‹ Les Amours de Jean-Antoine de BaïfChapitre 48 sur 64 · SECOND LIVRE DES AMOURS DE J.-A DE BAIF · texte numérisé non relu

SECOND LIVRE DES AMOURS DE J.-A DE BAIF

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Bouche de bame toute pleine, Qui me pais de ta douce aleine :

Bouche de roses et d’œilletz :

Bouche de coraux vermeilletz,

5 Vifs coraux, qui de leur nature D'un arc turquoys ont la vouture, D'un arc turquoys, a qui les dentz Servent de cordelle au dedans :

Sur qui la langue, qui se jette

10 Drillant dru, vaut une sagette (), Quand bouche a bouche tout émoy Ma mignonne ecarte de moy.

O bellé bouche cinabrine,

Vermeille bouche nectarine,

Variantes. — [1] 5. Frais, vigoureux, qui de — 7. À qui deux rancs de blanches — 9. D'où la languete, — 11. Quand d’une legere caresse — 12. En apetit elle me lesse. — 14. Ambrosiene

Additions. — (a) Qur d’un seul coup navrant mon cœur,

Luy oste et luy rend sa vigueur :

De double amoureuse flechade,

. Qui le fait sain el puis malade :

Malade d'un bouillant desir, Et sain d'un long et dous plaisir,

15 De qui le ris nectarien Ouvre un paradis terrien, A qui la voyt doucement rire.

O que ne puis-je bien decrire, Comnee elle entremontre rtan”, 20 De quoy rougiroyt lorient P).

Comme son ris a la puissance De donner aux mortz renaissance, Et faire d'une triste nuit Un jour serain plein de deduit !

25 Quand le souvenir de sa grace A sus moy la mesme efficace, Je croy, qui ma chanson liroyt Les effectz mesmes sentiroyt.

O Bouche, en qui Venus recele 30 Le plus de la quinte parcele De son nectar, et tout le mieux De ses presentz delicieux :

O bouche, en qui la langue douce Forme une voix, qui tire et pousse, 35 Par Pargentin de ses accentz, Hors de moy mon cueur et mes senz :

Tant ses accordz, doux à merveilles, Glissent larrons en mes oreilles,

Variantes. — |1} 19. en riant, — 0. Pour faire cacher — 23. chanser la triste obseurté 24. D'une nuit en gaye clarté. — 26. sur — 29. Bouche en qui Venus a confite — 30. Une de ses douceurs d'élite, — 31. Departant du goùt savoureux — 32. De son dous nectar amoureus.

Additions. — (b) Z{ cacher et rougir de honte,

. De voir un tresor qui surmonte Tous ses joyaux les plus exquis, Leur ostant leur grace et leur prix.

Mon ame tirans a leur bord, 40 Qui doucement me laisse mort.

Bouche tu peux ravir ma vie, Tu peux me la rendre ravie, Pouvant par un contraire effort Me donner la vie et la mort.

45 Ma vie etoyt desesperée, Mais vrayment tu l’as asseurée, Quand ta voix me vint recourir, Lors que j’estoy prest a mourir.

Quand, par ton amour plein de peines, 50 Je n’avoy plus de sang aux veines :

Et ton feu tant me travailloyt, Que la moëlle aux os failloit. Je sembloy de ma couleur palle A ceux qu’en la tumbe on devalle :

Je perdoy l’ame, mais tu las

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Remise en moy, quand tu seellas, O bouche, la sainte promesse Que m'accorda lors ma deesse, De ta fraische rose pressan”,

60 Ma bouche de mort s’effaçant ©, Oui fut soudain recolorée, Apres la promesse asseurée

Variantes. — [1] 39. Atirans mon ame — 40. me laisse en si douce — br. la — 42. La redoner l'ayant — 43. Tu peus — 49. recreu de trop longues — 52. toute force me — 58. Qu alors m'otroya ma princesse, — 5g. pressant — 60. desja s’effaçant — 61. Mais elle fut

Additions. — (c) Aux traits pileux de la mort blème

Venant de mon amour extrême, Qui desja de morte paleur Eteignoit ma vive couleur.

De pouvoyr finir mon souci, En elle ayant trouvé merci.

À jamais donques, chere Bouche, Ton souvenir au cueur me touche :

Ainsi ta vermeille couleur Ne se descolore en paleur Par la vieillesse blemissante ().

