‹ Les amours de Henry IVChapitre 12 sur 30 · PREFACE. XVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XVII

vient de ses bons mots. 0 ironie de la gloire ! ô déception de la vertu! La maîtresse a pris, dans cette postérité insoucieuse, le pas sur le ministre. Peu de gens savent ce que fut Sully. Tout le monde sait ce que fut Gabrielle. Il y a, à cette popularité de Henri IV reposant sur ses défauts peut-être plus que sur ses qualités (1), une double raison, qui explique et excuse cette contradiction. Les petites gens sont flattées de voir un roi amoureux, courageux, malheureux comme tant d'autres qui ne sont pas rois. Le côté chasseur, buveur, joueur, gouailleur, farceur même de la physionomie de Henri IV, est le plus pittoresque et celui par lequel elle se grave le mieux clans ces frustes mémoires. Ce qui rend l'impression plus saisissante, c'est la pensée que ce bon roi, qui prenait un bûcheron en croupe, qui partageait le dîner du fermier, qui voulait que chaque paysan eût sa poule au pot le dimanche, était un roi habile, intrépide, victorieux, tolérant, clément. Le bon roi dans le grand roi, voilà, en deux mots, le secret du prestige de Henri IV, prestige éternel, qui tient au caractère français lui-même, et dont la perpétuité est un des traits de la physionomie nationale qui ont le plus frappé les étrangers (2).

(1) Il y a là-dessus une spirituelle boutade du marquis de Belloy, dans ce livre délicat et charmant, plein de verve humouristique : Les Toqués. Mais celui qu'il faut citer et remercier surtout, en cela comme en to ite chose, car on trouve sur toutes les routes de l'esprit ce guide ingénieux, c'est M. de Sainte-Beuve, que nous nous plaisons à appeler notre maître, en c§ moment où il semble de bon goût d'être ingrat à son égard. 11 est impossible de parler de Henri IV et de Gabrielle, et de Sully, sans l'avoir lu.

(2) Voici ce qu'en dit sir Lytton Bulwer, dans la France sociale,

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