‹ Les Amours de Jean-Antoine de BaïfChapitre 61 sur 64 · LENS · texte numérisé non relu

LENS

Qui me causent mon ardeur :

Et ta grace et ta valeur, En chaleur Me font transir ainsi bléme, Lors que je pame et je meur, . Sans douleur 3 Etant ravi de moy mesme.

La flamme et l’amour extréme, Dont je l’ayme, Veut, me commande, et m’enjoint, Qu’entre les homes je séme, De quel esme À ton cueur le mien est joint :

Et que je n'oublie point Un seul point, Dont tu m'ars, douce rebelle :

Ce maintien aymable et coint, Qui me point, Et forcé vers toy m’apelle.

Mais la fleur, o Venus, quelle Sera elle, -> Que je triray de ton pré, Qui sur les autres excelle, Qui soyt celle Dont le front soyt diapré De ce chant a toy sacré?

Mieux a gré ° Ne L’est plus que l’autre l’une :

Dame ton plaisir sucré Est ancré

à Variantes. — [XVIII] 6: jette en telle — 21. De tes atraits, toute 3 belle : — 23 m'époint, — 26. Sera t elle, — 29. Et

Egallement en chacune.

Chaque donq nous soyt commune,

Gente brune, Et n’y visons de si pres :

Puis qu’une egalle fortune

Hors rancune Les tient en egale paix.

Si me vantleray-je expres, Par longz traitz De mainte et de mainte année :

Quelles floriront apres Dans les préz De ma chanson non fenée.

Bien heureuse la journée, , .

En qui née Cette creature on vit!

Et l’estoyle fortunée, Qui tournée En doux regard y luisit!

Amour ses flambeaux y mit, Et les fit Joindre leurs feux a sa flamme :

Et sa mere, qui dourit, Accomplit, De son mieux le corps et lame.

O le traitre œil qui m'enflamme!

Las, je pame

Sous ses éclairs ébloui.

Variantes. — [XVIII] 43. Muse faison les aprets — 44. Tout expres — 5. D'une chanson non fence, — 46. Qui puisse fleurir — 47. Par longs traits — 48. De mainte et de mainte annee.

Ha la, ma petite dame, Ha, quel bame, Quelz baisers dont je joui !

Las, je tombe evanoui :

J’ay ouy L'accent de ta voix mignarde :

Son doux flair epanaui Je foui Dans ta bouche babillarde :

0 languete fretillarde Qui me darde Mil plaisirs et mille mortz :

O bouche à bouche flatarde, Qui retarde, Dans le pourpre de ses bors, Mon ame, par doux effortz L'ostant hors De ma blemissante bouche, Lors que restant un vain corps Je m’endors, Ne sentant rien qui me touche.

Mon corps est comme une souche, Et ja prouche De moy j'avise Charon,

Variantes. — [XVII] — 75. Mille vies

Sources. — [XVI]

:Languidus e dulei certamine, vita, jacebam Exanimis, fusa per tua colla manu;

Omnis in arenti consumptus spiritus ore Flamine non polerat cor recreare novo ;

Jam Styx ante oculos et regna carentia sole Luridaque annosi cymba Charontis erat,

Me borgnoyer d’un œil lousche, Tout farouche 90 Raclant Poublieux giron, Qui gronde sous laviron, Environ Les flanez de la barque 1rée :

Mais, du fin bord du felon 95 Acheron, Mon ame est deja tirée.

Par ton aleine sucrée, Qui recrée Un chacun mien sentement.

100 Du fond d'enfer delivrée, Relivrée Elle m'est presentement :

Quand plein d’ébaïssement, Bassement 105 Ce beau vivre je regréte, Et pres mon trepassement Doucement Je fay ceste plainte aigréte.

O vagabonde ameléte, 110 Blandeléte.

Variantes. — | XVIII] 91. Ecumant — 93. Sa barque à rive tiree. — 96. Ma chere ame est retirée. — 99. Tout mon perdu sentiment, — 100. Des tenebres — 108. Fy — 110. Doucelette,

Sources. — [XVII]

Cum tu, suaviolum, educens pulmonis ab imo, Afflasti siccis irriguum labüs,

Suaviolum Stygia quod me de valle reduxit Et jussit vacua currere nave senem.…

Compagne, hostesse du corps,

Vas-tu vers la blemeléte Troupeléte,

Des foybles, nudz, palles, mortz,

En des lieux noirs, salles, ordz, Saillant hors

De ceste clarté propréte?

Hé, rien ne {y suivra fors Les remordz

De mainte et mainte amouréte!

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