CHAPITRE V
La méchante maîtresse. — La marquise de Verneuil,
Si vous voulez apprécier définitivement Gabrielle, si vous voulez l'aimer irrésistiblement, comparez-la à celle qui recueillit son héritage. Comparez surtout l'un à l'autre, le Henri de 1591, le Henri de 1599. Jugez de ces deux femmes et de leur influence par ce qu'elles ont fait de leur amant. Gabrielle rajeunit et ennoblit Henri, Henriette le vieillit, quedis-je? l'avilit implacablement. Ce roi, si digne d'admiration, elle l'abaisse presque au mépris. Souvenez-vous de cette fraîche et rose maîtresse, couronnée de fleurs, et songez à l'autre, couronnée de serpents, comme une furie. Gabrielle, c'est le bon génie de Henri IV, c'est la femme souriante, pacifique, consolatrice par excellence. Auprès d'elle il oublie tout, excepté l'honneur. Aux pieds de celle qui lui succède, il oubliera tout, même l'honneur. L'une est un génie serein, indulgent, tolérant, une âme douce et simple dans un corps attrayant ; l'autre est un esprit inquiet, impérieux, perfide, armé d'un séduisant visage. Gabrielle aime