PREFACE. XIX
ce Mon amy, écrivait-il à Sully, vous sçavez, par « beaucoup de choses qui se sont passées touchant « mes maistresses (qui ont esté les passions que tout <( le monde a creu les plus puissantes sur moy), si je « n'ay pas souvent maintenu vos opinions contre leurs « fantaisies, jusques à leur avoir dit, lorsqu'elles faite soient les acariastres , que j'aymerois mieux avoir « perdu dix maistresses comme elles , qu'un servi- « teur comme vous, qui m'estiez nécessaire pour les « choses honorables et utiles ; qui est ce que vous me ce verrez encore faire (1), et je vous en donne ma foy et « ma parole, lorsque les occasions et les opportunités « me seront présentées pour entamer, poursuivre et « mettre à exécution quelques-uns des honorables et glo- « rieux desseins que vous sçavez que j'ay de longtemps « en l'esprit, et sur lesquels vous m'avez escrit tant de «lettres, et avons tant discouru ensemble. Car lors « feroi-je voir que je quitteroi plustôt maistresses, « amours, chiens, oyseaux, jeux, brelands, bastiments, « festins, banquets, et toutes austres despenses cleplai- « sirs et passe-temps, que de perdre la moindre occasion ce et opportunité pour acquérir honneur et gloire. »
Henri IV ne tint pas tout à fait parole. On pourrait lui reprocher plus d'une faiblesse, plus d'une déviation à ce superbe programme, et, entre autres choses, cette promiscuité naïve et honteuse dans laquelle il fît vivre Marie de Médicis et Henriette d'Entragues, la reine et
(1) La lettre est d'avril 1G07. Sully, QEconomies, etc., édit. Michaud et Poujoulat, t. II, p. 201.