Edition Marty-Laveaux, I, 4o
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place au texte princeps et réduise les corrections postérieures au rôle subalterne de variantes. Il n’était point question ici d'établir un texte définitif. Baïf a publié de son vivant les Amours de Méline «ne varientur »; les exemplaires des £uvres en rime se rencontrent fréquemment dans nos bibliothèques et Marty- Laveaux a réédité ce recueil avec assez de fidélité. Au contraire, les Amours de.Jan-Antoine de Baif : sont extrêmement rares. Les catalogues de vente et de collections n’en signalent que deux ou trois exemplaires et, au cours de nos recherches, nous n'avons pu en consulter qu’un, celui qui figure à la Bibliothèque Nationale sous la cote Rés. Ye 1992. De plus, c’est le texte de 1552 qu'il est intéressant de lire pour retrouver, dans sa forme native, l’une des premières œuvres de la Brigade. Si l’on veut connaitre Baïf dans la pleine maïtrise du talent, qu’on aille aux Mimes, enseignemens el proverbes; que, dans les £uvres en rime on s'arrête, non aux Amours de Méline, qui retiennent trop de leur rudesse et imperfection anciennes, mais à ces poèmes narratifs ou didactiques, à ces épigrammes que l’on peut assigner à l’âge mûr du poète. En les comparant aux Amours de 1552, on mesurera le chemin parcouru.
Ce livre voudrait ne point aider seulement à la connaissance d’un auteur ; il espère apporter une contribution modeste à l'étude des progrès de la langue française au seizième siècle. On en juge d'ordinaire fort inexactement. Les œuvres de la Pléiade ne sont connues des lecteurs modernes que dans leur forme
définitive; et, songeant au temps où parurent ces vers, nos contemporains s’émerveillent que tant de différences séparent Marot où Saint-Gelays de du Bellay, Ronsard et Baïf. Il semble que P« 1llustration » annoncée par la De/ffense se soit produite avec la soudaineté d’un miracle, œuvre de la volonté, de l'audace, du génie. Et lon s’étonne, à juste titre, que ces Jeunes gens, si enthousiastes et si ardents, aient tempéré leur fougue d’une si haute sagesse. Ils menaçaient la langue d’une invasion de mots archaïques, étrangers, barbares, et l'ont à peine embarrassée de quelques composés bizarres et superflus ; les autres néologismes, après avoir fait leur langue poétique pleine, brillante et savoureuse, ont conquis droit de cité et ne se distinguent plus du patrimoine ancien.
Il est vrai, les hommes de la Plérade n’ont manqué ni de réflexion ni de prudence ; mais, comme il était naturel, ces qualités leur sont venues avec l’âge, et d’abord ils sont tombés dans certains des excès que lon pouvait prévoir. On en jugera mieux quand nous posséderons une édition critique de Ronsard ; et déjà, d’après ce que les travaux de M. Paul Laumomer! nous en ont fait connaître, nous savons que la première épreuve des Odes était assez différente du texte que nous lisons dans les éditions collectives de Gabriel Buon, qu’elle justutiait, en quelque mesure, les critiques et les railleries de Saint-Gelays, que par-