XXXI
Depuis le jour que mon ame fut prise Par tes doux feuz érattrement gratieux, Un seul doux trait jusqu'ici de tes yeux 4 N’avoyt ta grace a mon ardeur promise :
Elle aujourdhuy, par longue usance aprise De se nourrir en travaux soucieux, M'a quitté presque au goust delitieux 8 D'un nouveau bien, dont ton œil l’a surprise. 0 gaye œillade, œillade qui vrayment As effacé tout cela de tourment, il Que j'enduroys depuis {a seur ainée.
Un an entier avoyt lanqui mon cueur, Puiss’il lanquir en la mesme langueur, 14 Moy, l'essayer encor une autre année.
Variantes. — [XXX] 9. astres — 10. Emmy l’effroy de l'orage et — 13. leur, — 14. S'ils vont s’esteindre, et qui mourra $ — [XXXI] 2. ces... ces trompeurs — 11. celle premiere — 12. Qui me navra ! puisse languir — 13. Autant de temps de — 14. Pour resentir si benine lumiere,
[XXXIT]
Comme le roc encontre la menace Des flotz hideux, contre le dur effort Des roides ventz, toujours etant plus fort, 4 Ferme planté, ferme dresse la face :
Mon cueur ainsi, quoy que l'envie face Pour le plonger en triste desconfort, Sur ton honeur controuvant maint rapport, 8 Mesme a jamais tiendra sa mesme place.
Le camayeul peut bien estre cassé, Mais le portrait que lon y a trassé
Variantes. — | XXXII] 10. dans la pierre
Sources. —/|XXXII| Arioste, Ælegia 16, v. 34-49:
Si ogni vostra maniera si ritruova .
Scolpita nel mio cor, ch’ indi rimossa Esser non pud per altra forma nuova.
Di cera egli non à, che se ne possa Formar quand’ uno, e quando altro suggello, Nè cede ad ogni minima percossa.
Amor lo sa, che a lintagliar di quello Nè l’idol vestro, non ne levd scaglia, Se non con cento colpi di martello.
D’avorio, e marmo, ed altro, che s’intaglia Difficilmente, fatta una figura, | Arte non &, che tramutar piu vaglia.
Il mio cor, di materia anco più dura, Puo temer chi lPuccida, o lo disfaccia ; Ma non pud gia temer, che sia scultura D'amor, che in altra immagine lo faccia.
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