PREFACE. IX
ridicules de l'ambition, les faiblesses de la vertu, les contradictions du génie, les petitesses de la gloire. A eux, nous devons les taches du soleil Louis XIV et de tant d'autres soleils. Et il est toujours bon de savoir que le soleil a des taches. Cela rend modeste. À eux, à ces fureteurs, à ces curieux, à ces bavards, nous devons de connaître le travail secret des idées, le mouvement des mœurs, nous devons le détail, ce rien, ce tout, qui est la vie d'une époque, comme l'air est la vie du corps. A eux, nous devons enfin de savoir que les rois sont des hommes, qui, à ce titre, se laissent volontiers mener par les femmes. Assez de gens ont exploré les palais, avec le sang-froid des ciceroni. C'est le moment pour ces hardis chercheurs, qui, animés de cette fièvre critique, demeurée notre unique inspiration, piqués de cette tarentule de la curiosité, dernier aiguillon de notre indifférence, n'étudient plus dans les palais que les boudoirs, et dans les boudoirs que l'alcôve. Et savez- vous ce qu'ils font, ces ardélions sans scrupules ? Ils écrivent les annales domestiques, intimes, morales de notre pays. Ils font l'histoire non plus exclusivement monarchique ou démocratique, civile ou militaire, artistique ou littéraire. Ils font l'histoire humaine tout simplement; l'histoire des exploits et des fautes, des crimes et des vertus, des grandeurs et des faiblesses, des choses sublimes et des choses vulgaires, des choses qu'on admire et de celles qu'on n'admire pas. Car ces historiens-là n'admirent pas ou n'admirent guère. Ils racontent, voilà tout. Ils ne volent pas sa place au lecteur. Ils ne lui remplacent pas des opinions comme on remplace des dents. Ils