Mais s’elle te vient ternissante, Des Muses tant je me promets, Que tu fleuriras a jamais,

O belle Bouche, dans la prée Que ma chanson a diaprée

Du mignard lustre de ces fleurs, Pris au jardin des saintes seurs.

Variantes. — [1] 63. D’éteindre ce mortel — 64. Recevant le don de — 69. Come la miene — 70 à 76. Baïf, en retenant l’idée, a profondément modifié cette fin et ajouté huit vers. On n’a plus iei des variantes, mais une rédaction nouvelle; voir aux Additions.

Additions. — (d) Mais tousjours fresche fleurissante

Puisses-tu de ton dous baiser

Ma grieve douleur apaiser.

Vien bouche, de ta douce aleine Refrechir la cuisante peine

Dont ton amour brusle mon cœur ::

Ainsi ta vermeille viqueur

Puisse à-jamais fresche et vermetlle Vivre aux chansons que j'apareille, Pour te faire lousjours fleurir,

O belle bouche, sans mourrr.

Vien-l'en belle bouche divine,

Vien donc amiable benine,

Vien de ton gralieus baiser

Ma qgriefve douleur apaiser.

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Meline blanche garcéte, Cette charnure doucéte Le lait et le lis efface :

Et cette riante face 5 Comme ivoyre en pourpre teint Le cinabre mesme eteint.

Montre ton beau front d’albâtre, Ton beau front que j'idolâtre :

Montre, mignarde inhumaine, 10 Tes sourcis de noyr ebenne :

Montre tes yeux estoylez De deux cieux tant bien voylez (.

Montre tes temples, maitresse, Montre ta blondete tresse 15 Plus blondement qu'or luysante :

Montre ta gorge plaisante, Ton col si bien acosté D'un tertre a chaque costé.

Montre tes mammelles blanches, 20 Ou plus tost deux pommes franches, Doubles pommes nouvelétes,

Variantes. — [II] 4. vermeille — 6. La rose incarnate — 15. que le fin or blondete : — 16. reféte — 17. Montre penchant à costé — 18. Ce col de lait cailloté.

Additions. — (a) Montre moy ces deux oreilles, Ces deux seurs toutes paretlles..

O mon Dieu que la nature S’ébat en leur revouture :

J'ayme bien tout, maïs sur tout J'en ayme ce pelit bout.

Sources. — [11] Cornelius Gallus, Lydia, bella puella, candida.

Variantes. — [11] 31. grassète jouë

Encor toutes verdelétes :

Montre moy ton sein uni De Cupidoneaux un ni.

Ca tes epaules polies, Ca tes coudes, que tu plies, Lors que tu formes ton geste D'un maintien plus que celeste :

Ca des mains livoyre blanc, Qui m’ota le cueur du flanc.

Montre ta Joue vermerlle Ta joue aux roses parerlle, Pareille aux fraichetes roses Sous un doux Zephyr decloses :

Montre ces deux pelis trous Oui font ton rire st doux.

Tes couraux montre et les ouvre, Et les desserrant decouvre Deux ranez de perlétes fines, Ou pierres diamantines, D'ou tu soufles en riant Toutz les parfuns d'orient W,

32. Où l’œillét sus du lait nouë : — 33. Montre ces gentes fossétes, — 34. D'où mille arden- 39, Saillent au cœur tout épris, — 36. De qui te voit quand tu ris. — 38. me les ouvrant — 39. unis de perletes — /j0. Blanches pareilles et nettes. — 41. Pousse entre ces belles dents — 42. La friande de dedans.

les sagétes

Additions. — (b) Je {e pry ne me soy chiche

Des biens dont tu es st riche :

Ne m'épargne point doucete Les lresors de ta bouchete,

Je dy cent mille douceurs

De tes baisers ravisseurs.

Temmoy temmoy tost Meline, Ten ta bouche coraline :

45 Baise moy en colombelle :

Mon sang tu susses rebelle, Tes baisers pleins de langueur M'outrepersent jusqu’au cueur !

Pourquoy me suçant, goulue, 50 M'as tu mon ame tolue?

Cache ces blanches mammelles, Cache ces pommes gemelles, Ces pommes qui ne font qu’or Commencer a poindre encor.

55 De toy mille plaisirs partent, De ton sein nulle s’ecartent :

Cache cette blancheur cache Qui vif ainsi me dehache :

Ha, mauvaise tu as tort 60 De me laisser demimort!

