P HE FA CE. XIII
laquelle nul homme, fùt-il grand, n'est dispensé de payer tribut.
Aux seconds, à ceux qui défendent plus hardiment Henri IV par ses vices, et regardent un prince qui eut cinquante-six maîtresses comme n'ayant guère subi l'ascendant moral, mais plutôt l'attrait physique du beau sexe, je répondrai que, parmi toutes ses galanteries, Henri eut de véritables amours. Il aima passionnément la belle Corisande, Gabrielle et la marquise de Verneuil, dont le règne successif, à huit ans pour chacune, se partage sa jeunesse et sa maturité.
Des deux premières l'influence fut douce, désintéressée, salutaire, féconde. Corisande lui donna des soldats. Gabrielle lui fit des amis. L'une le mit à cheval, l'autre l'assit sur le trône. L'une fit le roi militaire, l'autre le roi populaire. Corisande préside, en amazone inspiratrice, à cette glorieuse campagne de huit années pendant laquelle Henri conquiert les provinces qui doivent former son royaume. Gabrielle reçoit, clans l'entrée triomphale de 1593, la récompense de son influence conciliatrice, pacificatrice, de ces sourires et de ces grâces qui ont attiré une cour, enfin de ce grand conseil de l'abjuration, par laquelle Henri entre dans le cœur de Paris avant d'entrer clans ses murs. Que de fautes cependant on pourrait noter dans le bilan sincère de ces deux influences ! Et les avantages de la bataille de Coutras compromis pour le vain plaisir d'offrir à Corisande les drapeaux teints du sang des siens; et cette funeste pensée d'un mariage avec Gabrielle, union impolitique, injurieuse à la dignité de l'Europe, de la