que sa force abandonne, s’est presqu’évanouic. Rosambcrt qui se trouve auprès d’elle, et qui seul s'en est aperçu, la soutient et va appeler. . . — u Silence , lui dit-elle ! monsieur ! en rappelant son courage. . . Silence, je vous en conjure. »

Rosambcrt comprend qu’il y a lâ dessous quelque mystère, lorsqu’en se retournant, il se trouve nez â nez avec la raaruise de B., qui s’était approchée de maamede Lignolle en voyant sa faiblesse.— « Oh ! dit-il, il se trame ici quelque complot. Madame de Lignolle en est victime, je ne perdrai pas de vue la marquise » . . .

et de ce moment, en effet, ses yeux ne la quittent plus.

Cependant le tonnerre qui s'était déjà fait entendre avant la danse , éclate alors avec fracas. Des éclairs brillent de tous côtés, la pluie tombe par torrens. Tout le monde va chercher un abri: la plupart du côté du château; un ou deux seulement, dans le lointain à gauche , sous des arbres. Madame de Lignolle a profité de la confusion générale pour se glisser dans la grotte. Faublas l’a cherchée , l’a cru partie et s’est enfui arec les autres.

Quand tout le monde s’est éloigné , elle sort de sa retraite à pas lents , toute entière à sa douleur , le front pâle , le regard fixe. Fuis après un instant de silence:

» — Enfin ils sont partis , dit-elle ! » — Sa figure sourit: elle est seule , elle est heureuse. Elle va s’asseoir. . . Cette pluie lui fait du bien, elle rafraîchit sa tête qui brûle; et en disant cela elle a passé sa main dans ses cheveux qui retombent sans ordre sur scs épaules. Un coup de tonnerre affreux éclate en ce moment.

Elle relève la tête et rit amèrement. Puis ses sanglots la suffoquent. . . ses idées se

Vo

LES AMOURS DE FAliBLAS.

blcr. .. 11 y a quelqu’un qui lui a dit qu'il l’aimait. . . qui lui jurait un amour éternel. «Son père la battrait, voyez-vous » Il faut l’emmener. . . la sauver. . . avec » moi .... venez avec moi ... . vite ....

« vile, fuyons... ô mon Dieu! vous » m’avez trompée !... c’est un déguisc- » ment. . .vous n’êles pas une femme. ..

» Oh ! ne vous jetez pas à mes pieds, car • moi aussi je vous aime !.. . » Toujours ces pensées qu’elle voudrait chasser. . . .

« Allons! il ne vient pas! se faire atten- » dre!... Ah! vous voilà, monsieur!

» c’est bien!. ...» Elle écoute. « Vous » dites que vous m’aimez.’.. . mais m’ai- » mcz-vous autant que je vous aime , » moi?.. . vous répondez : oui !. . ô c’est « que tu es ma vie! »

ht en parlant ainsi elle est allée jusqu’à l’entrée de la grotte. Au moment de s’y asseoir, l’aspeet de ces lieux lui a rendu sa éaison. . .elle voit tout. . .elle se souvient de tout. V. les larmes l'étouffent. .

sou regard redevient terne et lixe...

elle va lentement vers l'arbre où sont gravés les deux noms, elle les efface. . . .

puis elle revient, regarde autour d’elle comme si elle cherchait quelque chose. .

ses yeux se portent dans la campagne où coule une rivière... elle parait frappée d’une idée subite. . . elle lève ses regards vers le ciel. . . demande pardon à Dieu. .

et se dirige vers la rivière.

Les deux paysans quittent l’arbre sous lequel ils étaient cachés. Ils ont été effrayés de la pâleur et du désordre de madame de Lignolle quand elle a passé prés d’eux. — « Où va-t-elle ainsi? »

En ce moment , Faublas revient du château, suivi de tous les paysans, de madame de 1). cl du baron.

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