Baise moy tost, et reserre Tout ce qui me fait la guerre, Ces beautez qui trop fleurissent, Qui hors de moy me ravissent.

65 Las, pour estre trop heureux, (Quel heur?) je suis langoureux! Si le plaisir, st la joye Bien pres des enfers m'envoye, Si t'ayant aymable et douce 70 Telz sanglotz des flancz je pousse, Et si, par estre content À souhait j'endure tant :

Variantes. — [11] 43. Ten-moy ten-moy — 48. Me percent jusques 52. jumelles, — 67. non la peine, — 68. de la mort me meine,

Que feroy-je miserable, Si tu m’estoys mal traitable, Si tu repoussoys arriere Mon service et ma priere, Que feroy-je puis que l’heur M'est cause d’un tel malleur ?

Double ranc de perles fines Choysi dedans l’inde mer, Doubles lévres coralines, Vous par mon ardent aymer Peustes mon ame enfermer, Qui s’anassa dedans vous À lPapast d’un sucre doux.

Variantes. — [II] 78. Me donne tant de douleur ?

Sources. — [III] ème... Libro secondo, Gian Francesco Fabri,

fo Go vo.

Dolci basci soavi,

Che quella parte, ond’ io

Vivo, et respiro, hor mi togliete, hor date, Candide perle amate,

Ch’ accogliete tra voi lo spirto mio, Et voi labra rosate,

Dolei amorose chiavi,

Ch’ in poco spatio mia vita chiudete; Hor quando mai piu liete

Piu chiare, et felici hore

Nel suo bel regno Amore

Vid” un altro passar di me, cui solo E concesso morir senza alcun duolo ?

Mais quel homme eut peu se dire Alors estre plus heureux, 10 Que je fu, desous l'empire Du Tyran des amoureux?

À qui, baisers savoureux, Fut permis, vostre merci, De mourir en jJoye ainsi.

15 O le bien, Ô la grand’ joye Qu'en te baisant je reçoy, Quel miel ta langue m’envoye?

Mais, douce langue, di moy Si, quand l’ame est apar soy, 20 Ou que sa demeure soit, Telle joye elle reçoit ?

Dieux si ne laissez arriere, Ainçoys vous touche le soin De la devote priere

Variantes. — [III] 8. se peut — 9. Avoir esté — 14. Mourir de joye transi. ;

* Sources. — [II]

Et perche io sappia, quanto Mai piu posso sperare Dimmi tu, lingua, nettar mio, s’ in cielo Disciolta dal suo velo L’ alma godra questa dolcezza d pare, Ch’ io provo hora (et nol celo) Mentre il costume santo Tu pur seguendo il cor mi rendi et furi; Ma s° è tra voi chi curi Prego mortal, o dei, Non date a giorni miei Cangiar luoco d piacer : che questo & tale, Ch’ ancor pd senza voi farmi immortale.

Ben s’ egli è ver eh’ io senta

25 Que nous faisons au besoin :

De ce lieu je n'aille loin, Car sans vous un plaisir tel Me peut bien faire immortel.

Mais que me vaut ceste joye, 30 Puis que j’en suis perissant En {elle embucheuse voye, Ou ma vie est finissant, Par ta douceur ravissant? Mais bien sot est ce remord 35 Puis que je vi par la mort.

Helas vous m’ostez la vie, O baisers delicieux :

Puis tost, mon ame ravie, Me rendez plus gratieux.

40 O que je crein que les cieux Envieux sur nostre bien Tournent ce grand aise en rien !

Variantes. — 26. D’icy ne me tirés -— 29. telle — 3o. je va — 31. ceste

Sources. — [III] Quel, ch’ io pur sento, et provo, Non è fuor di ragion questo ch’ io spero.

S’ a piu felice e ’ntero Viver per voi mio foco mi rinnovo, Per voi basci s’ io pero :

Et n° & l’ alma contenta, Che debbo altro sperar che viver sempre In cosi dolci tempre ?

O di che haver sospetto Che turbi il mio diletto, Se chi m’ ancide, anchor mi porge aita, Et l’istesso morir mi torna in vita?

Voi m’ ancidete, voi Basci soavi, e ‘’nsieme

Onq, une si belle rose, Avec le beau jour croissant, 45 Ne fut aux rayons declose Du Soleil aparoissant, Comme est ce vermeil naissant Sur ce coral, qui eteint Des fleurs tout le plus beau teint.

50 Era ton point veu encore Une si douce liqueur, Par les doitz rosins d’aurore Mise sur la fraiche fleur, Durant la verte vigueur,

Variantes. — [III] 44. Aux rayons d’un beau soleil — 45. si fresche — 46. Oeillet ne fleurit pareil — 47. A ce vif sanguin vermeil — 48. De ta bouche, — 50. On ne suce point — 53. tendre

Sources. — [Ill] Sete sol voi cagion di mia salute, Non piu quella virtute Che dovea trarmi in fino a l’hore estreme Ch’ a le ragion perdute; Ch’ hebbe gia in me, da poi Che mi feste sentir d’ esta dolcezza, Ond’ ho si l’ alma avezza, Ch’ io non so viver senza ?

O s’ io non ho temenza, Che non mi invidie il ciel si dolce stato, ° Viver mio sovra ogni altro almo et beato.

Pur non aperse anchora Col nuovo giorno il Sole N° en ciel n° en terra mai rose si belle, Ch’ a par di voi, non ch’ elle Rose, ma sembran pallide viole.

Non da l’ ardenti stelle Ne la nascente Aurora Tal humor cade sopra l herba e à fiori, Qual ne miei dolci ardori

55 Comme est la manne odorant Ou’en toy je sus devorant(, O moy sot! que veu-je faire?

Hé, que je suis de loysir!

Vaudroit-il pas mieux me taire, 60 Que d’ainsi me dessaisir D'un si doucereux plaisir, De qui le meilleur deduit Durant ce conte s'enfuit?

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Vivons, Mignarde, vivons, Et suivons

Variantes. — [111] 55. Du beau printemps odoureux, — 56. Comme est ce miel savoureux. — 62. tout le meilleur fruit — 63. En le

racontant me fuit ?

Additions. — (a) Jay sucé la fleur doucéte Du buissonnier chevre-fueil, Et de la soigneuse avéte Le laborieux recueil :

Mais ton baiser nompareil Le chevre-fueil flétrira, Et le miel afadrra.

Sources. — [III] Vo suggend ‘io da questi Bei fior rari celesti, Et sperar d° oriente odor non lice, Che non muova da voi spirto felice.

Deh come ben, quanto felice, folle, Son 10 : come pérdendo Vo il mio piacer, mentre à narrarlo intendo,

Sources. — [IV] Le début est imité de Catulle, 5.

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Les ebatz, qu'Amour nous donne, Sans que, des vieux rechignez 5 Renfrognez, Le sot babil nous etonne.

Les jours qui viennent et vont Se refont, Le souleil mort se reléve :

10 Mais une trop longue nuit, Las, nous suit Apres une clarté bréve.

Tandis que nous la voyons, Employons 15 Ce doux vivre, Ô ma Meline :

Ca donq mignonne, vien ten, Et me ten Ta bouchéte coraline.

Mais atten atten un peu, 20 Car je veu Voir ta minéle friande.

Ha, traitresse je {e voy :

Mais pour quoy T'el feu ton œil me desbanide?

25 O quelle œillade, ô quel r1s, Mes espritz Ont raviz d’une secousse!

Baise moy baise : je meur :

Non : mon cueur 30 Sent deja ta manne douce.

Variantes. — [IV] 9. soleil — 21. ceste trogne mignarde. — 22. la — 24. Ton œil un tel feu me darde”? — 25. ris! — 27. Sont

Par le baiser je revi, Qui ravi M’avoit ores de moy mesme. Je revi : mais je remeur 35 __ De douceur D'une joye trop extresme.

Mon dieu! la la! quelz repas :

Quelz appastz Entre deux coraux tu gardes?

40 0 mon vray dieu, que de fleurs, Que d’odeurs De ta langue tu me dardes!

Mais quel nectar est ce-ci, Qui ainsi 45 De plus en plus me convie?

Plus la soif perdre j'en doy, Plus j'en boy :

Moins s’en passe mon envie.

Quelle Ambrosie des dieux, 50 S’est des cieux Dedans ta bouche rangée ?

Plus croistre, son repas vain, l'ait la Fan, Et moins elle paist mangée.

55 En la sorte Erysichton, Ce dit-on, Par Ceres dame imployable Pour son bois saint entamé,

Atfamé

Variantes. — [IV] 39. levres tu serres? — 42. De ces coraux tu deserres ! — 52. je cuide en estre plein, — 53. Plus j’ay — 54. Moins elle soule

En

60 Fut d'une faim incurable.

Luy plus de fois il beuvoit, Moins treuvoit Fin a sa soif vehemente. Luy de cent mille repas 65 N'emplit pas Sa faim, qui toujours augmente.

La faim, par un lent effort, A la mort Mena le filz de Triope :

70 Pour une mort qui le prit, Mon esprit Reçoit de mortz une trope.

Mais, 6 Mortz, combles de bien, O combien Par vous je pren d’autres vies!

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O que heureux je me deçoy.

ET reçoy Vous de tant de biens suivies !

Ca, sans plus me recourir, 80 Fai mourir Tous mes senz, Ô douce folle.

Baise moy, vien apaiser D'un baiser La chaude amour qui m’affole.

85 Or alten je te veu voir Pour savoir

Variantes. — [IV] 60. Mourut de faim non-soulable. — 68. Mit à — 69. Le langoureux Triopide : — 70. qu'il souffrit, — 72. Hors de moy mille fois vide. — 73 à 78. Vers supprimés dans les Zuvres en rime, — 85. Atten, je te veux revoir

Comme tu fais bonne mine.

Las, tes yeux lassifz nouans Se rouans, 90 Ta mort annoncent voysine.

Ha, tu meurs à ce que voy Comme moy, Donq tu meurs mon amouréte!

Pour me laisser en douleurs 95 Ha, tu meurs!

- Hé, tu meurs sans moy pauvréte!

Tu me fais mourir ainsi Tout transi De tes grandes douceurs yvre :

100 Puis, aussi tost que je meurs, Tes douceurs Tout a coup me font revivre.

Or, pour te resusciter, T’exciter 105 Je vois un baiser de l'ame, Te rendant tes sens raviz.

Ha, tu vis :

Et toy revivant, je pame.

Je voy l'erreur, je la voy :

110 Quand j'avoy Dedans moy l’une et l’autre ame, Adonques morte tu fus.

Je n’ay plus L'une ny lPautre.: et je pame.

115 Donc jouisson par moyen D'un tel bien, Puis que l’excez fait dommage :

Et contenton de plaisirs

Noz desirs, 120 L'un et l’autre fait plus sage.

Quand mon ame ira dans toy, Baille moy Soudain la tienne en eschange, Que toutes deux, laissans mortz 195 Nos deux corps, De:Styx ne voyent la fange.

Et quand la tienne j'auray, J'envoyray Tost dans les lévres la mienne, 130 Que, quittans noz corps hideux.

Toutes deux Ne passent l’eau Stygienne.

Dieu gard le boys, dieu gard lombre :

Dieu te garde aymé Fouteau, Sous qui loing de tout encombre Le jour me luysit tant beau,

5 Ouand d'un chetif languissant

Je fus heureux jouissant.

Sans blessure de coignée Or puisses-tu verdoyer :

Variantes. — [IV ! 130. toutes deux volans hors — 131. De nos cors [V] 4. Je vy luire un jour — 5. Fait d'amoureux — 6, Un bien-heureux — 8. Puisses-tu reverdoyer :

Sources. — [ V] Le portrait de Méline (v. 43-108) est imité librement du portrait d’Alcine dans Orlando furioso, ch. vu, oct. 11-15,

Par mainte et par mainte année 10 Sous toy se puisse ombroyer, Fuiant du chien le flambeau Le berger et son troupeau.

Jamais ne soit que j'oublie Le bien qu'a ton ombre j'us, 15 Quand a ma nymphe jolie J’apri les jeux de Venus, Quand Amour sus toy branché Nous aguignoit mypanché :

Quand vuidant toute sa trousse 20 De ses traitz d’or emoulu, Dardoit mainte flamme douce D'un feu doucement goulu, Nous enflammant le desir De nous souler de plaisir.

25 Jamais ne soit, chere plante, Que, moy d'Amour le soneur, En mes rimes je ne vante Ton merite et ton honeur.

Soy, pour mes temples lier, 30 Et mon myrte et mon laurier.

Il me plaist, mombrageant ore De tes feilles, Arbre heureux, Oue ma Muse te decore De ce doux chant amoureux, 35 Dont entailler je te doy Ornant ma mignonne et toy.

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